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d'idées où je vous entratae n'est- il pas bien sérieux ? Sans doute I Seulement, remarquez que vous n'êtes pas encore des spectateurs, vous n'êtes que des auditeurs; jusqu'à deux heures et demie, vous n'êtes pas ici pour vous amuser. J'en profite!... Faitesmoi crédit d'un quart d'heure d'ennui, et cet ennuilà vous aidera peut-être à passer deux heures plus agréables.
Revenons donc à la séparation. Ce que je lui reproche, c'est de reposer sur un mensonge; elle brise la vie commune, l'autorité du père, la subordination de la femme, et, en même temps, elle a la prétention de conserver de nom tout ce qu'elle renverse de fait; de maintenir en principe ce qu'elle anéantit en réalité, de laisser la porte ouverte aux désirs de réconciliation entre ceux qu'elle désunit, et pour justifier cet espoir qui est une chimère, elle laisse au mari et à la femnie des débris de pouvoir, des restes de droits, qui deviennent dans leurs mains égarées comme des tronçons d'armes avec lesquels ils se meurtrissent et s'assassinent.
En voulez-vous la preuve?
Une femme séparée, vous le savez, vit comme elle veut, va où elle veut, fait ce qu'elle veut, dispose en maîtresse absolue de ses actions, de ses relations, de son honneur. Eh bien, cette même femme ne peut déplacer le moindre capital sans le consentement de son mari ; vendre une action quelconque sans le consentement de son mari; faire ou même recevoir une
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donation sans le consentement de son mari. Elle est à la fois majeure et mineure. Ce n'est pas tout. Cet homme qui ne peut plus veiller sur les actions de sa femme peut encore les punir; il n'est plus son gardien, il peut encore être son espion : Il ne peut plus pénétrer chez elle comme mari, il peut y pénétrer comme accusateur. La justice, sommée par lui de Tac* compagner au logis de sa femme, sur un soupçon, juste ou injuste, est contrainte de lui prêter secours, de faire chez elle une enquête, et le mari a, en tout cas, le droit de lui intenter un procès, qu'elle gagne, mais qui ternit sa réputation.
Le mari est-il plus heureux ? Non I car la loi autorise la femme à garder le nom de son mari, TeiU-elie déjà flétri, ce nom, et dût-elle le flétrir encore! De fagon qu*on peut dire que dans la séparation les époux ne sont plus unis qu*à la façon des forçats : Ils sont rivés au môme boulet.
Tel est le sujet de mon drame. — SoitI direz-vous, mais quelle en est la conclusion 7 M. Emile Augier a conclu, lui, nettement, au rétablissement du divorce, concluez-vous de même? Votre pièce réclame-t-elle le divorce? Êtes-vous partisan du divorce ou de Tindissolubilité? Messieurs, je répondrai à ces délicates questions avec toute franchise. Selon moi, Tindissolubilité est le sceau suprême de l'institution conjugale. C'est vraiment le doigt de Dieu imprimé sur l'union humaine. C'est la grande idée de l'immuable introduite dans cette vie où tout change; c'est l'espérance
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de rinûni déposée dans ces cœurs où tout s*éieitit, et Ton peut mettre au défi poètes et philosophes de Représenter un type parfait du mariage et d'y placer le Tbot divorce I Mais ce type parfait, cet idéal, existe^ t-il? L'indissolubilité véritaBle existO'^Ue ? Non! puis^ (}ue la séparation existe. Il s'agit donc de savoir lequel est le plus contraire à l'idéal du mariage, lequel porte le plus atteinte à la sainteté du mariage, lequel blesse le plus la morale, détruit le plus la famille, le. divorce ou la séparation. Voilà la question ! voilà ce que j'ai débattu un jour avec un ami dans un entretien que j'ai écrit, et que je vous demande la permis* sionde vous lire.
A mes argumenta, mon ami répondait :
— La séparation a un grand avantage : elle laisse au moins dans le mariage subsister le lien.
-^ Du tout! elle brise le lien, elle ne maintient que la chaîne.
^ Lé divorce fait de deux époux deux étrangers.
^ Et la séparation en fait deux ennemis t Le mo« dèle des gens qui se détestent, ce sont leâ épohx séparés.
