ACTE III. 8i
GEORGES
Je connais bien des gens qui parlent encore de leur sftison.
LE MARQUIS DE ROUILLA
Laissez donc !
GEORGES
De leurs titres.
LE MARQUIS DE ROUILLB
Quelques vieux retardataires 1
GE0RGE3.
Du tout ! du tout ! Des hommes d'un vrai mérite que j*es« tîme fort... et vous aussi !
LE MARQUIS DE ROUILLÉ
Pas possible !
GEORGES
Un mot va vous convaincre... Monsieur le marquis, je suis monsieur Georges Bernard.
LE MARQUIS DE ROUILLÉ, troublé.
Vous ! mon. . . celui. . . ce jeune homme. . . à qui ?. • .
GEORGES
A qui vous avez si nettement refusé votre nièce î Êtes- VOUS convaincu qu'il y a encore des grands seigneurs?... Oui ? £h bien ! reprenons nus plans.
LE MARQUIS DE ROUILLÉ
Quoi ! vous consentez?...
GEORGES
Est-ce une raison parce que vous n'avez pas voulu être mon oncle pour que je ne veuille pas m'unir à vous dans Tintérêt de tous ? Vous et moi, monsieur le marquis, nous avons une pensée co'mmune... arracher les pauvres paysans de ces marais ù la famine, à la fièvre, à la misère ! Eh bien ! . . . associons-nous... J'ai quelque expérience, servez-vous- ea ; vous avez des idées, prêtez-les-moi... et que le bien qu'ont fait vos aïeux m'aide dans le bien que je veux faire.
LE MARQUIS DE ROUILLÉ, àpart.
du cœur, ce garçon-là ! (Haut.) Jeune homme ! ac- ^ mes excuses, j'ai écrit sur vous une lettre... dont je -"••- ^«3 termes.
'.f/*' A* îï"»**!^!
GEORGES, vivoment.
Ah I monsieur le marquis, ne parlons pas de cela, car j« veux être maître de moi, et si je ne m'étais dit qae pour écrire une lettre aussi absurde...
LE MARQUIS DE ROUILLA
Gomment !...
GEORGES
Eh ! certainement aussi absurde ! Venir, en 4840, dire que l'alliance d'un homme de cœur et de talent est un déshonneur !...
LE MARQUIS DE ROUILLÉ
Mais...
GEORGES
Un déshonneur?... Est-ce que si vos pères étaient les preux de l'ancienne France, nous, hommes de science et de travail, nous ne sommes pas les chevaliers de la nouvelle ?. .. Vos pères ont conquis ce sol par Tépée, nous le conquérons aujourd'hui parle compas ! . . . Vos pères défendaient les opprimés, repoussaient les invasions, exterminaient les brigands ; nous combattons, nous, des ennemis bien plus terribles... les inondations, les incendies, les pestilences mortelles; nous forçons la toute-puissante nature à servir comme un esclave l'homme qu'elle écrasait comme un despote... Quel est le plus noble de nous?...
LE MARQUIS DE ROUILLÉ, avec hauteur.
Monsieur l'Ingénieur...
GEORGES, plus froidement.
Ingénieur?... N'aspirez-vous pas à l'être, quand vous me présentez ces plans ! Vos pères ne l'étaient-ils pas, quand ils couvraient ce sol de leurs travaux ?...
LE MARQUIS DE ROUILLA
Avec cette différence, monsieur, que nos pères prodiguaient leur fortune dans ces travaux^ et que vous y faites la vôtre. . .
GEORGES
Et qui TOUS dit, monsieur, qu'il n'y ait pas des ingénie qui, eux aussi, n'ont rien voulu tirer de leurs entreprises c la gloire 4^ les avoir faites ?
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