‹ Le Paludisme Primaire en MacédoineChapitre 27 sur 47 · II. — SYNDROMES DE LOCALISATIONS VISCÉRALES · texte numérisé non relu

II. — SYNDROMES DE LOCALISATIONS VISCÉRALES

1° Type à prédominance anémique.— C’est la conséquence normale du paludisme. L’habitat du plasmodium, son mode d’existence explique sans longs commentaires cette anémie. Elle apparaît très rapidement pendant la période d’invasion, souvent même avant qu'aucun autre symptôme n’ait été perçu ; c’est souvent un signe avant-coureur de la crise redoutée et c’est ainsi que l’on peut dire que l’on rentre dans le paludisme par l’anémie.

Le visage d’une pâleur terreuse (Paisseau et Lemaire) a une teinte jaune sale, surtout accentuée au niveau des ailes du nez, des oreilles et des commissures labiales ; les conjonctives deviennent subictériques, et au niveau des tempes et du front apparaissent des taches pigmentaires rappelant le masque gravidique.

Un amaigrissement rapide, considérable rend les malades méconnaissables ; je citerai le cas d’un de mes amis, bien portant et de forte corpulence et qui présenta une telle fonte graisseuse que je ne le reconnus pas à l’hôpital où j'allais le voir. Il avait perdu 19 kilogs ! !

Au bout de deux mois de séjour dans les environs du lac de Dojran, sur le flanc des montagnes qui y

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descendent, région réputée saine (! !), les hommes de mon bataillon donnaient l’impression d’une colonne de spectres les matins de relève au jour naissant.

Les yeux enfoncés dans les orbites, les paupières cernées, bleuâtres, les traits tirés, les joues creuses, les mains décharnées, eux-mêmes épuisés par des sueurs abondantes et continuelles, une fièvre persistante, ils faisaient peur à voir.

Les malades àceusent une diminution considérable de leurs forces physiques ; l’asthénie est profonde, la dyspnée d’effort est commune, quelquefois il existe de légères épistaxis et un œdème malléolaire discret et passager.

On peut même rencontrer des souffles extracardiaques et des bruits d’origine anémique dans les vaisseaux du cou.

L’anémie palustre peut se présenter sous des formes un peu spéciales qui sont les suivantes

1° Anémie avec hydremie (cachexie hydrohémique de Kelsch). — Cette anémie s’accompagne d’œdème discret des malléoles et des paupières. La face est bouffie, on ne rencontre pas d’albuminurie dans la majorité des cas. La durée est courte, elle disparaît en huit à dix jours avec le traitement en même temps que l’état général du malade redevient meilleur.

Nous avons vu un cas chez un homme de notre bataillon prendre des proportions si inquiétantes qu’il a fallu l’évacuer, il présentait en outre des traces d’albumine. Dans la suite nous eûmes l’occasion de revoir cet homme à Salonique ; ces signes avaient persisté

trois semaines malgré tous les traitements etn’avaient cédé qu’à un traitement reconstituant intensif, dont lParrhénal et une alimentation soignée ‘avaient fait la base.

Signalons en passant que l’action des diurétiques, comme la théobromine et du régime déchloruré est nulle et ne semble en rien accélérer la résorbtion des œdèmes (Abrami, Paisseau).

En somme, les œdèmes ne disparaissent qu'avec l’anémie à mesure que le sang se régénérant reprend sa viscosite normale (Carnot).

2° Anémie hémorragique. — I] n’est pas rare même au cours d’accès bénins de voir apparaître des épistaxis légères. Celles-ci augmentent souvent dans les formes où la dominante symptomatologique est l’anémie. Parfois ce syndrome hémorragique s’aggrave et nous conduit à l’anémie hémorragique avec purpura petéchial ou ecchymotique. Nous voyons alors à ce moment paraître des épistaxis rebelles, des hématuries, du mœælena, des hématémèses, et le processus hémorragique vient singulièrement aggraver l’anémie.

Le type clinique des malades devient alors le type “hémie pernicieuse progressive avec teint blafard de ia peau, œdème des membres inférieurs, hémorragies inultiples, vomissements et diarrhées, accompagnés de température, mais c’est là une forme rare à la période primaire.

Ce groupement symptomatique rappelle en tout point l’anémie pernicieuse.

Ce type essentiellement grave a été rencontré surtout au courant de l’été 1916, correspondant à une année particulièrement pénible par ses hautes températures et la nocivité même de son paludisme.

3° Anémie splénomégalique. — Cette forme est constituée par une augmentation considérable de volume de la rate. C’est une forme d’exagération des formes normales, puisque dans la majorité des cas pour ne pas dire dans tous les cas la rate est augmentée de volume et cela plus particulièrement dans les formes à anémie marquée.

4° Anémie avec ictère. — C’est le signe d’une destruction globulaire intense, elle est souvent le prélude de la cachexie aiguë primitive. C’est un ictère foncé avéc urine à pigments normaux et selles polycholiques. |

Examen hématologique de l’anémie du paludisme primaire. — C’est aux travaux d’Abrami et Armand Delille que nous empruntons ce passage n’ayant nous même de par notre situation pu faire aucun examen de laboratoire. ;

L’anémie palustre présente tous les degrés, le chiffre des globules rouges tombant parfois, dans les cas graves, au-dessous d’un million. La déglobulisation peut d’ailleurs être très rapide. Un malade, au cours d’un accès, pouvant perdre en quelques heures plus d’un million de globules.

Les hématies présentent des dimensions inégales et une tendance à l’augmentation du diamètre globulaire.

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