‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 128 sur 312 · II LA SÉPARATION DE CORPS · texte numérisé non relu

II LA SÉPARATION DE CORPS

la position des femmes au xiv siècle; enfin, j'y ai mis une part de mes convictions les plus intimes ; de là vient que j*ai besoin avant tout de dire ce que j'ai voulu faire, et, dût cette représentation être la seule, j*aime mieux n'être joué qu'une fois, et pouvoir marquer nettement devant un auditoire comme celui-ci la pensée, la marche et le but de mon drame.

Son titre n'annonce pourtant pas un sujet bien neuf: Une Séparation ! Que de séparations n'avons-nous pas vues sur la scène! Oui! mais pendant très-longtemps les séparations, au théâtre, n'étaient que des prétextes à raccommodements ; on ne nous montrait les époux désunis au premier acte que pour avoir le plaisir de les faire voir réconciliés au dénoûment. Adolphe et Clara, à l'Opéra-Gomique ; Ily a seize ans, à la Gaîté; la Julie de M. Empis au Théâtre-Français, sont les modèles de ces comédies aimables ou touchantes qui se terminent toujours par le dernier mot du mari dans Misanthropie et Repentir : u Malheureuse Clémentine, embrassez votre époux I »

Les temps sont bien changés. Les époux séparés ne s'embrassent plus. Sur deux cents séparations, il n'y a pas deux réconciliations ; nos études sur là famille, sur la société, sur les lois nous ont fait peu à peu pénétrer dans la sombre réalité de la séparation de corps, nous avons vu qu'elle établissait entre les époux, non pas un éloignement, mais un abtme, et du fond de cet abîme est sorti à nos yeux un tel amas de désespoirs, d'iniquités, d'immoralités, que nous

AU THÉÂTRE. m

avons rejeté violemment ces doucereux et menteurs dénoûments, et le théâtre a produit toute cette série de drames poignants dont les unions brisées sont le sujet, dont Madame Caverley est le chef-d'œuvre» et à laquelle j*ai essayé à mon tour d'ajouter une page.

Mettre brièvement en regard le drame d'Augier et le mien ; puis mettre en lumière les idées générales sur lesquelles ils reposent, tel sera le sujet de cet entretien. D^abord s'y trouvent quelques ressemblances extérieures et singulières. L'idée de l'ouvrage nous est venue à tous deux en même temps, il y a plus de dix ans; nous nous sommes communiqué notre projet: je lui ai même tu mon manuscrit. Notre pièce faite, nous l'avons portée tous deux au comité du Théâtre-Français ; nous avons été reçus tous deux avec une froideur égale... si égale, que, convaincus de la sympathie et des lumières de nos juges, nous avons tous deux remporté notre manuscrit pour le laisser dormir. On dit que le bien vient en dormant ; je ne sais si ce proverbe est vrai pour les ouvrages de théâtre, mais le fait est que nos deux pièces, qui s'étaient endormies en trois actes, se réveillèrent un beau jour toutes deux en quatre. Cette transformation accomplie, Augier porta son drame au Vaudeville, moi, le mien au Gymnase. Mais ni le Gym nase ni le Vaudeville ne nous offrant alors l'interpiétation que nous désirions, nous pensâmes tous deux, pour notre héroïne, à une artiste de premier ordre, a M""" Favart, et nous la demandâmes presque en

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