‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 9 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

Gouvion - Saint - Cyr , l'usurpateur eût trouvé , à son approche de la capitale , témoin de son insatiable ambition , une résistance qui eût entraîné sa chute.

Mais la Providence , dont les décrets sont impénétrables ; lui permit un moment de triomphe, afin de rendre son châtiment plus éclatant, et ne sembla le conduire jusqu'aux champs de Waterloo, que pour qu'il y vît s'évanouir ce prestige de gloire , qui , après avoir ébloui si long-temps l'armée, venait de Tégarer encore !..

Trahison La sécurité du Roi était fondée sur généraux , l'amour de son peuple , et l'estime qu'ins-

défection des » • m t r t • • t •

troupes de P iraie nt les chets choisis pour diriger ,igne - Farinée.

En effet, quelques-uns ont pleinement justifié cette noble confiance du Souve-

rain. Pourquoi faut-il que la trahison des autres ait mis la patrie sur le bord de l'abîme, et fait tourner contre elle, jusque sous les yeux du Roi , les mesurés protectrices de son repos èt de sa gloire!,.. •

Les villes furent livrées par l'égaré-' Reddition ment des troupes; celles-ci ouvrirent à i^^gV^e Buonaparte les portes de Grenoble. l'usurpateur. ; Lyon, par une imprévoyance inouïe, fut laissé dépourvu de toute espèce de munitions; et l'enthousiasme qu'excita la présence de son altesse royale Monsieur, resta impuissant dans cette cité célèbre par ses malheurs et sa fidélité.

La ville de Sens se- déclara hors d'état de résister; les troupes, échelonnées à dessein, devenaient partout les auxiliaires de Buonaparte.

L'ardeur des volontaires royaux était enchaînée par la perfidie de quelquesuns des officiers qui les commandaient , et les premiers bataillons réunis à Vincennes, se trouvèrent paralysés par de coupables intelligences , que dévoila la dernière manœuvre qu'on leur fit exécuter. .

Pendant le maniement des armes auquej on les exerçait chaque jour, et au moment où ils allaient marcher pour lç service du Roi , on leur ordonne une halte ; leurs armes sont déposées et rassemblées en faisceaux. Un second ordre leur prescrit une marche au pas , qui les en éloigne. Tout à - coup des soldats de l'île d'Elbe, postés à peu de distance, accourent , se mettent en sentinelle autour des faisceaux d'armes, et s'oppo-

sent au mouvement spontané que firent les volontaires royaux pour s'en ressaisir.

L'arrivée du général Excelmans fut le signal de la retraite pour ces fidèles volontaires, qui, désarmés, ne purent opposer qu'une indignation impuissante à cette audacieuse perfidie.

L'esprit de révolte et de défection se Progrès

. r . , • i de la

manifestait chaque jour plus ouverte- ^beiiion. ment. Dans la matinée du 19 mars, le Roi eut l'affligeante conviction qu'il n'y avait plus en avant de Paris , un seul régiment de troupes de ligne, sur lequel on pût compter , et le 20 , un crêpe couvrit la capitale. . . , Le départ du Roi Départ avait eu lieu dans la nuit.

Cette résolution fut inspirée à Sa Majesté par le désir de prévenir l'effusion

do Roi.

du sang qu'eût infailliblement amenée une lutte entre la population fidèle et les troupes révoltées. " . ,

Le Roi qui avait nommé Monseigneur le duc d'Angoulême son lieutenant général dans le midi, et qui était tranquille sur les départemens de l'ouest , confiés à l'honneur des braves Vendéens, se dirigea vers les frontières du nord , dont les places fortes pouvaient servir de point de ralliement.

Arrivé Sa Majesté arriva, dans la journée , à k AbLvuîc A1)beville > Elle traversait son royaume, presque sous la seule garde du malheur et de l'amour de son peuple. L'airain n'anonçait pas son passage, mais partout le cri du sentiment signalait son entrée.

Des hérauts d'armes ne criaient point :

« C'est le Roi ! » mais un long écho de

bénédictions le précédaient dans chaque lieu.

Leurs altesses royales Monsieur, et Monseigneur le duc de Berry, suivirent Sa Majesté quelques heures après, à la tête de sa maison militaire (commandée par le duc de Raguse) , et des volontaires royaux, qui, dès ce moment, formèrent la première phalange de l'armée royale du nord.

