‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 129 sur 312 · IV LA SÉPARATION DE CORPS · texte numérisé non relu

IV LA SÉPARATION DE CORPS

môme temps à la Gomédie-Française. La Comédie^ Française, vous le savez, ne ressemble pas à la fourmi; elle est prêteuse et généreuse, et personne n'a plus que moi le droit de rendre hommage à la courtoisie. Mais cette courtoisie ne put empêcher que, M^^ Favart nous fût refusée à tous les deux : à moi, parce que les nécessités du théâtre le comman-r daient; à Augier, parce qu'on me l'avait refusée à moi. Enfin, en 1875, le drame d'Emile Augier fut représenté. Avec quel succès... Vous vous le rappelez ! Le mien..« Oh I ici, malheureusement, la ressemblance s'arrête 1 Le mien fut retiré du Gymnase au milieu des répéti^ tiens et retiré par moi : Pourquoi ? Parce que j'eus peur I De quoi ? de la comparaison ; peur du succès d'Augier, peur qu'on n'écoulât ma pièce à travers la sienne... et qu'on ne fit comme moi, qu'on ne trouvât la sienne moiiieure ; j'eus peur surtout qu'on ne sentît pas bien les différences qui séparaient les deux ouvrages.

Ces différences sont profondes.

Augier et moi, nous avons bâti sur le même terrain deux maisons absolument dissemblables.

Son drame est un plaidoyer en faveur du divorce ; le mien un réquisitoire contre la séparation.

Il appelle une loi future ; je proteste contre une loi actuelle.

Nos deux héroïues sont deux victimes; mais il nous montre dans madame Caveriey une créature naiu** feilement honnête, noble de cœur, faite pour'le bien,

AU THÉÂTRE. v

et précipitée dans te mal, condamnai au mal ptu* l*iti» dissolubiiitë.

]*ai peint dans madame Delpierre une femme eaûs tâche, restée pure au milieu de toutes les tentations, fèstée ferme au milieu de toutes les épreuves, et tor* tarée par la séparation, non-seulement dans ses sentinâeàts, mais dans chacune de ses vertus, blessée dans sa probité, dans sa pureté, dans sa maternité t

On a accusé la pièce d'Augier d*étre immorale ; rien de plus feux ! Seulement, chose curieuse t c'est l'immoralité de son héroïne qui fait la moralité de son drame. On se dit api^ès Madame Caverley : quelle horrible chaîne que Tindissolubilité, puisqu'elle pousse une telle femme à de telles fautes ! le voudrais fatro dire : Quelle aifi*euse loi que la séparation, puisqu'elle condamne un être si noble à de telles tortures ?

Eu réalité, ma pièce est la mise en accusaiioii d'une loi, un procès dramatique intenté à une loi ! Pas une des péripéties de ma pièce qui ne naisse d'un des textes de cette loi, La scène capitale du premier acte, celle du second, celle du troisième, celle du quatrième, autant d'articles de cette loi, mis en action. Elle est pour ainsi dire mon personnage principal ; je Tai prise à partie, comme un de ces êtres funestes et malfaisants que nous fournit l'histoire ou l'imagination, et qu'on dessine implacablement et trait à trait devant le public, afin de lui en inspirer l'horreur.

Cette horreur est- elle légitime ? Jugez-en.

Messieurs, une réflexion me vient à l'esprit. L,*ordre

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