TROISIEME PARTIE 19I
l'oncle, que Noyers connaissait de nom; elles firent tenir une fille à la fenêtre, et, en attendant, elle avisèrent sur ce qu'il y avait à faire. — De deux choses Tune, mesdemoiselles; ou je m'absenterai, en sortant dès que M. Alan sera placé, ou nous parlerons, comme sMl était au milieu de nous. — Si cela vous est égal (dit Thérèse), je préfère le dernier. — Le voici (dit la fille placée à la fenêtre... et votre oncle avec lui... — Avez-vous quelque chose à redouter (reprit Thérèse : nous faisons cause commune avec vous qui que vous soyez ?
— Je suis de province (répondit Noyers). Devenu amoureux de Louise, et ami de Thérèse, au point de préférer la mort à m'en séparer, j'ai fait hier inhumer un ami sous mon nom; je veux épouser Louise sous le sien, parce que je suis marié en province à une méchante femme qui croira ma mbrt.
Thérèse. — Ha ciel !... Mais votre action prouve votre amour... et votre franchise encore plus... Restez,.. Ils entrent.
Noyers. — Je suis l'auteur des quatre pièces dont vous parliez hier.
Thérèse. — Tu es notre ami, notre mari, notre tout à jamais !
Louise* -^ Ha I Thérèse ! je pense tout ce que tu dis.
Thérèse (bas). — On nous écoute!... {haut). Je vous assure, M. Noyers, que tout ce que vous nous avez dit, me pénètre d'estime pour vous... Répétez un peu à mon amie, ce qui regarde votre famille (bas). Votre ami décédé?
Noyers, — Mon père et ma mère ne sont plus... J*ai quitté mon pays à onze ans, et je n'y suis jamais retourné. Je n'ai jamais écrit. On m'apportait ici mes revenus, qui consistaient en mille écus de rente, sur des biens fonds. (Voyez I j'ai des quittances en blanc pour cent ans). Mon indolence naturelle pour les affaires, n'est pas pour le travail : j y suis infatigable. Quant à l'amour, vous me le faites connaître, belle Louise ; et votre charmante compagne m'inspire la plus tendre amitié... Ha! que je voudrais voir vos tuteurs!... Ce sont MM. Lesclabasse et Alan!.,, Il sont connus!
M. Lesclabasse, riche horloger est aimé de tout le monde... Et quant à M. Alan, qui passe pour votre frère, par décence, un tuteur si jeune n'étant pas dans l'ordre, je sais que c'est un garçon vertueux ; mais épris dès l'enfance d'une belle personne , mariée pendant un voyage qu'il fit... 11 l'adore, sans espoir comme sans prétention... Il en a pour
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la vie... Ha ! qu'il est intéressant ! Voilà comme je serais pour vous, belle Louise... pour vous aussi, séduisante Thérèse, si l'on pouvait avoir un double amour.
Thérèse. — Je ne savais pas cela !
Louise. — Ni moi non plus!
Noyers. — Je l'ai su par hasard... Quand j'aurai le bonheur de les voir, je leur dirai... quelque chose... Par exemple. Monsieur votre oncle, qui est protestant... aime une ex-religieuse, doht la Révolution a cassé les vœux... Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il s'est retrouvé, au bout de trente ans, aussi anioureux qu'il l'était, lorsque sa maîtresse n'en avait que seize, âge auquel on lui fit prononcer ses vœux... Elle est encore belle... C'est un air de langueur...
Lesclabasse. — Où diable va-t-il chercher cela !.. . . Il nous prend pour d'autres!
Alan. — Cela est arrivé à quelqu'un... A la vérité, j'aime une femme mariée...
Lesclabasse. — J'ai aussi aimé une religieuse... Mais...
Noyers (qui a baissé la main de Louise). — Je vais vous raconter une singulière aventure, réellement arrivée à Paris, et qui démontre bien la nécessité de porter la loi du divorce, à laquelle tous les faquins s'opposent. 17
« Il y avait, à Paris, près la rue de la Ferronnerie, une jeune et jolie personne, dont était amoureux un grand écolier , par conséquent encore sans état. Elle était jeune et ne paraissait pas quatorze ans : mais elle en avait seize. L'écolier trompé espérait. Par amour pour la charmante Rose Houdon, il hâta ses succès et finit glorieusement ses études.
Le jour même quil abandonnait son collège, il apprit que Mademoiselle Houdon était demandée en mariage par un horloger, et qu'elle était accordée. Il voulut faire agir ses parents ; mais on se moqua de lui.
Margane (c'est son nom) fut au désespoir! Il résolut de périr ou d'empêcher le mariage. Pour remplir ce projet, il ne vit pas de moyen plus efllcace, que d'enlever Mademoiselle Houdon, et comme il ne pouvait la garder, de lui faire violence. Il la guetta, la surprit un soir qu'elle n'avait que la rue à traverser, l'enleva vigoureusement, la jeta dans un fiacre, dont il avait gagné le cocher, et couvert de boue le numéro. Ce fut là, que Margane menaça du poignard une fille timide, effrayée, si elle résistait, ou si elle criait. Hélas 1 il était sans armes!... Mademoiselle Hjoudon l'avait entrevu. C'était un grand jeune homme aimable, bien mis...