‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 10 sur 28 · II. ï · texte numérisé non relu

II. ï

de l'état maréchal Davoust , ministre de la guerre,

major

du ministre de Buonaparte, arriva à Lille, chargé

de la guerre -* .

a ordres secrets !.•.•

de l'usurpa-

Uur - Monseigneur le duc d'Orléans en in-

forma Sa Majesté. Cette circonstance, jet la nouvelle du sort désastreux d'une partie de sa maison militaire , déterminèrent le Roi à fixer sa résidence dans l'ancienne capitale de la Flandre autrichienne ( Gand. ) Départ Combien n'en coûta-t-il pas au cœur

du Roi pour

du Roi , de sortir de la France , de cet antique héritage de Saint-Louis, où, depuis son départ de la capitale , il avait recueilli tant de vœux ! Le souvenir des regrets de son peuple le suivit au delà de son royaume, et fit , pendant les cent jours d'absence, la consolation et l'espoir du monarque. Cet intervalle , où l'influence de ses vertus agissait encore si puissam-

ment, et suffit pour maintenir l'équilibre, n'est pas moins flatteur pour. son coeur, et peut être appelé le règne du souvenir. . ,

Un peintre de l'antiquité, désespérant de pouvoir jamais exprimer la douleur paternelie , conçut l'idée sublime de couvrir d'un voile la figure d'Agamemnon.

Ha ! quel voile épais n'eût-il pas étendu sur la France, dans ce moment désas-

treux où les enfans de Louis virent s'éloigner leur père !. .

Gand reçut Louis XVIII, et Gand devint le foyer de la loyauté française, le refuge de la patrie, et le centre du gouvernement légitime.

Le Roi se vit entouré bientôt de cinq jf™™" de ses ministres , des membres du corps vi,Ie '

des ministres

diplomatique , de trois maréchaux de français , et

de» membres France *, d'officiers de tous grades, indipiouaH- dépendamment des sujets qui faisaient partie de sa maison civile et militaire ,

et de celles des princes ; d'écrivains élo*îquens, d'administrateurs distingués et de magistrats célèbres. Quoiqu appelés à des fonctions différentes >, un même devoir les réunissait tous.

Chactm d'«ux offrit le tribut de ses moyens, et les employa avec zèle ipour le service du Roi , soit auprès de sa personne sacrée , soit en secondant tes nobles tet généreux efforts des Princes de son auguste fàtoille.

Le plus loyal , comme le plus humain des chevaliers français. Monsieur, s'arrêta, à peu de distance de la frontière,

* Les maréchaux Victor, duc de Bellune; Berthïer, prince de Wagram ; et Marmont , duc cte Ragu*e.

pour attendre et recevoir les homi dévoués, assez heureux pour parvenir jusqu'à lui.

Son Altesse Royale les dirigea sur ^îîfa Alost, ou Monseigneur le duc dçBerry duc deBcny avait établi son quartier-général.

Parmi les généraux qui s'empressèrent • 1 de se réunir à son Altesse Royale , on disr tingua le vicomte de Roquemont, septuagénaire. Ce vénérable défenseur du trône, dont le zèle n'était point ralenti par l'âge, commandait l'artillerie ; comme à l'armée de Condé, et selon sa touchante expression , « il apportait a» Roi le reste de sa vie. »

Indépendamment des officiers de la maispn militaire de S3 Majesté et de celle de Mon^ur , qui rejoignirent Je§ Princes, le courage et la fidélité formèrent un J>ril-

meus de l'armée royale.

lant état major * auprès de la personne de Monseigneur le duc de Beny.

Cantonne- C'est dans les environs d'Alost, et particulièrement à Moerseke, que furent cantonnés les volontaires royaux qui arrivèrent successivement en Belgique.

