‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 17 sur 91 · QUINZIEME ET SEIZIEME, DIX^SEPTIEME ET DIX-^HUITIÈME CONVERSEUSE · texte numérisé non relu

QUINZIEME ET SEIZIEME, DIX^SEPTIEME ET DIX-^HUITIÈME CONVERSEUSE

ORANGE ET PIVOINE. FRAMBOISINE ET FRAISÉE

Lliistoire de la mère d'Orange est une des plus étendues de notre recueil. Cette jeune personne était vraiment belle, et d'une majesté qui l'aurait fait croire allé d'une princesse, si nous n'avions pas connu son origine. La mère était une précieuse, et son père un puriste. On a plus d'une fois observé que les enfants de ces espèces de gens, et ceux des dévots, son très-laids, ou très-jolis ! Pivoine et ses deux sœurs, Muscadine et Grenade, eurent le bonheur d'être charmantes; sans doute parce que leurs auteurs, dans leurs chastes embrassements, n'avaient eu %ie des idées agréables. Au lieu que lorsque les dévots pensent, en ces doux mo-

ments, au diable, au péché, ils ne procréent que de laids enfants... Mais laissons la physique, et passons à Thistoire.

Il se trouvait dans le voisinage de Madame Janus, deux jeunes garnements, de bon appétit, qui convoitaient ardemment deux de ses élèves : l'un. Orange ; l'autre. Pivoine. Le premier se nommait Rosières t le second Flipon ; fripon aurait mieux convenu. Les deux gaillards étaient de bonne famille ; ils devaient être riches un jour, mais ils ne jouissaient de rien.

Un soir, vers les cinq heures, à la fin d'octobre, on vit entrer dans le salon de Madame Janus, deux petits vieillards ratatinés, qui demandèrent à la restauratrice, combien il en coûterait, pour avoir une Sunamite. La dame répondit : — Messieurs, toutes mes élèves sont prises. Mais j*aî donné l'exemple, que d'autres femmes de mérite suivent cette marche ; je n'ai pas de privilège exclusif. — Vous n'avez donc plus personne, madame? — Pardonnez-moi, j'ai encore à placer quatre de mes élèves, non comme Sunamites, mais en qualité de converseuses. Elles ont autant d'esprit que de beauté. Si, après que vous vous serez fait connaître, vous en voulez deux chacun, j'ai votre affaire... Vous n'ignorez pas, qu'on fait, entre mes mains,

un dépôt qui répond des bonnes manières qu*on doit avoir avec elles. — Oui, Madame, nous savons tout ceh, et nous Teflectueront. Voyons vos élèves.

Madame Janus sonna ; une chambrière parut, et la duègne demanda les quatre élèves.

Orange accourut la première. Mais en voyant des hommes, elle rougit, et ralentit sa marche. Pivoine parut alors. Framboisine la suivait. On sait que cette jeune fille a été perdue aux Tuileries, par sa mère, nièce d'un curé. Fraisée arriva la dernière. Celle-ci était fille d'une pauvre finiitière, et cousine de Piédalouette. Les quatre belles étaient appariées: deux blondes. Orange et Fraisée, et deux brunes. Les deux vieillards parurent émeireillés, et ils se disaient entre eux : — Comment avoir tout cela?

Ils firent leurs conventions, qui ayant été débattues par Madame Janus, et enfin acceptées, amenèrent un quadruple dépôt. Ce furent quatre terres, assignées en dédommagement à chacune des quatre jeunes filles, si Ton venait à manquer aux conditions; cinq cents livres par mois, pendant trois ans, et la table. Respect pour la vertu des demoiselles, égards, etc. Le tout bien cimenté, les informations faites, les vieillards vinrent chercher leurs converseuses, et les amenèrent.

Dès le jour suivant, les deux gaillards, qui guettaient Orange et Pivoine, ne les voyant plus paraître, marquèrent une grande inquiétude! Le surlendemain, ils ne purent y tenir, et vinrent s'informer. Madame Janus leur dit, qu'elle n'avait plus que les élèves qui lui aidaient à tenir sa maison, et que les quatre dernières étaient placées de la veille. Ils questionnèrent. Madame Janus ne crut pas devoir leur cacher le nom des vieillards. Les deux jeunes gens firent un cri de surprise. — Madame ! (ajoutèrent-ils) avez-vous bien pris vos précautions ? Vous êtes trompée !... Nous ne nous sommes confiés qu'à nos pères, auxquels nous avons écrit de vous, comme d'une femme infiniment respectable, dont nous recherchions les filles ; et encore à deux de nos amis, le comte de Mille/leurs, &t\Q marquis des Rubans: ce sont, où nos pères, qui ont vos élèves, et vous sentez ce qu'ils en feront; ou le comte et le marquis déguisés en vieillards, qui vous auront trompée.

Madame Janus sourit, en leur répondant : — On ne me trompe jamais. Messieurs! — Avez-vous des signatures? — Oui. — Pouvons-nous les voir? — Non. — Comment savoir la vérité? — Comment vous pourrez... Madame Janus ne voulut pas en dire davantage; mais elle était inquiète.

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