^ Mon cher ami, s'écrid moti advëjrsaire, saches que (}uand on ne connaît que d^honilêtes gehs, on rencontre des époux séparés (Jui... quoique séparés...
— Ne se haïssent pas? C'est possible... au début! Ils sont si contents alors de ne plus se voir qu'ils trouvent tout parfait, môme leur conjoint; c'est la lune de miel de la séparation. Mais après 1...
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— Eh biëïl, après?
— Après? ils |passeat leur vie à désirer mutuellement leur mort... bienheureux quakld ils ne Ibnt ^uè la désirer I Ad contraire, les ëpouX divorcés ne se détestent plus, et quelquefois n^ême ils dé re-» ^retient.
-^ Oui, reprit mon interloddtëur aivëc amôrtdtne, oui, s^ils se remaHent, tait Vôtre droit au divbrce n'est qu'un droit au remariage I Ëh bien, fépbtidez! Gonnaisse2-vou8 rien au monde de p\û^ î^évôltant, de plus immoral, de plus scandaleUiit qil'uhé femme entrant dans un salon ad bras d'un homtne qui est soh ihari, et se rencontrant avec Un homtiie (}Ui l'd été?
— Oui, certes, repris-je, je bonttâls quelque chose de plus scandaleux I G^est une femme entrant dans Un âalon au bras de soh amant, â là vue de son mairl, et avec le nom de son mari, qui ne ^eut retnpécbei^ ni de le porter ni de le salir.
--^ Les flBihmes séparées quittent sôuVent le nom de leur mari pour reprendre le nom de leurs parents.
— SoitI mais si elles ne veulent pais le quitter, è\ elles Ont un intérêt à ne pas le quitter, qui peut les y contraindre? Elles ont le droit de le traîner, ce Hbih honorable, à travers tous leurs scandales, de le mêler à tous leurs désordres, de le livrer même aux verdicts des tribunaux, et, comme toujours ce nom rappelle et représente le mari, il a sa part dans toutes ces hontes, il est éclaboussé par toutes ces souillures! En vérité, on peut presque dire que la séparation ne laisse entre
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les époux qu'une communauté, la communauté da déshonneur.
Un peu troublé par ma véhémence, mon adversaire se rejeta sur la grande objection, sur l'objection religieuse :
« La majorité des Français est catholique, et vous n'avez pas le droit (l'instituer le divorce, par cela seul qu'il oflfense la foi des catholiques.
— Qui les oblige à s'en servir?
— Il ne s'agit pas, reprit-il vivement, des individus, mais de la conscience publique; il ne vous est pas permis d'outrager nos croyances.
— Ne confondons pas les croyances et les droits civils; ce sont deux domaines distincts. Lé mariage est à la fois un sacrement et un contrat. Comme sacrement, il ne dépend que de la loi canonique, mais comme contrat il ne relève que de la loi laïque. L'une n'a pas plus le droit d'imposer le divorce à ceux qui le rejettent que l'autre de le défendre à ceux qui l'acceptent. Libre à l'Église de ne pas bénir le mariage des époux divorcés; libre à l'État de le consacrer.
Battu encore sur ce terrain, mon adversaire se réfugia dans l'argument invincible en apparence... l'intérêt des enfants !
« Que les époiix, s'écria-t-il, aient droit à toute pitié; que leurs souffrances soient affreuses et imméritées, je l'accorde. Mais, après tout, leur malheur est leur fait, parfois leur faute. Mais les enfants, que sont-ils eux? Rien que des victimes, et les plus innocentes des
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victimes] Le législateur doit donc, avant tout, songer aux enfants. Eh bien, je vous le demande, quel est le sort des enfants dans la maison d'époux divorcés et remariés?
— Et quel est le sort des enfants entre deux époux séparés? La séparation conduisant trop souvent les parents à Tadultère, elle fait des enfants les témoins, les juges des fautes de leurs parents. La séparation les déprave ou les torture.
— Ce ne sont là que des phrases ! s'écria mon ami.
