‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 20 sur 91 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

curiosité est une passion si vive et si naturelle!...

Orange, après que son vieillard lui eut prouvé, pour la troisième fois, une tendresse de jeune homme, s'étant aperçue qu'il venait de s'endormir, brisa une bouteille phosphorique, et à l'aide d'une bougie préparée, contempla son vieillard. C'était celui des deux jeunes voisins, qui paraissait épris d'elle, lorsqu'elle se montrait à la fenêtre! — Elle ne sut que penser... Faire du bruit n'était peut-être pas sûr... J£lle remit au jour, pour consulter Madame Janus.

Celle-ci n'était pas moins curieuse de savoir la découverte de ses élèves. Elle était à la porte d'Orange avant dix heures. — C'est un jeune homme qui couche avec moi! (lui dit la belle blonde). Je m'en suis doutée, mais le connaissezvous? — Oui ; c'est M. De Rosières, notre voisin. — Ah ciel!.,. Gardez le silence; je saurai tout la nuit prochaine...

La maman courut à l'appartement de Pivoine, qui demeurait dans la même maison. Elle apprit de celle-ci, qu'elle couchait bien sûrement avec ce Flipon, l'ami de M. De Rosières. Madame Janus lui dit la même chose qu'à la blonde Orange, et courut chez Fraisée.

Celle-ci avait couché avec le marquis.

Madame Janus vit ensuite Framboisine qui venait de reconnaître le comte.

Dans la journée, on vit les vieillards, qui paraissaient très-contents I — Qu'est-ce que tout ceci ? (pensait Madame Janus). Des pères, qui épousent <les femmes, pour les faire coucher avec leurs enfants! Par exemple, voilà quelque temps que je suis au monde, mais je n'avais pas encore vu chose pareille ! Il fait bon vivre et ne rien savoir ; on apprend à ne rien valoir.

Ainsi pensait la bonne dame Janus, et nous avouons que nous pensons comme elle. Elle examina les quatre maris, avec une attention scrupuleuse. Dans un moment, où ils étaient seuls et libres, elle leur vitôter leur perruque, et quoiqu'ils eussent encore les sourcils blancs, se redresser, et paraître ingambes : enfin elle reconnut les quatre fripons. Elle les fit voir à ses quatre élèves, et leur recommanda- la discrétion.

Dans la journée, elle vit les actes, qui ne la rassurèreilt pas ; les quatre garnements y avaient pris leurs vrais noms, leurs véritables qualités: c'étaient quatre amis; deux peintres, les deux étudiants en médecine, de famille honnête, qui, étant devenus très-amoureux des quatre élèves, en les voyant à la fenêtre, n'avaient imaginé que ce moyen pour les

Page 1