ACTE H
GUILLEN
En Amérique.... oui, précisément dans un autre monde!
ISABELLE
Dans un autre monde* pourquoi?
GUILLEN, gaiemMl.
Pourquoi, ma pauvre enfant? parce que je trouve celui-ci trop bête. Que voulez-vous qu'on fasse aujourd'hui?,.; Ah! si j'avais vécu il y a seulement quatre mille ans.... du temps des grands bandits mythologiques : don Hercule et don Bellérophon!... voilà une vie!... assommer des géants..,, s'habiller avec des peaux de lions, tuer des monstres, des hydres.... Oh! une hydre! qui estce qui pourrait m'indiquer une hydre ?
ISABELLE, loiiriant.
Ah ! ce n'est pas moi ! Mais ce que je puis vous dire, c'est le vrai motif de votre dép^. Don Guillen, combien avez-vous perdu au jeu la nuit dernière?
GUILLEN
Est-elle finel {tlrm 9» bonne qui cit empiétement vide.) Vojlà!
ISABELLE
Vous êtes donc ruiné?
GUILLEN
A fond.
ISABELLE, Daivement.
Eh J)ienl qu'est-ce que cela fait?
Gomment, qu'est-ce que cela fait?
ISABELLE
Sans doute : qu'importe votre pauvreté puisque nous sommes « riches?
GUILLEN, la regardast M k liri-m6oi£.
Gomine c'est bon ! comme ça a de Tâme ! (BMai.) Merci ; mais quant à cela, jamais ! . . . Pour des dettes, soit; cela ne désiionore que les oncles qui ne les payent pas; mais à l'aumône, don Guillen de Azagra... non!
ISABELLE
A l'aumône! Est-ce que vous n'en feriez pas autant pour nous?
GUILLEN
Pour VOUS, je donnerais tout!
ISABELLE
Acceptez donc alors, ou vous ne savez pas ce que c'est que d'aimer. Écoutez, don Guillen : Henri m'appelait quelquefois son bon ange, eh bien! permettez-moi d'être le vôtre!... J'ai été pauvre, moi; je sais ce que c'est que l'ordre, l'économie... je me ferai votre homme d'affaires, et dans quelques années, riche, heureux...
GUILLEN
Vous voulez me ranger?... Voîlà une idée!... Elle devait vous venir.
Ne me refusez pas!... Si ce n'est pas pour vous, que ce soit pour nous!... Quand un grand bonheur nous arrive, on ne le conserve, dit-on, qu'en le méritant par une bonne action!... Eh bien! vous serez notre bonne action !
GUILLEN
Serpent!... (pa«8ânt à droit*.) Allez-vous-en au diable! A-t-on jamais vu?... Parlons sérieusement. Isabelle, une seule considération pourrait me déterminer à... rester.
ISABELLE
Laquelle ?
GUILLEN
Puis-je vous rendre un grand service ? Je n'ai plus le sou, mais il .me reste ma vie... Ce n'est pas grand'chose... la voulezvous?
ISABELLE
Votre vie?
GUILLEN
Oui!... Auriez-vous besoin pour vos intérêts, pour vos plaisirs, pour une fantaisie même, que quelqu'un se fit casser pour vous les deux bras et les deux jambes?...
ISABELLE, avec reproche.
Don Guillen!
GUILLEN
Cela pourrait se rencontrer!... Enfin, cela ne vous va pas?...