‹ Le Palais-RoyalChapitre 85 sur 92 · PYRAMIDALE ET BASILIQUE · texte numérisé non relu

PYRAMIDALE ET BASILIQUE

Pyramidale, la fille du décrotteur, n'en était pas moins une belle brune. Quant à Basilique, on sait qu'elle était la nièce de M. Priape, qui n'avait pas plus ménagé sa sœur que les autres dames invitées à son bal.

Ce fut auprès d'un homme que Madame Janus plaça ses converseusès. C'était un vieillard, qui avait occupé une grande place, et qui n'avait pour héritier qu'un fils très-fat, et très-irrespectueux. Madame Janus, qui voulait que ses deux élèves fussent respectées, avait bien dévoilé l'origine de Basilique; au lieu qu'elle tenait secrète celle de Pyramidale, qui n'avait rien d'extraordinaire. Mais on ne sait à l'occasion de quelle ressemblance, le vieillard s'avisa d'avoir pour celle-ci le plus grand respect. Il se persuada qu'elle était fille naturelle du premier homme du royaume. En effet, elle ressemblait à un écu de six francs de soixante-quatre.

On ne sait encore par quel hasard cette idée du père passa au fils. Un jour que Pyramidale racontait naïvement une histoire singulière, des amours augustes, il se figura que c'étaient celles de sa mère. Cette historiette ou trait, était celui de la jolie bouchère, qui avait un talent particulier, dont son amant louait ordinairement l'effet avec des expressions très-énergiques. Pyramidale racontait ce trait avec grâce et modestie, quoiqu'il fût très-difficile de le gazer. Sans doute, elle le tenait ainsi de

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Madame Janus, qui savait plus de mille contes, et qui se faisait un plaisir de les raconter à ses élèves.

D'après cette idée, le jeune fat devint très-amoureux de Pyramidale ! Il épia tout ce qu'elle faisait avec son père, et n'ayant rien trouvé qui pût blesser l'honnêteté, il se mit en tête de l'épouser. Il garda longtemps cette idée; mais tout lui confirmant que Pyramidale était d'une naissance distinguée, et qu'elle était honnête, il osa proposer à son père de faire le mariage. Le vieillard fut très-surpris! Mais comme Pyramidale avait fait une forte impression sur son cœur, il ne résista que faiblement.

La conversation qu'il avait avec son fils, fut entendue de la jeune personne. Elle comprit, par le dialogue entre le père et le fils, qu'on la prenait pour une illustre bâtarde. Elle savait l'histoire de sa camarade Pensée. Elle ne sut elle-même qu'imaginer. Mais comme Basilique était avec elle. Pyramidale la consulta.

— J'entrevois une grande fortune, si tu sais te bien conduire (répondit Basilique). Ne faisons rien de nous-mêmes. Maman Janus est la prudence personnifiée. Consulte-la. J'ai aussi mon petit bonheur à part et si tu as le fils, je pourrais bien avoir le père... Il t'aurait peut-être préférée. 11 fut résolu qu'on verrait Maman Janus le jour même.

Lorsque les deux élèves furent devant cette femme sublime, et que Pyramidale lui eut exposé le cas, Madame Janus se recueillit profondément. Puis prenant un air mystérieux, elle dit à Pyramidale : — Madame, je suis dépositaire de plus d'un secret. Laissez agir le fils de votre vieillard : s'il vous épouse, il s'honorera lui-même.

Basilique ayant ensuite parlé, Madame Janus lui répondit : — Pour vous, Mademoiselle, vous savez quelle est votre naissance. Vous êtes la nièce d'un homme riche et en place : votre mère était honnête, sage; elle fut trompée; votre origine est pure, et vous pouvez aller à tout.

Les deux belles notèrent cette différence, de Madame à l'une et Mademoiselle à l'autre. Elles s'en retournèrent, sans avoir d'autres éclaircissements.

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Madame Janus avait une maxime; c'était de tout faire pour ses élèves. Elle fabriqua donc une histoire à Pyramidale; elle sut l'adapter à celle de celte jeune fille. Deux ou trois lettres anonymes furent composées; différentes mains les copièrent, sans les entendre, et le tout fit une preuve, pour des gens qui ne demandaient qu'à croire. Pyramidale fut épousée sous ses véritables noms, par le fils du vieillard; qui, lui-même, épousa Basilique.

Les parents de la première assistèrent au mariage. Il fallait voir, comme le fat faisait les honneurs à la mère, femme du décrotteur! Comme il parlait à l'oreille des convives .'...Comme on riait... Mais le mérite et la beauté de Pyramidale faisaient convenir, dès qu'on l'avait vue, entendue, qu'elle était digne de son roman.

Sera-t-elle longtemps heureuse? Nous ne le croyons pas. Le fat est si vicieux, que son cœur corrompu doit être incapable d'une véritable tendresse. Mais s'il s'échappe, il rencontrera Madame Janus, cent fois trop fine pour lui.

Pour la jolie Basilique, elle n'a pris son vieillard, que pour adoucir ses derniers jours, et avoir un nom. Elle sera bientôt veuve, et Madame Janus ne lui sera pas inutile.

Tout cela vient d'arriver. Le fat a rencontré la fine Janus qui l'a maté. Basilique est devenue veuve et Madame Janus va la remarier glorieusement.

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