‹ Le pamphlet du Dr. Coderre [microforme]Chapitre 2 sur 2 · COR CRC RE ED · texte numérisé non relu

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aigu seulement oublié, s’il s'agit d'une question de vie ou de mort pour un de ses semblables, l'on n’a plus de juridiction, alors même que le procès intenté pèche, ot par la forme ct par le fond. C’est À n’y pas croire, mais... kumanum est errare.

Mes commentaires pourraient s'étendre bien davantage, mais il est temps que je termine, en vous pressant de suivre les conseils de l'amitié.

L'on a cru quelque part pouvoir vous reprocher décemment d'avoir fait votre éducation vous-même, Moi je vous dis: vous

ui vous nourrissez de travail et d'étude,

e la soif d'apprendre pour être utile, continuez votre carrière si bien remplie. Je connais par l’histoire des hommes qui sont arrivés aux positions sociales les plus élevées, sans avoir fait d'études classiques; des Franklin, des Diplomates, des Sénateurs, voire même des présidents des premières puissances de la terre. Et sans sortir de mon pays, j'ai vu venir devant moi et beaucoup plus après moi, de mes compatriotes qui se sont distingués et se distinguent encore dans les sciences, la magistrature, la A &e., et ils n'avaient pas eu l’avantage d'une éducation classique. Mais, que si elle l’aide, elle ne donne point l'intelligence à ceux qui n’en ont pas: non plus qu’elle ne produit la perspicacité, le jugement et l'esprit d'observation. N'oubliez pas toutefois, que tous les philosophes et tous les médecins depuis Hippocrate, ont reconnu que l'étude des lettres, si utile à l'esprit, est très nuisible à la santé du corps. Nul ne l’a fait mieux santir que le Cicéron de la médecine Celse, lersqu'il dit qu'après Podalirius at Machaon, il n'est pas de savants, qui se soient distingués daus la médecine; donec majore studio litterarum disciplina agitari cœpit, quæ ut animo præcipue omnium necessaria, sic corporè inimicu est.

Donnez donc à cet esprit, sans cesse en action, quelque repos, quelque distraction, afin de n'être pas enlevé avant le temps à votre famille, à la société, à l'Ecole de Médecine que vous honorez par l'enseignement solide que vous y donnez depuis au delà de trois lustres. Que les institutions et les sciences médicales s'étendent parmi nous, nous le désirons : mais personne ne saurait vous enlever vos titres de considération. C’est le moins auquel doivent s'attendre ceux qui ont pris les devants.

Les circonstances dans lesquelles vous

vous êtes trouvé ont fait tout d'abord surgir des doutes dans votre esprit sur la validité des témoignages à la preuve, dans ce procès criminel, vous vous en êtes emparé pour les analyser, les commenter dans les intérêts de la société, de l'administration de la justice et de la profession, Vous avez fait votre devoir, Déjà votre travail a rapporté quelques uns de ses fruits ; et je ne doute pas que, semblablement placé, tout autre véritable médecin eût fait comme vous, puisque il n'appartient pas à sa vocation de travailler uniquement pour le produit matériel qu'il dispense à sa famille, mais plus encore pour

le bien qu'il peut faire, en dehors de cette considération...

Que ceux qui hésiteraient à admettre l’u-

tilité, l'importgnce de l'étude et de la révision des procès criminels, se rappellent celui de Lesurque, victime d'une grande erreur judiciaire— cause si noblement défendue tout dernièrement, par cette grande figure du barreau français, Berryer, demandant restitution d'une partie des biens de la famille déshéritée, encore entre les mains de son gouvernement,

Jo ne puis laisser tomber ma plume sans

vous exprimer mes inquiétudes sur la multiplicité des enquêtes de coroner, qui se font, aujourd'hui, dans nos campagnes et dans nos villes, sur des donnécs sans poids ; soit qu'on apprenne par les cancans de voisinage, qu'un épileptique, un infirme ou un veillard, est mort d'une manière un peu prompte ; soit que le vulgaire, toujours avide de ses cancans, transmette de bouche en bouche ces suppositions et ses inventions. L'on pourrait croire que la spéculation et l'amour du gain ne sont pas étrangers à cette fréquente pratique. Le gouvernement ferait donc bien de

mettre les coroners en garde, par des ins-

tructions strictes, contre des impositionwqui

ne laissent pas que de lui coûter beaucoup,

quelquefois au scandal public.

Votre confrère et ami J. G. BIBAUD, M. D.

P.S. Plaider une cause au mérite n'est pas être flatteur, Vous savez combien peu je suis atteint de cette faiblesse, à l'endroit même de mes amis, ainsi faite de cette lettre ce que bon vous semble. Il ne s’agit pas ici de personnes, mais de l’ordre social et de la science.

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