Arrivée Les élèves de l'école de Droit de Paris, commandés par leur estimable chef ( Druault ) , n'avaient pu passer en corps èo Pa*i*. à Béthune ; ils se rendirent individuellement au poste de l'honneur , et prouvè-

à Alost des élèves de l'école

de droit

Il se composait des comtes de Trogoff, de la Ferronays , de Nantouillet , de Mesnard , de Rohan Chabot, de Brissac, de Choiseuil d r Astorg , de Clermont - Lodeve de Clarac , de Goullet , de Gouvello» , du prince de Bcaufremont ; des vicomtes de Pont- Carré , de Saillant , du baron de Montelegier „ des chevaliers de Fontane , de Séguin , de Baray , Berthier

de Bizy, tous lieutenans généraux , maréchaux de camp ou officiers supérieurs.

rent qu'il n est point d'obstacle que ne puisse surmonter le courage, quand le sentiment lui sert de guide.

Rassemblée sous le drapeau sans tache, cette intrépide jeunesse jura «de « ne déposer les airmes qu'après qu'elle « aurait vu relever le trône de S.-Louis. »

Ce serment devint le cri de guerre de l'armée royale du nord.

« Venez vous joindre à nous, braves Ap P ei « camarades; déjà un grand nombre de « volontaires royaux se trouvent réunis à « l'armée royale , où ils accourent de tous volontaires

royaux

h les points du royaume. Marchons, bra- de Parme», « ves amis , où l'honneur et le devoir nous « appellent ; marchons au cri si cher à « tous les bons Français. Vive le Roi!»

Tel était l'appel des fidèles défenseurs du trône, aux volontaires royaux de laFrance.

anx Français ,

par les braves

Mesures Mais, depuis le io mai, toute com-

des autorités

tchvWo» ,,our munication avec l'intérieur était interi!l P g ratL. rompue; la tyrannie veillait avec soin, et par l'inquisition la plus rigoureuse, elle cherchait à empêcher les émigrations que chaque jour voyait encore* se multiplier. Plusieurs Français fidèles furent arrêtés 5 les uns sur les frontières , les autres dans les ports de mer.

Sept officiers de la maison du Roi , le comte de Meulan, et le baron de Cretot de Toufifreville, se trouvaient de ce nombre *.

On poussait les précautions jusqua interdire à la classe ouvrière la faculté d'aller exercer sem industrie hors du territoire, tant on était sûr que les Français emploieraient tous les moyens pour re-

* Ces officiers furent conduits des cachots de Honfleur dans ceux de Rouen.

joindre leurs Princes , et fuir un sol où ils ne trouvaient plus de patrie.

En peu de jours, et par les sojns de Monseigneur le duc de Berry -, les jeunes guerriers qu'il commandait, déjà exercés au maniement des armes et aux évolutions militaires, devinrent d'habiles soldats. Le mobile qui les animait suppléait au temps et à l'expérience , et ces phalanges nouvelles n'eussent cédé en rien aux vieilles cohortes. ; s ?

Le ? i er juin, Monseigneur le duc de

Berry les présenta à son Altesse Royale, Madame, qui daigna les passer en revue

à Âlost.

L'enthousiasme qu'excita sa présence , R e v»« fut d'un heureux présage; toujours, à son aspect, les cçeurs s'étaient émus; l'on adorait en elle lange de vertu et de ré-

passée par S. A. R.

Madame.

signâtion : alors, à ces titres sacrés, venait de se joindre encore l'admiration qu'inspire le courage; et ces bataillons royaux se sentirent invincibles dès qu'ils eurent obtenu, un regard d'approbation y de l'héroïne de Bordeaux.

Cette jeunesse ardente , impatiente de son inaction ; demandait , à grands cris , à combattre. Enfin le moment arriva où l'Europe allait porter les premiers coups, et renverser, une seconde fois, celui qui si long-temps osa menacer tous les trônes.

Dispositions Monseigneur le duc de Berry jugeant

de Mgr. le

duc de Berry de quelle importance il était, pour le suc-

à Termonde. i i 1 1 •

ces de la cause des nations , de détendre l'entrée de Bruxelles aux troupes rebelles, se porta sur cette route , au confluent de la Dandre et de l'Escaut , à la tête des Français qui formaient, à cette époque ,

l'armée royale du nord; il établit son quartier- général à Termonde. Là, avec cette valeufc franche qui le distingue, il adressa à ses soldats ces paroles remar-

quables : « Braves amis , voici notre place , « c'est ici que nous devons attendre la « victoire ou la mort; jurez de périr « tous , plutôt que d'abandonner cet im- « portant passage. »

Le ciel, et un fils de Saint-Louis, reçurent ce serment !

