I.FS SUNAMITES I
regardait comme une Messaline. Ce propos mit la petite femme en fureur contre sa belle-fille belle-mére. Elle imagina un tour affreux.
» On était les uns sur les autres à une campagne où les chambres fermaient assez mal. Le même soir, la belle-mère belle-fiUe eut soin de bien clore les volets en dehors, pour que le jour ne parût pas, et les rideaux en dedans. Elle avait mis du Champagne dans les carafes, au lieu d'eau; elle avait fait la bacchante, en excitant à boire, et l'on avait bu copieusement. En se couchant la dernière, elle avait ôté tous les pots de nuit; et les avait portés sur une table. Elle se tint ensuite éveillée. Le premier qui se leva fut son mari. Ne trouvant pas le vase, il sortit pour l'aller prendre et satisfaire au besoin pressant. Le bruit qu'il fit, en se heurtant, éveilla tout le monde, pressé du même besoin. On se leva : les deux maris, la belle-fille bellemère et le jeune homme. Chacun apporta son vase. La bellemére belle-fiUe, qui seule se possédait, se tint à la porte de la chambre du jeune homme, qui trouvant quelqu'un prit l'autre porte, où il n'y avait personne. 11 alla se mettre dans le lit du mari de la Messaline. Celui-ci, revenu, et sentant le jeune homme, alla dans la chambre de ce dernier ; et comme la méchante courut alors se mettre à la porte de son père, la bellefille belle-mère, entre auprès du sien déjà rendormi.
» La méchante eut alors la liberté d'aller auprès de son propre père. Elle le fit, mais pour attendre son sommeil qui ne tarda pas. Alors, elle le quitta, pour se glisser auprès du jeune homme, qui dormait également. Elle se fiait sur les troubles de la nuit pour s'excuser ; outre que c'était dans sa chambre à elle, qu'était le jeune homme.
» Cependant le père de la belle-fiUe belle-mère s'éveille, et trouvant une femme qu'il croyait la sienne, il en use. La jeune dame tressaille pendant l'assaut, et demi-assoupie, se livre d'autant plus vivement, qu'elle désirait avoir un fils... Laissons-les un instant dans la sécurité, pour retourner à la méchante.
» Elle était auprès du jeune homme, embrasé par un reste
d'ivresse. Il est éveillé. Il se trouve auprès d'une jeune beauté. Il palpe. Charmes parfaits. A quelque chose, il croit, par le tact, être auprès de la belle-fille belle-mère. Il se livre à sa passion. La belle-mère belle-fille, feint de s'éveiller et de riposter aux caresses de son mari. La possession fut complète.
» En ce moment, le père de la modeste belle-fille belle-mère parla; sa fille, encore dans ses bras, reconnaît sa voix. — Ha!
mon père! c'est vous!... Je suis perdue! — Ma fille! au
lieu de ma femme! Et il saute du lit, fait de la lumière, et
ne se trouve pas dans sa chambre; mais dans celle de sa
fille! — Silence! chère enfant! Le mal est fait; mais il est
secret 11 sort, sa lumière à la main, entre doucement dans
sa chambre; entend s'approche, tire les rideaux, et voit son
épouse possédée par le jeune homme!
» Celui-ci n'avait pas d'excuse; mais la femme en avait une On le renvoie dans sa chambre, où le mari de la bellefille belle-mère était seul. On l'éveille; ils changent de lit, et la méchante feint de gémir
» Telle est l'origine de ma compagne. Elle est fille de son aïeul et de sa mère Pour la méchante, elle a eu un fils qui est gardé dans la maison de son père putatif, parce que celui-ci est mort. Quant à mon amie, elle a été mise, comme moi, aux enfants trouvés, du consentement de sa mère et de son aïeul, pour en être retirée, s'il n'y avait pas d'autres enfants. Il y en a, et nous serions également abandonnées, sans maman Janus. »
Nous fûmes très surpris de cette histoire ; mais nous remarquâmes que la modeste Jacinthe ressemblait en tout à sa mère.
Elle rougissait, et semblait avoir honte d'elle-même Citoyens !
quand une femme est méchante et libertine, il n'est aucune atrocité qu'elle ne puisse commettre. Nous laissons trop de licence à nos femmes, quand elles sont jeunes et jolies ! Les romans, le théâtre, les hommes, tout les corrompt!
LES SUNAMITES I99
VINGT-CINOUIEME ET VINGT-SIXIÈME SUNAMITES