Après quelques heures de repos à Ahbeville , Sa Majesté partit pour Lille, précédée du duc de Tarente , qui donna dés preuves du plus sincère dévouement au trône et à la patrie.

Le 22 mars, le Roi entra à Lille, oii Eofr^

du Roi

se trouvaient déjà Monseigneur le duc à lui* d'Orléans et le maréchal Mortier , duc de Trévise.

Ordoonan- Dès les premiers instans de son arri-

ces de S. M»

vée dans cette ville, Sa Majesté rendit

fe.

publiées , dans toute la France , par ses commissaires extraordinaires. Ces ordonnances enjoignaient , particulièrement , aux fonctionnaires civils et militaires, de ne point obtempérer aux lois de Tusurpateur; ordonnaient à tous les Français de s y soustraire , même à main armée , et prononçaient le licenciement des corps entraînés par leurs chefs dans la rébellion.

Pendant le séjour du Roi, à Lille, les transports que firent éclater les habitans , confirmèrent Sa Majesté dans Vidée qu'elle s'était toujours formée de leur entier dévouement. En effet, sans la garnison, les gardes nationales, aidées du

secours des fidèles Lillois, auraient conservé au Roi ce dernier asile sur le territoire français. . . . Mais ils s'efforcèrent en vain de faire partager aux troupes de ligne, stationnées dads leurs murs,

purent les émouvoir , elles restèrent glacées. Déjà leur endurcissement faisait naître la défiance et les alarmes, quand le duc de Trévise déclara qu'il ne pouvait plus répondre du soldat.

Un fidèle serviteur du Roi , que son dévouement et ses lumières rendent également cher au monarque (le baron de Ballainvilliers ) , osa donner le conseil énergique de faire sortir la garnison sous

un prétexté spécieux; de s'assurer du commandant du fort; de le remplacer par un homme sûr et éprouvé; de se

rendre ainsi maître de la place, et de réunir aux braves qui avaient suivi le Roi , les gardes nationnales et les habitans de Lille , qui offraient autant de défenseurs qu'il y avait d'hommes en état de porteries armes, pour conserver par ce moyen les limites du territoire, et en interdire l'approche aux factieux.

Mais le maréchal Mortier , certain que les troupes refuseraient d'obéir , craignit de provoquer, par cette mesure , les excès qui pouvaient être la suite de leur désobéissance.

Promuiga- Ce fut dans ces circonstances péril-

aéciw du l euses > <I ue l a décision du congrès (du congrès, du ^ mars \ qui mettait Buonaparte hors

i3 mars. ' x L

la loi des nations 9 parvint à Lille.

Le Roi en ordonna la publication , dans Jespoir d'éclairer les troupes sur les con-

séquences de leur funeste aveuglement ; mais le voile épais qui couvrait leurs yeux, ne devait se déchirer qu'aux éclats de la foudre !. .

• Lille rtsta pendant quelques jours encore le siège du gôuvernement royal.

Cependant les ordrês de Buonaparte furent transmis le 25, au préfet, par le duc de Bassano ( Maret ) ministre secrétaire d'Etat de l'usurpateur.

Des émissaires ardens à propager Tes- Insubordination

prit de révolte, voulurent, à la nouvelle de des troujief

de ligne

Tapproche deMonseigneurleducde Berry à la tête d'une colonne de troupes de ligne , exciter le^ soldats à se soulever.

Mais le duc de Trévise , instruit de leurs dispositions hostiles , en prévint le ministre de la maison du Roi, et, engagea

fortement Sa Majesté à ne pas différer son départ.

Départ Le Roi , cédant cette fois encore au

du Roi polît

oitende. désir d'épargner de nouveaux torts à ces militaires égarés , donna Tordre à la colonne , commandée par les Princes , de se rendre à Dunkferque. Sa Majesté quitta Lille , et la France fut orpheline ! . . .

Si la vertu , aux prises avec le malheur, ëst, selon l'expression d'un de nos orateurs sacrés , le plus beau spectacle qui puisse être offert à la Divinité, jamais Louis ne fut plus digne de ses regards, que dans ce moment , où atteint par tant de calamités , calme comme le sage , tranquille comme le juste», s'oubliant luimême pour ne souger qu'à son peuple , il courait se placer entre les erreurs de ses sujets coupables , et la vengeance

(*9) ' des nations, pour en désarmer la rigueur : telle est toujours l'inépuisable sollicitude d'un père, même pour ses enfans ingrats! . .