C'est le 18 juin i8ï5, que se donna Bataille

deWatcrlo».

cette bataille décisive, fameuse dans les annales des nations, et qui, selon les positions que les divers corps d'armées occupèrent , fut appelée de Mont-Saint- Jean par les Français; Waterloo par les Anglais, et Belle - Alliance par les Belges.

Dans cette journée mémorable, l'armée française expia ses erreurs dans un baptême de sang,

O champs de Fleuras, vous, qui pendant l'espace d'un siècle , vîtes si souvent combattre et triompher les soldats français , si cette fois ils s'y montrèrent coupables et vaincus, vous devîntes encore les témoins que dans ce long intervalle il ftit du moins une vertu dont ils n'ont point dégénéré, la bravoure!

Le succès des armées de la coalition européenne , assurait la rentrée du Roi dans ses Etats; mais pendant cette lutte, quelles furent ses émotions? Hélas, elles n'appartinrent pas toutes à la joie ! .... le sang français avait coulé! — Louis s'écriait avec Periclès : « Pour- « quoi faut-il que cette jeunesse , èspoir

« de la patrie , et véritable printemps de m l'année , $oit encore prodiguée sur le « champ de bataille ? » Et tandis que Buon&parte, ne songeant qu'à sa sûreté personnelle > dans son cruel égoïsme , sacrifiait, en fuyant» le reste de cette artnée , qui s était immolée pour le servir, le Roi étendait sa sollicitude paternelle sur chacun de ces soldats qui s'étaient armés contre soti autorité, tant en asstfcratat des récompenses *ux étrangers qui feraient le fins de prisonniers français »

qu'en les recommandant à l'humanité et à la générosité du vainqueur. •

G est surtout après cette . journée que du Rai pour Louis se montra dans toute «a bon té $ le5 bl< * $C8 ' les secours envoyés à Bruxellefc avaient devancé les blessés dans les hôpitaux destinés à les recevoir. Ces k|fortu«és ,

qu'an funeste égarement y avait conduits , jouissaient du bienfait avant d'en connaître la source, et devinaient la main du Roi, au bien-être dont ils- ressentaient l'heureuse influence.

Les Princes inspectaient eux-mêmes la distribution de ctes secours; telle était la volonté de Louis, tel était le besoin de leurs cœurs : le monarque avait donné les ordres , le père veillait à leur exécution.

La rapidité des événemens prévint les courageux efforts des braves de l'armée royale du nord; ils étaient sous les armes , l'honneur fut satisfait, ledr acte de présence auprès du Roi, et le bonheur de le ramener dans ses Etats, suffirent à leur gloire, secours Sur ce même champ de Waterloo, où prodiges,™ j a v i cto i re venait de couronner les ar*

nom du Roi ,

mées alliées d'un laurier superbe , mais ^ba*a!n7 sanglant l'humanité décerna à Far- » u *

res français.

mée royale du nord, des palmes plus modestes et non moins glorieuses. Chargée de l'exécution de la volonté du Roi , une colonne se porta sur le champ de bataille, non pour combattre des ennemis, mais pour secourir des Français, car le malheur désarmait la vengeance , et la haine des opinions voyait expirer son pouvoir, là où commençaient les souffrances des coupables, ,

Ces fidèles envoyés du monarque, le servirent selon son cœur; ils parcoururent, avec un zèle infatigable , ce théâtre de destruction; ils étaient guidés, dans leurs touchantes recherches, par les gémissemens des blessés, restés depuis plusieurs jours abandonnés et perdus dans la foule des morts.

