‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 39 sur 91 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Le surlendemain, Démocrate alla s'établir marchand de vin traiteur au Marais. Sa jolie compagne n'eut pas plus tôt paru au comptoir, qu'elle achalanda la maison. Elle reçut les propositions les plus brillantes. Mais elle aimait son mari, plus encore qu'elle n'en était adorée, et elle refusa tout.

Elle est si belle, qu elle a fait sensation. Un jour, un seigneur lui fit l'ofiBce d'un carrosse, d'une maison, et de cent mille livres de rentes. Sensitive sourit avec dédain, et elle appela son mari, auquel, tout haut, devant le séducteur, elle répéta les propositions. Tandis qu'elle parlait, le seigneur proposant regardait le mari, comme s'il eût voulu le reconnaître. Mais il n'y put réussir, parce que Démocrate n'ouvrit pas la bouche. Le seigneur en conclût que ses propositions le tentaient. Il résolut de s'adresser à lui.

Mais, comment vivait Monsieur Démocrate, le marchand de vin traiteur, avec son épouse? Le voici :

Le jour, il faisait et faisait faire son ouvrage. Le soir, en veste blanche, il donnait le bras à sa femme, pour aller sur le boulevard du Temple. D'autres fois, il allait voir son beau-frère à l'Ile Saint-Louis; c'était toujours une entrevue délicieuse, parce que Sensitive et lui étaient chéris de ces honnêtes gens.

Voilà quelle était la vie de M. Démocrate, marchand de vin traiteur au Marais. Ajoutez qu'il amenait assez souvent sa femme aux différent» spectacles... Revenons.

Le seigneur séducteur n'avait pas trouvé facilement à parler à Démocrate, qui l'évitait. Un jour donc, il renouvela vivement ses propositions à la belle Sensitive, qui se fâcha. Démocrate «urvint et demanda de quoi il s'agissait ? Le seigneur le dit impudemment. Alors Démocrate répondit, avec un fin sourire : — Tout ce que vous proposez à ma femme, je puis le tenir; je lui donnerai uo carrosse, un hôtel, des rentes ; je ferai mieux : )e la décorerai d'un titre. Je suis le duc de *** j il est tout naturel qu'elle soit duchesse... à moins qu'elle ne préfère notre état présent? — Ahl (s'écria Sensitive, la larme à l'œil), je le préfère pour moi 1 j'y. suis si heureuse ! — Vous y resterez tant que vous le voudrez; mais, dites un mot, et vous êtes duchesse... Sensitive ne l'a pas encore ih. Le seigneur qui voulait séduire, est resté l'ami de la maison ; mais Sensitive garde bien de se rendre plus libre avec lui, depuis qu'elle est son égale I

Un seigneur, devenu depuis maréchal de France, et qui fit autrefois un pareil mariage avec une petite couturière de l'Ile Saint-Louis, disait à tout le

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