‹ Le Palais-RoyalChapitre 69 sur 92 · ROSALIE ET FANCHETTE · texte numérisé non relu

ROSALIE ET FANCHETTE

Pour remplir la promesse que nous avions faite de servir ces deux Sunamites qui allaient peut-être se perdre au Cirque, par la trop grande indulgence de Madame Janus, nous allâmes voir leur vieillard. Nous lui représentâmes ses obligations, à l'égard des deux jeunes personnes dont ilavaiteules prémices, de toutes manières. 11 nous écouta, et lorsque nous eûmes achevé, il nous dit, en ricanant : — Mon bel ami ! ne seriez-vous pas l'amant de l'une ou de l'autre? De toutes les deux peut-être? Nous contraignîmes notre air, naturellement gracieux, pour en prendre un sévère.

— Nous sommes Aquilin-des-Escopeites. Nous avons une douce et charmante amie, que nous adorons, et qui nous a rendu le chevalier de tout son sexe.

A la déclinaison de notre nom, l'on eût vu le vieillard agrandir ses petits yeux brillants, et nous regarder avec un étonnement de curiosité. Cependant, il voulut continuer son rôle de plaisanterie : — Je vous croyais incongruiste, Monsieur! — Vous vous êtes trompé. Monsieur, sur notre compte, comme beaucoup d'autres. Voyez notre charmante cousine, et vous serez convaincu, que nous ne pouvons que l'adorer. — Je le sais (répondit-il)... Mais que voulez- vous donc que je fasse pour mes deux Sunamites? J'ai payé l'amende. — Hé! quoi, Monsieur! vous vous en tenez à ce que vous devez, envers deux

jeunes beautés, qui vous ont donné leur fraîcheur et leur salubrité ! — due voulez-vous que je fasse? — Mariez-les. Faites-en vos obligées; et lorsque la caducité vous accablera, elles environneront votre lit, avec leurs enfants; elles vous aideront à y monter, à en descendre; elles vous endormiront par des propos agréables. — Oui ! oui ! elles seront mes berceuses, comme en a quelqu'un! C'est bien pensé... Allons, je les marierai avec une bonne place, et des appointements pour leurs maris, outre vingt mille écus de dot. Qu'elles choisissent des hommes capables. Vous savez ce qu'il me faut.

Nous quittâmes le vieillard très satisfait, et nous accourûmes chez Madame Janus, que nous instruisîmes. Elle appela Rosalie et Fanchette.

— Choisissez-vous chacune un mari à votre goût (leur ditelle). Puis la maman leur détailla les avantages que nous venions d'obtenir. Rosalie parut transportée de joie. Pour Fanchette, elle soupira. — Qu'as-tu, ma fille? (lui dit Madame Janus). — Fanchette se jeta dans ses bras : — J'ai fait tout ce que j'ai pu, maman, pour arracher cet amour de mon cœur, mais je n'ai pu! — Hé! qu'est-ce! — J'aime ton fils. — 11 n'a pas i6ans! — N'importe! je l'aime depuis trois : je ne demande pas à l'épouser, je lui ferais tort. Mais permets que je sois sa maîtresse, jusqu'à ce que tu l'établisses avantageusement. Je le préserverai du libertinage ; je veillerai sur ses mœurs et sa santé... Il m'aime aussi, car il me le dit tous les jours. Mais je ne voudrais pas l'épouser, quand tu y consentirais, maman! Ton fils est fait pour avoir un état et une alliance. C'est avec plaisir, que je le verrai honoré.

Nous étions muets pendant ce discours. Madame Janus rompit enfm le silence, pour accepter la proposition de Fanchette.

Pour Rosalie, elle nous montra un beau jeune homme du voisinage, qui consentit à profiter de tous les avantages que faisait le vieillard, et qui l'a épousée.

Rosalie et Fanchette sont aujourd'hui chez leur Restauré. Elles l'endorment, et le bercent, par leurs propos. Toutes deux sont

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