— Vous voulez des faits! Eh bien, en voici! Une mère séparée, et contrainte par le jugement môme à envoyer chaque semaine sa fille à son mari, ôtait à Tenfant, le jour de cette visite, sa jolie toilette de petite fille riche, rhabillait d^une.robe sale et déchirée, et la faisait conduire ainsi vôtue, à pied, chez son père! Pourquoi? afin qu'elle souffrit d'aller chez son père, afin qu'elle fût humiliée en allant chez son père; et le père, pour pouvoir sortir avec elle, était contraint de lui préparer un autre habillement en arrivant chez lui, et qu'elle quittait avec de nouvelles larmes en en partant!... Eh bien, je vous le demande à mon tour, quelle impression peut produire sur Tâme d'un enfant un tel spectacle de haine?
— Ce n'est qu'une exception monstrueuse!
— Ce n'est pas une exception. Je pourrais vous citer vingt faits pareils. Les époux séparés n'aiment pas leur enfant simplement, naturellement; ils l'aiment avec émulation, avec jalousie ! Ils ne se contentent
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pal de l6 gagner, ttê veulent l'enlever à l*adtre« Il rà leur suffit pas de l'avoir, lie veulent que l'autre ne Tait pas. Alors les récriminations, lei accusations, par{(»s tel calomnies. On ne se dit pas qu'on ébranle chez l'enfant toute notion du devoir, qu'on pervertit cltec lai les eentiments naturels*, on ne voit qu'une ehese, o'estqu'miae venge I Écoutez ce que j'ai lu dans ta GoMettê da Tribunaux : un père, condamné par le tribunal à laisser à la mère son fils âgé de deux «ns^ enleva l'enfant, l'emmena en pays étranger, et, au bout de cinq ans, il revint avec deux autres petits garçons habillés coaame son fils, élevés par lui comme son fils, et dit à ea femme ; « Un de ces trois enfants est le vôtre \ moi seul, je sais lequel, choisissez! » La mère n'osa pas choisir, de peur de prendre pour son fils un enfant trouvé, et elle les abandonna tous trois au père!... Sachez-le bien, dans la séparation, Tienfant n'est que le champ de bataille de deux haines. Seulement, ce n'est pas, comme dans les mêlées antiques, un cadavre que deux ennemis se disputent^ c'est une Ame vivante qu'ils déchirent, lis accomplissent chaque Jour un infanticide moral lu
Voilàcequejediskmon ami. En ti-Je dit autant dans ma pièce? Non. D'abord, je n'ai pas prononcé une seule fois le mot de divorce. Pourquoi t Parce que je ne voulais pas conclure. Pourquoi? Parce que je voulais vous laisser conclure vous-mômes. La question du divorce partage les meilleurs esprits. Interrogez les magistrats, |es avocats, les notaires, les écrivains^ )es hommes ^e
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lai ou d'étude, tous eeux que leurs fonctioas ou leurg travaux rendent juges on scrutateurs des discordes conjugales, vous les trouveriez presque tous favorables au rétablissement, limité, sévère, mais formel, du di-- Yorce. Au contraire, ce qu'on appelle le monde le repousse. En vaiti cite-t-on l'exemple de l'Angleterre» de la Suisse, de la Belgique, de l'Allemagne, les mœurs françaises résistent,. Les uns haïssent dans le divorce un souvenir de la Révolution, les autres le craignent comme une nouvelle cause d'ébranlement social. Chose singulière I les projets d'innovation ont bien plus de chances de réussir dans les temps calmes que dans les époques troublées. Après 1830, quand la France était en pleine prospérité, une loi sur le divorce fut {proposée à la Chambre des députés par les personnages les plus considérables, votée à une forte majorité, et sans le veto de la Chambre des pairs elle passait. En 18&8, parellleproposition fut repoussée presque unanimement. D'où cela viént-'il? De ce que-les règnes paisibles, bien réglés, les gouvernements rassurants laissent toute carrière à l'imagination, au romanesque, au chevaleresque; les peuples sont aventureux quand les gouvernements ne le sont pas ; l'amour de l'inconnu les saisit. Mais quand la société est agitée, quand on est inquiet pour sa fortune, pour l'avenir, oh I alors, adieu tous les rêves, on redevient positif!... Les moindres secousses font peur dans les tremblements de terref... C'est là où nous ^a sommes 1 On redoute le divorce comme un changement de plu9 à ajouter à tant dQ