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NARCISSE ET BLANCHETTE

Les deux jeunes filles qui s'approchèrent ensuite étaient d'une éblouissante blancheur, et sans coloris. La raison que nous en donna Madame Janus, c'est qu'elles étaient plus chéries de leur vieillard que ses deux autres couples, et qu'il les fatiguait davantage. Ce fut Narcisse qui prit la parole.

» — Nous devons plus à maman Janus, que toutes nos compagnes ensemble. Nous sommes les filles d'un homme rompu et brûlé. Nous ne dirons pas si c'est à Paris, ou en province. Notre mère était une jolie femme, et c'est d'elle que nous tenons.

» Avant que notre père se rendit coupable du forfait qui l'a conduit au dernier supplice, nous vivions dans l'aisance : nous étions parées, jolies, et nos compagnes enviaient notre sort. Mais dès qu'il fut accusé, nous nous trouvâmes plongées dans le mépris. Avant sa condamnation, maman Janus vint à notre secours. Elle offrit à ma mère de nous prendre, ainsi qu'une sœur de trois ans, appelée Aubépine, qui n'est pas encore Sunamite. Ma mère nous donna tout ce qu'elle put nous donner. Maman Janus nous déroba la connaissance de l'horreur du sort de nos parents. Mais elle nous montra une petite sœur que ma mère avait faite en prison, non de son mari, déjà mort, mais d'un autre homme, qui lui avait persuadé qu'il fallait devenir grosse, de peur que la précipitation des juges ne la conduisit à la mort. Ma mère s'était rendue à cette raison, et sa maternité,

nécessitée, fut si peu une honte pour elle, qu'elle eut les plus honnêtes gens pour tenir sa fille. Cependant on lui en a fait un crime. Mais le ciel est donc complice, car il a départi le plus aimable caractère, et tous les charmes à cette enfant, qui n'est pas encore nubile : elle ne doit être employée qu'avec Aubépine. Elle est brune, et se nomme Epinevinette. Les voici...

» Lorsque nous avons été grandes filles, maman nous a données au bon Maréchal de***, qui veut bien nous servir de père. Il est si bon à notre égard, que, malgré son grand âge, nous lui sommes tendrement attachées : nous serons ses Berceuses un jour. Il nous répète sans cesse qu'il nous aime comme ses filles. Il nous garde quatre jolis amoureux (car il aura nos sœurs après nous), et il a eu la bonté de nous les montrer. Il veut qu'avant d'être amants, nous vivions ensemble comme frères et sœurs. Nous n'avons rien de caché les uns pour les autres, et chaque fois que nous voyons notre protecteur, il nous permet de nous donner, en nous quittant, un joli baiser... Voilà toute notre histoire. »

La petite Epinevinette, et sa sœur Aubépine, promettaient une beauté complète, supérieure à celle de leurs aînées. Si les circonstances futures nous le permettent, nous donnerons un jour leur histoire. On vient d'entendre qu'elles sont destinées à conserver le vieux Maréchal, qui déjà leur fait une pension, dont Madame Janus met le produit en valeur, sa part prélevée, comme il est juste.

LES SUNAMITRS 201

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