Ces victimes élevaient leurs bras mutilés pour implorer, des vainqueurs, un secours qu'ils ne s'attendaient pas à recevoir de leur Roi offensé»

A l'aspect de leurs généreux compatriotes, leurs coiçs affaiblis firent un dernier effort pour soulever la masse de cadavres sous lesquels ils étaient engloutis vivans, certains alors qu'ils allaient en core leur devoir du soulagement , peut- -être même leur salut. . Leur confiance ne fut pas trompée \ les soins les plus actifs leur furent prodigués., et le dernier soupir de ceux dont la vie ne put être conservée,s , exhalaitenbénissantlabonté magnanime de ce Roi qu'ils avaient méconnu*

m P art Le 2 3 juin , à onze heures du matin ,

du Roi, de la

Belgique, et pendant qu'on célébrait à Gand, dans

la cathédrale , un Te Deum en actions de grâces du triomphe des alliés , Louis XVIII quitta cette ville, entouré des Princes et des phalanges royales, qui ouvraient et fermaient son cortège. Les regrets des Belges, le suivirent.

Parvenu sur les limites de ses États , il fut accueilli par le concertque formaient à la fois les voix plaintives du soldat repentant, et les transports joyeux de son peuple fidèle.

Le Roi coucha à Grammont, et Te lendemain à Mons.

Le 2D, il était à Bavey; les bons et fi- dc s# M# en dèles habitans du nord s'étaient précipi- FrftDCe tés sur sa route, » et pàr de vives acclamations exprimaient leur amour.

Une nouvelle preuve de ce- sentiment l'attendait à Cambrai. L'énergie de la

Arrivée

population prévint le siège qui allait en être fait par les Anglais; hommes, femmes , enfans , pénétrèrent dans la citadelle , et en arrachèrent les clefs au commandant, qui s'y était enfermé, et opposait de la résistance.

Les portes delà ville furent ouvertes, et le Roi y fit son entree le 26, à deux heure, du soi,

Les habitations ne présentaient, aux regards, qu'une longue draperie, dont les touffes, d'une fraîche verdure , relevaient encore l'éclatante blancheur. De jeunes personnes groupées auprès d'un arc de triomphe , élevé comme par enchantement sur le passâge du Roi , lui offrirent des corbeilles de fleurs; Sa Majesté ac- - cueillit, avec bienveillance , ce simple tribut de l'innocence et de la beauté.

C'est à Cambrai que le Roi fit cette belle et rassurante proclamation, par laquelle Sa Majesté manifesta son intention d'appeler autour du trône, «les « Français dont la fidélité , le courage « et le dévouement avaient porté à son «* cœur de si douces consolations. »

Sa Majesté arriva le 29 àftoye, où elle séjourna deux jours; elle passa la journée du i er juillet à Senlis, traversa Louvres, et vint coucher le 2 au château d'Arnouville. C'est dans ce lieu que le Roi reçut le premier hommage de la garde nationale parisienne.

A l'approche du monarque de sa capitale, quelques factieux osèrent encore faire entendre de sinistres niugîssemens , derniers efforts de leur rage impuissante : cette sombre rumeur était ,

pour les amis du Roi, le sourire de l'espérance.

Plus de vingt mille habitans franchirent les obstacles, bravèrent les* défenses, ets'élançanthors des barrières, allèrent bivouaquer dans les champs , pour jouir quelques instans plutôt de la présence de L8uis-le-Désiré : naturelle et touchante désobéissance; quand des enfans accourent au-devant de leur père , comment arrêter leur élan, interprète du cœur?

Le lendemain (7 juillet), Louis XVIII salua , à Saint-Denis , les tombeaux de ses aïeux. Là , sur les cendres sacrées de Louis XII, d'Henri IV et du Roi martyr , il Renouvela le serment de se vouer tout entier au bonheur de la France.

O Rois de l'antique race des Bourbons ,

vos noms suffisent à votre éloge! L'éclat de votre mémoire rejaillit sur l'héritier de vos vertus, ainsi qu'après son coucher l'astre qui vivifie le monde, l'éclairé encore du reflet de ses rayons.

Il luit enfin ce 8 juillet qui réalisa tous Entrée

1 r i -n .du Roi dans

les vœux de la rrance : un sentiment sacap itaie. unanime, quoiqu'individuel , avait porté tout le monde à se décorer du ruban blanc ; il prouva au Roi la mauvaise foi de ceux qui , pour servir leurs passions , le pressaient de répudier cette couleur, présage et parure d'un si beau jour.

