‹ Le Palais-RoyalChapitre 83 sur 92 · AMANTE ET AMARANTE · texte numérisé non relu

AMANTE ET AMARANTE

On se rappelle qu'Amante est fille du petit abbé maître de musique, et qu'Amarante se croit fille d'orfèvre ou d'horloger. Elle était effectivement la fille naturelle de cet infortuné bijoutier,

qui se brûla la cervelle, par anglomanie, après avoir écrit à M. deSartine, lieutenant de police, qu'on n'inquiétât personne. Ce bijoutier avait pour maîtresse une voisine, qui l'adorait. Elle avait eu la complaisance de lui donner une fille, ei pour cela, pendant une neuvaine de mois, elle s'était absolument refusée aux approches de son mari, auquel cette singulière femme ne cachait rien. Le bijoutier était joli homme ; elle avait avoué qu'elle l'aimait, qu'elle en était aimée: elle avait demandé la permission de le rendre heureux, et celle de lui faire un enfant. Elle disait à son amant : — Je vous aime plus que ma vie; mais je suis à mon mari; je ne puis vous rien accorder, qu'il n'y consente. Tout fut arrangé entre ces trois personnes. Amarante vint au monde; elle fut reconnue pour être à l'amant. La femme ne trompait point son mari, qui était ami du bijoutier. Tout cela était sans libertinage : l'épouse était honnête. Elle n'aurait pas souffert la moindre indécence. Son mari l'aimait, l'estimait : il avait deux autres enfants bien à lui. Le bijoutier n'eut pas de jalousie. 11 fut au comble du bonheur, en se trouvant père, par la seule femme qu'il aimât. En voyant Amarante jolie, son bonheur augmenta. Ce fut l'excès de bonheur, qui mit l'atonie dans son cœur; il ne sentit plus; et au lieu d'attendre du temps ou de quelque malheur, la guérison de cet état, son anglomanie lui fit chercher la mort. Il se tua, le jour même qu'il avait donné tout ce qu'il possédait à la mère de sa fille.

Ce ne fut pas l'époux, encore moins sa femme, qui fit perdre ou voler Amarante avec sa compagne Violette ; mais une tante du mari, qui avait pénétré leur secret par surprise. Elle avait fait voler la fille du notaire, avec la petite Amarante, pour écarter les soupçons. Comme tout se découvre! On a su les détails du crime, par la complice, au moment suprême!... Mais la dame avait payé le tribut à la nature.

L'orfèvre et sa femme ont^ reconnu Amarante, avec le plus grand plaisir. Mais cette jeune personne n'avait plus besoin de leurs secours.

Amante et Amarante furent aussi placées auprès d'une prin

Page 1