ACTE
lioniine comme vous; que sou travail serait incomplet, sans un article sur un liomme comme vous; et il vient vous demander des notes, car on n’a pas le droit d’ètre inexact quand il s’agit d’un liomme comme vous! Touché de tant de sympathie, vous lui donnez ce qu’il désire... et, en effet, quinze jours après, arrive votre biographie. Éloge de votre esprit, éloge de votre talent, éloge do votre caractère, rien n’y manque!... Vous savourez cet hommage si délicat, si désintéressé... quand, à la lin de la dernière page, vous apercevez un petit papier rose, modeste comme son auteur... Vous regardez... vous lisez : « Je reconnais avoir reçu cent ducats de monsieur... » Votre biographie est une quittance.
CLAVIJO, riant.
11 y a du vrai! il y a du vrai!
HENRI
Ce n’est pas tout. Indigné, vous renvoyez avec mépris l’éloge et l’acquit. Qu’arrive-t-il, quelques jours après?... Une nouvelle épreuve, — épreuve est bien le mot, — l’aiiothéose s’est convertie en pamphlet...
CLAVIJO, rianU
C’est bien cela!
HENRI
Vous êtes un ignorant, un niais... Vous n’avez plus ni cœur, ni esprit, ni talent...
CLAVIJO, riant tniijoura.
Ah! ah! Admirable!... C’est l^ue c’est vrai... absolument vrai! — Seulement le tableau n’est pas complet, vous en oubliez la moitié.
HENRI
' La moitié?
CLAVIJO
Sans doute!... Un biographe est assis au coin de son feii; un homme entre; il est digne, imposant, fier môme... Il a appris que vous avez conçu une grande œuvre, où il aura nécessairement sa place : la biographie des hommes supérieurs de l'Espagne... et il vient vous éclairer. 11 ne vous demande pas d’éloges... il n’en veut pas!... Ce qu’il vous offre... ce sont quelques petites notes, quelques dates... rien de plus! Vous acceptez avec reconnaissance. Les petites notes arrivent... Vingt-cinq pages d’éloges sur son ca-
raet(>ra, sur ses vertus, sur son courage, etc., etc. Le tout accompagné d’un billet do banque, qu’on renvoie... quelquefois!
HENRI
Ce n’est pas possible !
CLAVIJO
Pas i>oss1ble ?... Écoutez : vous me parliez tout îl l’heure de mes vingt-quatre lettres de l’alphabet. Eh bien ! à chacune de ces lettres correspond une série de noms... A chacun de ces noms, j’ai ' soin de joindre tout ce que j’apprends sur celui qui le porte.
HEHRI.
Ail ! voilà l’emploi de votre casier?
CLAVIJO
Précisément. Ce qui fait que je sais bien des choses sur bien des gens. Ainsi, vous, monsieur, je n’ai pas l’honneur de vous connaître... je suis sûr que j’ai sur vous une foule de renseignements.
HENRI, avec hauteur.
Et que pouvez-vous savoir, monsieur, sur le manjuis de Urreaz?
CLAVIJO
Ah! VOUS êtesM. le marquis de Urreaz... petit-lilsde donAguilar, neveu du commandeur de Calatrava, officier au régiment du roi... Vous avez votre dossier!
HENRI
Et puis-je vous demander ce qu’il contient?
CLAVIJO
Si vous ixnivez me le demander? Je le crois bien! Seulemeiitj je puis ne pas vous réjxmdre ; c’est ce que je vous demande la permission de faire.
Comment?...
CLAVIJO
Je ne parle jamais... j’écris! — Et savez-vous, monsieur, qui me donne des renseignements sur tous mes personnages?
HENRI
Qui donc?
CLAVIJO
Ail! c’(‘st bien simple : le mal m’est fourni par leurs amis intimes... le bien par eux-mêmes.