ADELAÏDE
Une jeune personne, fille d'un artiste célèbre (nous désignons sous ce nom, les auteurs, les médecins, les acteurs tout comme les musiciens, les mathématiciens, les peintres, les sculpteurs, les graveurs, etc.). Une fille d'artiste célèbre dont le père avait carosse, grande, faite au tour, fut recherchée en mariage par un parti considérable. Tout lui riait, elle comptait alors sur le bonheur. Mais son père était un libertin dont la fortune boursouflée ne contenait que du vent. Il avait chassé sa femme de chez lui, quoiqu'il eût gardé ses enfants. Cette épouse irritée ne rêvait que des projets de vengeance.
Le mari au milieu de toutes ses chimères de grandeur vint à mourir. La mère rentra alors dans sa maison. Elle trouva un mobilier immense, et des dettes plus considérables encore.
L'amant de sa fille survint. On calcula. Tout compensé il s'en manquait une rente de cent écus à payera un domestique qu'il n'y eût un sou de reste.
L'amant regardant alors sa maîtresse, cette fille charmante devant laquelle, du vivant du père, il n'était qu'adorateur, il offrit de l'entretenir!... La mère indignée le prit par le bras et le mit à la porte.
Lorsqu'il fut parti, elle dit à sa fille : — Adélaïde! il faut nous venger de tous ceux qui nous ont dédaignées ! Tu ressembles à ton père. Ton amant est un infâme... Laisse-toi conduire. Adélaïde jura une entière soumission à sa mère.
Cette femme était une mauvaise tête et un mauvais cœur. Cependant, elle aimait sa fille. Elle va la traiter comme ellemême. Considérant, que son mari avait été honoré du titre de conseiller d'Etat, du cordon noir, etc., etc., elle voulut s'avilir, pensant que son âme en serait témoin (car cette femme croyait à l'immortalité), qu'elle en enragerait, et que son épouse serait vengée. Que fit-elle? On aurait peine aie croire, sans l'événement! elle se fit matrulle et prostitua sa fille... Elle tint sous son nom une maison de débauche... où elle avait une douzaine de malheureuses!... Mais elle ne perdait jamais de vue Adélaïde. Elle ne la laissait pas un instant seule avec un homme. Au mois de septembre 1789, peu de mois après la mort de son père, Adélaïde prostituée trouva un entreteneur. Elle était si belle, si honnête, qu'elle le captiva. C'était un Anglais. Il apprit son histoire. Il en fut si frappé qu'il lui fit douze mille livres de rentes. Il la voulait emmener. Tout était prêt pour le départ, quand il fut attaqué dans une rue par des brigands qui se trompaient et massacré...
Adélaïde redevenue maîtresse d'elle-même, éclairée par son amant, refusa de mener la vie de fille. — Tu as raison (lui dit sa mère ou plutôt sa furie); je veux te marier... Elle quitta sa maison, qu'elle fit gouverner, en reprit une autre et résolut de tromper sa fille par un faux mariage. Un hasard heureux protégeait Adélaïde. Le complice qui la croyait une fourbe et de concert avec sa mère, s'avisa de lui dire, qu'il n*était pas dupe, et
il lui détailla le plan. Adélaïde frémit ! Elle chassa l'impudent avec indignation.
Sa mère tâcha de se justifier dans son esprit. Elle rappela l'ancien amant choisi par le père. Il revint. On sent bien qu'il ne savait pas l'avilissement d'Adélaïde.
— Monsieur (lui dit la furie), vous êtes le choix de mon mari. Je vous préfère par cette raison. Un trésor confié qu'on nous a remis de la part du père de cette enfant, m'a donné le moyen de lui constituer douze mille livres de rentes sous le nom d'un donateur en l'air. : je vous l'offre. Le jeune et célèbre artiste accepta. Il a épousé Adélaïde ces jours derniers. Nous l'avons su trop tard. Il a tout appris le surlendemain. Il voulait tuer sa femme. Nous l'assurons par cette nouvelle, qu'elle n'a aucun vice dans le cœur : il est pur, et la mère seule est coupable. Nous le jurons parce que nous le savons.