TROISIÈME PARTIE l
pl'js puissant des jeunes filles. 11 mentit. 11 se donna pour un de ses amis, du même nom, qui était en ce moment aux portes du tombeau. Louise, en apprenant qu'il était libre, rayonna de joie. Il semblait qu'elle était sûre de sa conquête, même avant la déclaration.
Thérèse arriva. Elle venait de faire un to\ir chez elle, et les emplettes de la cuisine. Elle était suivie de deux femmes, la cuisinière de Louise et la sienne. — Le voilà (dit Louise vivement)... Voilà Monsieur ! — Ah ! c'est vous qui avez débarrassé mon amie ! (s'écria la jolie Thérèse, en regardant Noyers avec une avide curiosité), je suis charmée que ce soit vous ! — Comment donc cela ? (demanda Louise). C'est que... Monsieur a l'air... d'une honnêteté... J'ai promis hier soir de vous embrasser... Noyers se leva, et alla au devant du baiser de Thérèse, qui lui présenta dix fois la joue. Elle voulut ensuite que Louise donnât ou reçût un baiser... Louise le donna et le reçut, et ce fut le dernier trait de l'amour.
On déjeûna. Le café à la crème fut fait par Thérèse et servi par Louise. Noyers, pendant ce délicieux déjeuner, dit ce qu'était son ami mourant, à la place duquel il se mettait. Cet éclaircissement parut enchanter les deux amies, car Thérèse aimait
Louise, comme tm amant aime sa maîtresse, une mère sa fille, une fille sa mère, une sœur la sœur la plus chérie. Elle avait pour elle tous les sentiments qui font aimer.
Après ces détails, Noyers dit un mot d'admiration aux deux amies, et demanda la permission de revenir. — Restez ! (dit Thérèse), ou revenez dîner : à votre choix. — Je vais vous laisser libres, terminer quelques affaires, puis, je reviendrai sûrement (dit Noyers). Car je sens... que je ne pourrai plus vous quitter. Je n'ai jamais vu de personnes comme vous! vous venez de m'enchaîner avec des fleurs plus solides que des chaînes d'or ou de fer. Thérèse embrassa Louise, et dit à Noyers : — Allez... et revenez.
Noyers était pressé de quitter les deux belles, pour courir auprès de son ami malade.
Il le trouva expirant. Noyers ne vit que l'occasion d'être heureux. Il donna ses noms de baptême pour cfîux de son parent, et ce fut lui qui passa pour le mort. Il fit mettre les scellés sur ses propres effets, qu'il substitua, et que ses prétendus héritiers emportèrent, tandis qu'il avait, lui, ceux du défunt. Il fit plus : il reçut ses revenus sur des quittances, qu'il fit calquer par un polytype. Tout est possible aujourd'hui. Personne n'avait le moin-