Jja garde nationale , des détachemens de cuirassiers et de chasseurs , servirent d'escorte à Sa Majesté jusqu'aux frontières. « Que ceux qui sont fidèles à leur Roi, « { s écria un capitaine de chasseurs ), sortent desrangs et me suivent. » Un grand nombre d'entre eux , ainsi que plusieurs officiers l'imitèrent , ils s'attachèrent au sort du monarque, le suivirent en Belgique , et firent partie de l'armée royale du nord.

Le Roi prit là route d'Ostende, résolu de se'rendre à Dunkerque, aussitôt que cette ville serait occupée par sa maison militaire. Mais, soit par l'effet d'un ha-

sai d malheureux , ou par celui d'une intention periide, Tordre de Sa Majesté, expédié de Lille , ne parvint pas à sa destination.

Arrivée Monseigneur le duc de Berry marchait tic Mgr. ie j eg traces <j u ]\ 0 ; e i donnait à sa

duc de Berry 7

à Béihune. troupe fidèle l'exemple de la fermeté qui lè caractérise. La colonne que son altesse royale conduisait, était, sur sa route, recrutée par l'honneur j les habitans des provinces y bravant tous les obstacles, demandaient à partager ses dangers.

Rencontre A quelques lieues deBéthune,lePrince JiZie se. trouvant à portée de trois cents soldats rebelle, rebelles , marche droit à eux , et les somme de se déclarer franchement français ou ennemis. Un silence farouche fut leur réponse; les officiers qui entourent le Prince , s'apprêtent à les charger. « Ar-

Vains efforls du

. ( 2 7 r ) « rétez ( leur crie son altesse royale ) , « comment frapper des gens qui ne se « défendent point ? »

Après çe mouvement généreux, le Prince s'avance vers eux, et cherche à# incc P our

là ramener.

les ramener sous la banière royale : efforts inutiles! . . « Vous voyez ( leur dit - il) , « que nous pourrions vous exterminer « tous, vivez, malheureux, et disparais- « sez. » Leur aveuglement était tel, qu'ils se mirent à crier : « Vive ï empereur et a le duc de Berry. » Combien cette démence ferait pitié, si ses conséquences funestes n'excitaient l'indignation !

Dans l'absence des ordres du Roi , et louc i iantes au moment de quitter la France , Mon- * e ** g '* lc

* ^ duc de Berry

seigneur le duc de Berry adressa aux of- cn passant

la frontière.

liciers et aux volontaires ces paroles remarquables, où se peignent si bien la

générosité et la bonté des Princes de la maison de Bourbon.

« Braves amis , qu'aucun de vous ne « se croie forcé , par le devoir , à s'atta- « cher à notre sort ; que le dévouement « n'amène pas le regret / vous êtes libres :

« que ceux qui le désirent rentrent dans « leurs foyers, ils le peuvent, il en est

« temps encore ! . . Mais que ceux d'en- « tre vous qui voudront nous suivre, re- « çoivent l'assurance que leurs Princes « partageront en frères, avec eux, jus- « qu'à leur dernière ressource ! » . . .

A ces mots, tous se pressèrent autour de Monseigneur le duc de Berry; sa touchante magnanimité les aurait décidés à le suivre, si l'honneur leur eût permis d'hésiter.

La colonne royale se porta directement vers la frontière , et* s'efforça de joindre le maréchal Marmont, qui la commandait sous les occire s du Prince; mais ne pouvant défiler- assez promptement, et engagée dans un chemin marécageux, rendu impraticable par des pluies abondantes , une partie de cette colonne resta forcément en arrière.

Ceux qui ne purent atteindre la fron- Extè «

„ commis sur

tiére , subirent les traitemens les plus les officiers odieux. Surpris par une soldatesque e£frénée,les uns furent dépouillés et en- du Roi fermés à Béthune; les autres, plus malheureux encore , furent immolés, ou n'échappèrent à la mort qu'au travers des plus grands dangers.

Pendant que ces scènes déchirantes AnWe se passaient, un atbcier d etat major du d» Utt officier

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