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I.FS PLAISIRS DU PAI.AIS-ROYAL I I

impatients d'échapper à cette exhibition et de trouver un maître.

On mange bien au Palais-Royal. Il renferme les meilleurs restaurants de Paris.

Les gourmands cossus, les gastronomes vont chez Beauvilliers qui a conservé les bonnes traditions culinaires et sert ses clients l'épée au coté, ou chez Huré, ou à la Taverne anglaise, installée dans une cave.

Au Couvert espagnol, la table d'hôte est de quatre livres par tête. Dans la Salle de la Barrière, ^?a' occupe trois arcades, deux cents convives mangent tous les jours sur de petites tables couvertes de toile cirée. La carte comprend cinquante-deux entrées et trente-huit entremets . Les plats sont excellents, mais salés. Une portion de veau rôti coûte dix-huit sous, un cornichon six sous, des pois verts une livre quatre sous, une aile de poularde deux livres cinq sous. Multipliez par deux pour avoir la somme que représenteraient aujourd'hui ces chiffras.

Plus abordable aux bourses insuffisamment remplies, La Grotte flamande reçoit des comédiens, des actrices, des filles un peu désargentées, des garçons marchands en partie fine.

Enfin le restaurant Février, au n° lik, est encore d'un degré au-dessous. C'est là que., le 3 Juin il 8k. Vabbé Rousseau, un précepteur amoureux de la sœur d'un de ses élèves qui t aimait aussi, se brûla la cervelle en laissant ce billet sur la table : « Tétais né pour la vertu; /allais être criminel, J'ai préféré mourir (1). »

A côté de ces restaurants, plus ou moins élégants, plus ou moins coûteux, 6n avait multiplié les cafés petits et grands. Le café de Valois fréquenté par les Joueurs d'échecs, le café de Chartres, le café deFoy, fondé en 11 k9, le café du Caveau, au coin du passage du Perron, près de la boutique de Gendron, le

(1) L.-S. Mercier. Tableau de Paris. Ed. ill. Louis-Michaud, p. 120.

pâtissier en vogue (1), le café Italien, ainsi nommé h cause des jolies arabesques dont Va orné le peintre italien Maderna, le café des Aveugles ou Académie des Quinze-Vingts, avec son concert d'aveugles, le café des Mille-Colonnes, ou quinze ou vingt colonnes sont multipliées à r infini par un jeu de glaces, le café Mécanique, « où Von est servi, dit Dulaure, par une main invisible. Il s'agit de dire des paroles par des trous pratiqués à chaque table: un instant après, et comme par enchantement s'élève ce que vous avez besoin (sic) et s'engloutit de même a votre volonté. Les amateurs de singularités ont eu beaucoup de plaisir à voir les effets de ce mécanisme (2) ».

A ces cafés commencent à faire une sérieuse concurrence les clubs, d'invention nouvelle : le Salon des Arts, le Salon des Echecs, /'Assemblée militaire (cercle d'officiers), le Club des Colons, la Société Olympique, réservée aux Francs-Maçons et où l'on donne des concerts très goûtés.

Dans ce Palais-Royal, peuplé de gens avides de se distraire, les spectacles, les jeux, les attractions, comme on le pense bien, abondent. Indiquons les principaux, ceux qui ont le plus de vogue.

Les Petits Comédiens de S. A. S. M^'' le comte de Beaujolais, au 71° 18. Ces petits comédiens n ont jamais de discussion

(1) « Le Caveau est le nom que l'on donne à un café fort à la mode placé dans un petit souleri'ain arrangé avec g-oût dans le jardin du Palais- Royal. Les agréables oisifs, les habitués de l'Opéra, et surtout les amateurs de bonnes glaces, dont il s'y fait un débit prodigieux, s'y rendent à différentes heures du jour. » Metra. Correspondance secrète.

