Le paludisme macédonien
L’épidémie de paludisme qui a sévi l’été dernier sur l’armée d’Orient n’a pas surpris les médecins qui connaissaient l’insalubrité de la région occupée par nos soldats et la gravité que prennent souvent les manifestations du paludisme dans les armées en campagne.
L’endémie palustre qui a eu, de tout temps, une grande extension en Grèce, comme en témoignent les livres hippocratiques, règne avec une intensité particulière dans la plaine basse et marécageuse que parcourt le Vardar, avant de se jeter dans la mer Egée.
■ Quant à la gravité du paludisme dans les armées en campagne, elle a été signalée par tous les épidémiologistes militaires, et l’on peut en citer de nombreux exemples empruntés, non seulement aux expéditions entreprises dans les pays chauds et insalubres ; Algérie au début de la conquête, Madagascar, mais aussi à l’histoire des guerres européennes.
Les armées en campagne dans les plaines du Bas-Danube ont été bien souvent éprouvées par les fièvres palustres.
Pendant la guerre turco-russe de 1877-1878, ü y eut, dans l’armée russe du Danube, 140.000 cas de fievres palustres et 1.092 décès par cette cause.
En 1828, pendant la campagne de Morée, et en 1859, pendant la guerre d’Italie, le paludisme a régné avec intensité dans notre armée. L’armée française était entree en Lombardie au printemps de 1859 ; dès les premiers jours de juillet et jusqu’à la fin de septembre, toutes les maladies se confondirent en une seule, la rémittente palustre accompagnée souvent d’un état typhoïde.
Même dans les guerres ayant pour théâtre les régions septentrionales de l’Europe, on a noté de graves épidémies de paludisme. ^
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Pringle rapporte que, pendant les campagnes de 1747 et de 1748 dans les Pays-Bas, les troupes anglaises furent très fortement éprouvées par les fièvres palustres.
Le débarquement des Anglais dans l’üe de Walcheren, au mois d’apût 1808. fut suivi d’une des plus f^ves épidémies de paludisme que l’on connaisse. Du 28 août au 23 décembre, sur un effectif de 39.219 hommes, 4.175 succombèrent aux fièvres ; du 21 août au 18 novembre, le nombre des admissions aux hôpitaux, récidives comprises, s eleva à 26.846. Vers la fin de décembre 1809, après le retour des troupes en Angleterre, on comptait encore 11.603 hommes atteints de maladies de Walcheren. L’armée anglaise avait été vaincue avant de combattre (1).
Le soldat en campagne, obligé souvent à séjourner dans des localités insalubres, et à passer les nuits en plem air ou sous des abris tout à fait insuffisants, est exposé presque sans défense aux piqûres des nuées d’Anophèles qui lui inoculent de très fortes doses du virus que fourmssent abondamment les indigènes ou les soldats déjà malades ; d’autre part, le soldat est soumis à de grandes fatigues, ü doit fournir de longues marches ou exécuter des travaux ■ de terrassements par des temps très chauds, comme cela est arrivé à Salonique, d’où un surmenage qui dimmue sa , force de résistance aux agents pathogènes.
Quelques jeunes confrères, surpris par les formes graves et un peu anormales du paludisme qu’ils observaient a l’armée d’Orient, ont supposé que l’agent pathogène différait de celui des fièvres d’Europe ou d’Algérie ; l’examen du sang des malades de Salonique n’a pas confirme cette hypothèse ; on a trouvé, chez ces malades, l’hematozoarre du paludisme avec ses formes classiques ; le parasite n avait de remarquable que son abondance et la prédommance de celles de ses formes qui sont les plus rebelles au traitement.
En prenant pour titre : Le
(i) A. Laveban. Traité du Paludisrr^e, 2» édit., Paris, 1907, p. 9: