XIV LA SÉPARATION DE CORPS
changements. Eh bien, voilà, pourquoi, au lieu de mettre en scène à la fois, ainsi que l'a fait Emile Augier, le mal et le remède, je me suis borné à peindre le mal. Parlant pour le divorce, j'aurais eu la moitié d'entre vous contre moi; parlant contre la séparation, j'espère vous avoir tous comme alliés ; car je ne me pose pas en législateur, mais en moraliste ; je ne plaide pas une cause, je décris un fait!... et un fait qui doit soulever toutes les consciences honnêtes.
Resserré dans ce cadre, lé sujet n*en reste pas moins très-difficile.
Toute séparation suppose une faute, un coupable. Or, quelle faute choisir? Quel coupable prendre? Généralement, on prend le mari. Est-ce parce que les femmes valent mieux? je n'oserais pas le dire, car, j*ai remarqué que dans les séparations, si les hommes sont plus méchants, les femmes sont plus mauvaises. Il y aurait donc parfois bien de l'avantage à prendre la femme. Quelle peinture plus poignante, plus dramatique, peut-être même plus comique, que celle d'un honnête homme obligé de suivre àr la piste, à travers le monde, cette femme qui y promène son nom, resté souvent éditeur responsable de ses méfaits, toujours sous le coup d'une accusation... de réconciliation « car la loi suppose toujours la réconciliation possible... et voilà le pauvre mari forcé de multiplier ses preuves d'alibi, de démontrer qu'il n'a pas passé telle journée à Saint-Gloud, de peur de se voir appliquer la maxime : Pater is est,,, et... je m'arrête, de peur que cette
AU THÉÂTRE. xv
pièce imagiDaire ne vous paraisse plus piquante que la véritable I Les pièces sont toujours si belles, quand elles ne sont pas encore faites.
Tai pris la marche ordinaire. }*ai fait tomber la faute sur le mari. De plus, cette faute, je Tai choisie inabsoiyable, d'abord parce que je voulais que tout le monde donnât raison à la femme; puis, je trouvais là l'occasion de mettre en lumière un des traits les plus caractéristiques de cette loi, qui n'admet pas comme cause de séparation la plus affreuse des injures morales. Le mari était difficile à peindre; il y fallait beaucoup d'adresse ou beaucoup de rudesse; il y a trente ans, j'aurais essayé de l'adresse; alors, quand on créait ce qu'on appelle un rôle ingrat, l'art était de le faire passer ; aujourd'hui l'art est de l'imposer. Le public d'aujourd'hui aime avant tout la vérité ; il vous pardonne tout, même d'être brutal, si vous êtes vrai; j'en ai profité pour établir nettement mon personnage sur deux passions: Tune bonne, l'autre mauvaise ; une vertu et un vice ; sa passion pour l'argent et sa passion pour son fils. Le portrait est dur, mais je le crois vrai.
J'ai osé plus : j'ai mis en contraste deux jeunes gens, deux fils, l'un désespéré par la séparation, l'autre... je ne dirai rien sur l'autre; mais j'appelle votre atten* tion sur sa galté
Il faut en convenir, tout cela ne constitue pas une pièce bien divertissante: la séparation de corps rentre dans la catégorie des sujets dailgereux; dangereux