(2) Nouvelle description des Curiosités de Paris..., par J. A. Dulaure. Paris 1876, p. 351. Le café Mécanique avait pour patron Tanrès, propriétaire d'un autre établissement du même genre (au-dessous du Petit Musée des Enfants) où on buvait de la bière anglaise, et à propos duquel un auteur du temps écrivait : « Le sieur Tanrès n'a point attendu la défense que l'on vient de faire aux filles de ne plus paraître au Palais-Royal, pour les exclure de son café. » Tableau du nouveau Palais-Royal (par Mayeur de Saint-Paul). Paris, 1787. T. IL p. 56.

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avec leur directeur, et pour cette excellente raison qu'ils sont en bois. Ils fonctionnent depuis le 23 octobre 118k (1).

Les Vrais Fantoccini italiens, au n° 53 — en bois également.

VUE d'ensemble du palais-royal

« Ce petit spectacle, sous la direction du sieur Castagna, Italien, est composé de petits Fantoccini ou marionnettes de dix-huit pouces de haut qui y exécutent de petites pièces et danses.

(1) Au mois d'avril 1789, Bouthoux de Lorges montre dans la salle des Beaujolais son Cabinet anatomiquc.

On y entend du chant et des solos de mandoline dans les entr actes (1). » Deux représentations par jour.

Les Pygmées français, au n° 105 — non moins en bois que les précédents. (Pantomimes, feux d^artifices, vues des principales cilles de l'Europe.)

Les Ombres chinoises, de Séraphin, au n° 127. Représentations tous les Jours à six heures du soir.

Le Cabinet de figures du sieur Gurtius, au n° 8, où l'entrée ne coûte que deux sous (2).

Le Cirque, construit en 1788. C'est une salle de spectacle qui s'enfonce sous le sol à une profondeur de cinq mètres environ et qui, avec sa toiture vitrée et les plantes tropicales qui V ornent, cà et /à, ressemble à une serre (3). On y voit pour trois livres trente sols — ce qui est un peu cher — un cabriolet à deux places, conduit par un cerf mécanique.

Sous les galeries de bois les amateurs admirent une statue de cire, la belle Zulina, étendue demi-nue sur un lit de repos, et non loin de là s'exhibe M^^^ La Pierre, une jeune géante prus' sienne, dgée de dix-neuf ans, et qui mesure six pieds douze pouces. Deux ans plus tard, en 1791, on montrera dans une baraque, pour douze sols, un homme et une femme sauvages, deux Algonquins qui n étaient peut-être que des Algonquins de Montmartre ou du quartier Haubert. « Ceux qui donnaient trois livres avaient V avantage de voir le sauvage expliquer la Déclaration des droits de V homme à la femme (li). w

Le Palais-Royal ne serait pas complet s'il ny avait pas des

(1) Thiéry. Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs à Paris... Paris 1787. T. I, p. 278.

(2) Id. p. 273.

(3) Mercier l'appelle, avec une évidente exagération, « le monument d'architecture le plus beau, le plus gracieux, le plus original qui existe à Paris ». Le Cirque sera détruit par un incendie en 1798.

(4) Journal de la Cour et de la yille. N" du IG avril 1791.

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chanteurs populaires. Le plus connu est l'abbé Lapin, que la reine a fait K'cnir à Versailles pour l'entendre.

En 1189 et dans les années qui vont suivre, le Palais-Royal et ensuite Palais-Egalité, doit sa vogue et sa prospérité au jeu et à la prostitution. Lorsqu'on les en aura définitivement expulsés, il n existera pour ainsi plus. Lé vice le faisait vivre, et la vertu le tuera.

Presque à chaque pas, sous les arcades, à cette époque, il existe une maison de Jeu ( 1), et presque à chaque pas aussi une fille, Jeune ou vieille, a son repaire. Sur les murs du palais, à chaque porte, on pourrait placer cette inscription : « Ici l'on aime, à tous les prix. »

« Le Jardin Egalité est le yari/m-lupanar. Là se tient le grand marché de la chair; là, depuis neuf heures du soir jusqu'au milieu de la nuit, des centaines de filles de douze à quarante ans recrutent, t œil effronté, Véventail en jeu, et font étal de leurs appas, de leurs mines, de leurs toilettes (2). »

