‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 276 sur 312 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

d'indignation. Il a provoqué rhomme qui lui donnait le bras, pour la punir et pour se venger. Le charme est dissipé et c*est vous qui l'emportez. » (Parlant.) Voilà qui est fait, (a Marthe.) Tu permets que je donne cette lettre?

MARTHE

Gomment 1 Je vais appeler Françoise 1 (FranQoise entre.)

SUZANNE

Tout de suite chez madame de Brignoles. (Franooise sort)

MARTHE, à part.

Allons, il n'y a plus à balancer, mais ce n^est pas facile.

SUZANNE, redescendant la seène.

Qu'as-tu donc à te parler toute seule?

MARTHE

C'est que j'ai quelque chose de très-embarrassant à te dire...

SUZANNE, riant.

A moi?

MARTHE

A toi! Mais d'abord une question. Comptes-tu épouser Joseph ?

SUZANNE

Moi ? Je n'y ai jamais pensé.

MARTHE

Il t'aime pourtant bien I

SUZANNE

Il m'aime?

MARTHE

Tu ne t'en es pas aperçue?

SUZANNE

Jamais!... Ohl le pauvre garçon!

MARTHE

Il suflBt! il suffit!... Pauvre garçon dit tout!... Dès que tu le plains, son affaire est jugée!... A la tienne, ma petite Suzanne... Tu m'as entendue vanter les avantages d'être laide!...

£h bien, sais-tu la seconde partie de celte vérilé? C'est qu'il y a parfois de grands inconvénients à être jolie.

SUZANNE, souriant.

Je ne l'aurais pas cru,

Entendons-nous. Pour une demoiselle du monde riche, fiancée à un homme riche comme elle, la beauté n'est qu'une dot de plus; mais, pour une fille pauvre, sans mari, que sa pauvreté force à s'aventurer seule, dans la rue, une jolie mine est un péril de tous les instants... Éh bien, ma petite Suzanne, tu es trop jolie pour être pauvre!

SUZANNE

Je suis jolie?... Vrai? Eh bien, j'en suis bien aise !

MARTHE

n réussit bien , mon sermon !

SUZANNE

Ah çàl mais où est donc ce grand péril?

MARTHE

Il est dans l'accueil que tout le monde vous fait.

SUZANNE

Je ne trouve que gens qui m'accueillent à bras ouverts.

MARTHE

A bras ouverts I précisément I... Des gens t'accueillant comme cela... ah I tu n'en manqueras pas!... Nous ne sommes pas en Amérique ici !... et il y a dans tout Français un vieux fond de troubadour... qui fait que, dès qu'un homme se trouve seul avec une femme jolie, pauvre et libre... il n'a que deux pensées : la première de rarranger un peu sa cravate et de passer la main dans ses cheveux ; la seconde de se dire : « Ah çà! il s'agit de faire la cour à cette petite dame-là. »

SUZANNE

Mais je n'en reviens pas!., qui t'a appris ces secrets?

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