Louis n'était pas encore dans sa capitale, et déjà il se trouvait au. milieu de son immense population; l'amour en avait porté les flots jusqu'à lui, et leurs ondulations se réglant sur sa marche , le reçurent encore dans les murs de Paris.

. Son cortège était ouvert par des danses ; aucun ordre , aucune symétrie n'y étaient observés; le délire de la joie, les transports de l'alégresse faisaient de cette fête de famille , les vraies saturnales du cœur, et la félicité s'exprimait à la fois par des chants joyeux et de douces larmes.

Ce n'étaient plus les dreits de la naissance, les prétentions de l'ambition , les désirs de la cupidité que Ton cherchait à faire valoir , mais le titre d'une fidélité éprouvée , qui réclamait la prérogative.

La pompe ^t l'éclat de la victoire, qui souvent blessent les yeux en les éblouissant, ne se faisaient pas remarquer dans l'appareil qui envifonnaitLouis.

C'était le génie du bonheur des peuples, éclipsant celui de la victoire ; les armes

d'un million de triomphateurs s'inclinant avec respect devant le char du pacificateur ; car cette fois encore, le retour de Louis-le-Regretté , assurait le repos de l'Europe, et le drapeau sans tacbe, nouveau signe d'alliance, en flottant sur l'antique palais de nos Rois, attestait, aux nalions rassurées, que la tempête politique avait cessé ses ravages.

L'exemple d'un quart de siècle , et nos conclusion, derniers malheurs y ont enfin confirmé, à l'Europe, cette vérité morale, qu'au maintien du trône de Saint-Louis est attachée la stabilité de tous les gouvernemens; elle a pu aussi se convaincre des sentimens de la masse de la nation française pour son Roi. La consternation qui suivit son départ lalégresse qui salua son retour, prouvent assez que cette

nation surprise sans défense, parce qu'elle était sans défiance, comprimée un instant , par la force des armes , t ne fût pas restée asservie.

L'existence des phalanges royales, sur chacun des points principaux du royaume, les progrès qu'elles avaient faits, le temps , leurs effors , et l'amour des Français pour Jeur légitime Souverain , eussent infailliblement; et avec plus de gloire , amené l'heureuse révolution que les fautes du chef coupable de l'armée, et les forces réunies des puissances européennes rendirent l'ouvrage de quelques jours.

Avant même la journée de Waterloo , ces phalanges fidèles avaient détaché plusieurs anneaux de la chaîne que la trahison forgea pour le malheur de la

France. Traînée par les factieux , le bruit quelle produisait, quelqu'effrayant qu'il pût être , avertissait les amis du trône qu'elle ne pouvait plus être rétablie.

L'homme qui prétendait au pouvoir universel, renversé plus promptement qu'il ne s'était élevé, fuyait devant le trépas. Placé ^ entre l'ignominie et la mort , il aima mieux vivre et contempler les malheurs de la France, dont il venait de dévorer les légions belliqueuses.

Livré sans appui à ses complices , devenus ses maîtres, et forcé de déposer, entre les mains des premiers fauteurs des excès démagogiques de la révolution , le sceptre spoliateur qu'ils lui aidèrent à ressaisir, cette faction criminelle s'apprêta, comme Saturne, à dévorer son enfant.

L'arrivée des peuples du Caucase , du Don et du Ta nais dans nos belles contrées , dissipa le prestige qui avait enveloppé Buonaparte dans un nuage brillant. Habile à se parer des glorieux trophées de l'armée française , il avait usurpé l'admiration ; mais dégagé de cet éclat d'emprunt, et réduit à sa propre valeur, il réalisa cette pensée d'un de nos célèbres poètes :

« Le masque tombe , Phomme reste , « Et le héros s'évanouit. »

L'anéantissement des générations devait suivre sa criminelle entreprise; la mort planait sur la France; déjà sa faux redoutable s étendait sur elle comme sur une vaste sépulture : quelle puissance la sauva?. . La Providence, dont les immuables décrets, firent de notre mo-

narque légitime le palladium qui nous préserva de la destruction, . . . Sans le Roi , le voyageur consterné s'écrierait à l'aspect de nos ruines : * Ici fut Lutèce ! *>

O prodige ! du sein de cet effrayant chaos , la voix de Louis se fit entendre , comme celle de l'Éternel, du milieu des élémens confondus : « Cette fois encore « Louis parla, et la paix se fit. »

Français, que le terrible exemple du passé soit une leçon salutaire pour IV venir ! . .