Elles forment une véritable armée, une armée où la vieille garde ne manque pas. Un pamphlet de 1790 ou 1191 est inti~ tulé : Pétition des deux mille cent filles du Palais-Royal à l'Assemblée Nationale (3). Ce chiffre est à peine exagéré. « Le Jardin de l'Egalité, écrivait à peu près à la même époque un brochurier, contient quinze cents filles bien habillées, bien pomponnées, bien logées à bouche que veux-tu, qui ne font rien de

(1) Aux No» 9, 14, 18, 26, 29, 33,36, 40, 44, 50, 55, 65, 80, 101, 113, 121, 123, 127, 145, 167, 190, 191, 192, 193, 200, 201, 203, 209, 210, 232, 233, 256. On y jouait le trenle-et-un, la roulette et le creps.

(2) E. et J. de Goncourt. La Société française pendant la Révolution. Paris, 1864, p. 223.

(3) Mercier assure qu'on comptait à Paris, en 1781, et ce chiffre n'avait dû qu'augmenter en 1789, trente mille filles publiques, c'est-à-dire vulgivagues, et dix mille environ, moins indécentes, qui sont entretenues ». Tableau de Paris, p. 199.

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leurs doigts qu'à regarder les passants : voilà leur ouvrage (1). » Beaucoup d'entre elles dissimulent leur véritable profession sous des métiers d' emprunt : « Si ça dure les boutiques ne seront plus occupées que par des femmes publiques ^ avec leurs trois ou quatre cornets de tabac, de trois ou quatre livres de poudre; au comptoir, une glace et une séparation qui forme un boudoir, voilà un couvent monté; un pot à eau et une cuvette^ voilà les armes du couvent (2). »

Pour satisfaire à tous les goûts et à toutes les fortunes, elles se divisent en plusieurs classes. Les unes se haussent Jusqu'à l'aristocratie, les autres descendent jusqu'à la plèbe.

<i II y a trois espèces de filles qui fréquentent le Palais-Royal, dit un écrivain qui semble les bien connaître (3); la fille richement entretenue, la courtisane et la fille publique. La moins indécente est la fille entretenue, qui, lancée dans un cercle plus brillant, se familiarise avec le bel air des gens de qualité. La courtisane, plus effrontée (k), toujours vêtue d' une manière ridi-

(1) Les Nouvelles amours, farce comique, lyrique et tragique des femmes publiques du ci-derant Palais-Royal. Paris. S. d., p. 10.

(2) Id.p. 13. La prostitution prit un tel développement au Palais-Egalité, qu'en juillet 1793 on songea à en expulser les filles. Le général Henriot les rassembla un jour dans le jardin et, d'après un journal du temps, le Courrier de l'Egalité, leur tint à peu près ce langage : « Citoyennes, êtes-vous bonnes citoyennes? — Oui! oui! notre général! — Etes-vous bonnes républicaines? — Oui! Oui! — N'auriez-vous pas par hasard caché dans vos cabinets, quelque prêtre réfractaire, quelque Autrichien, quelque Prussien? — Fi! fi! nous ne recevons que des sans-culottes! » Il est certain que les gens qu'elles recevaient étaient à un moment donné des sans-culottes. On ne les inquiéta pas.

(3) Mayeur de Saint-Paul, ancien acteur des théâtres du boulevard. Tableau du nouveau Palais-Royal. Paris, 1787. T. II, p. 125.

(4) L'Allemand Kotzebue remarque [Souvenirs de Paris en 180i. Paris, 1805. T. I, p. 301), qu'avant la Révolution « presque toutes les filles du Palais-Royal étaient d'une figure agréable, fine, et jouant à merveille la modestie; maintenant elles ont l'air commun et sont de la dernière impudence. » Et il ajoute ce détail curieux : « Il y a aujourd'hui beaucoup de négresses qui font tort aux Parisiennes. »

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culcment à la rnode^ col/fée en cheveux, ou avec un chapeau chargé de plumes et de fleurs, étalant ses deux^ chaînes de montres d'or, ainsi que ses boucles d'oreille et ses jjdiamants ^ marche à pas précipités^ rit toujours, affecte un air de mépris et de dédain en regardant les autres femmes quelle rencontre ; va, vient, court, entre et sort dix fois d'un spectacle, et retourne à

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