Le bonheur de nos pères, et nos infortunes récentes^ nous ont appris à ne plus séparer le monarque de la patrie; la gloire et la prospérité de l'un, font la gloire et la prospérité de l'autre.

Le sang de S.-Louis et d'Henri IV honore le diadème; l'édifice de la féli-

(t 3oo )

cité publique se trouve rétabli jusque dans ses fondemens.

Le voile sous lequel se cachaient les

perturbateurs est déchiré, et leurs manœuvres découvertes ne sont plus dangereuses.

Le pouvoir légitime êst raffermi par la secousse qui tendait à le renverser.

La saine portion de la nation , remporte sur les factiejix. Comme deux athlètes, ils ont mesuré leurs forces; ils en connaissent l'étendue; et la démence seule pourrait tenter d'engager une nouvelle lutte, dont maintenant le succès ne serait plus douteux.

La victoire de la fidélité sur la trahison , de Tordre sur l'anarchie , de la paix sur la guerre , a été remportée par Louis.

L'armée, éclairée enfin, offre, sous

les drapeaux de la royauté, comme au temps des Bayard , des Condé et des Turenne, l'union de la bravoure et de l'honneur.

Avec les lois de nos aïeux, nous retrouvons leurs vertus , et comme le dit Montesquieu , « pour nous rendre méil- « leurs, on n'a eu qu'à nous rappeler à « nos anciennes institutions, »

Déjà , comme un torrent que des moyens violens ont détourné de son lit , mais qui, rompant toutes ses digues, reprend enfin son cours naturel , notre patrie a reconquis ce sentiment national qu'elle ne peut plus perdre, et qui, pendant quatorze siècles, fit, sous ses Rois , sa force et sa prospérité.

Ha! quand le Ciel, après nous avoir livrés si long-temps au châtiment de nos

erreurs , nous rend , avec Louis , tous les biens que nous avions perdus, montronsnous dignes d'un tel bienfait; comme lui, oublions et pardonnons ; qu'à l'amnistie des torts politiques , se joigne l'amnis-

tie sincère des opinions; qu'elle devienne le signal d'une union générale !

Chez le Français , l'amour de sqs Rois est le feu sacré ; lorsque la trahison s'efforçait de 1 éteindre , les phalanges royales l'entretinrent , et les étincelles , parties de ces foyers, ont porté, dans tout le royaume, leur chaleur génératrice. ' Récapitula- Honneur aux Français qui secondéri 8 "" rent, dans les provinces méridionales, les efforts héroïques d'un Fils de France!

Honneur aux braves qui se réunirent sous le nom et la bannière du bon et

grand Henri , pour défendre et rétablir le trône de ses descendâns ! .

Honneur à ces Français , dont la valeur suppléa au nombre % dans les provinces de Test!

Honneur aux intrépides apôtres de la foi et^de la royauté , dpnf les sentinelles vigilantes empêchèrent, dans l'ouest, la surprise de la fidélité!

Honneur à ces francs et loyaux enfans de TArmorique , qui, dans la patrie de Duguesclin, adoptèrent et soutinrent sa devise : « Plutôt mourir que de s'avi- « lir! »

Honneur aux guerriers qui , les premiers , plantèrent l'étendard des lis dans les riches contrées où naquirent les Tancrède !

Honneur à ce# chevaliers français,

ralliés autour du Roi, et compagnons de son infortune !

Honneur , amour et reconnaissance à toutes ces phalanges fidèles, dont la courageuse résistance protesta contre l'usurpation, et conserva un refuge à la gloire nationale, sous le Panache dRen~ ri IV.

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