‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 17 sur 28 · SUR LES FÉDÉRATIONS · texte numérisé non relu

SUR LES FÉDÉRATIONS

EN l8l5.

Du reste des humains ils semblent divisés , N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes .

Racine.

Les fédérés! ces ennemis que les défenseurs du trône trouvèrent partout sur leurs pas, et qui furent les plus puissans auxiliaires de Buonaparte > eurent trop de part aux suites de l'invasion qui compromit le sort de la France en 181 5 , pour ne pas rappeler l'origine et le but de ces associations, dans un récit qui a pour objet de faire connaître les obstacles qu'eurent a vaincre les phalanges Royales , les périls dont les factieux les entourèrent , et les entraves qu'ils apportèrent a leur formation.

La Bretagne devint, en 1790 , le berceau des fé-

dérations , et bientôt leurs principes , destructeurs de Tordre et de la monarchie , se propagèrent dans tout le royaume.

D'abord connues soirs le nom de Réunions patriotiques, elles prirent plus de consistance, en 1795 , sous celui de Club des Jacobins, et se reproduisirent, eu i8i5 , sous la dénomination de Fédérations.

C'est une bidre dont la tête , plusieurs fois abattue, s'est toujours relevée avec plus d'audace, et n'a fait que changer de nom sans presque changer de forme.

Déjà ce délire funeste avait couvert la France d'echafauds, et préparé, l'usurpation en réduisant notre patrie à recevoir, comme un libérateur, celui qui remplaçait, par un gouvernement moins cruel, le règne sanglant de la terreur.

Cette faction , s'attachant a persuader à l'Europe que ses crimes étaient l'œuvre de la majorité, cherchait ainsi a effrayer les Souverains , eu donnant le nom de guerre nationalç aux séditions partielles qu'elle excitait.

Fidèle au système de diffamation qu'elle employa avec tant de succès dès les premiers instans de la révolution , elle se servit des mêmes armes pour obtenir les mêmes résultats lors de l'heureuse restauration en i8i4.

Vainement alors elle aVait cherché des sujets dé blâme dans les actes de l'autorité royale; ne pouvant attaquer les actions du Souverain , elle calomnia ses intentions , et fit naître des craintes , pour susciter des ennemis au gouvernement légitime»

Elle ramena Buonaparte, es 18 15, dans l'héritage de saint Louis, ralluma le flambeau dune guerre étrangère , et, constante dans ses principes, dévoila ses projets criminels, toutes les fois qu'elle crut son triomphe assuré.

La seconde usurpation ayant été consommée* elle s'opposa aux efforts des amis du Roi, sous le pré* texte d'arrêter les désordres publics, et, comme 1793 , elle étendit ses relations pont augmenter sa force.

Un pacte d'union fut formé entre plusieurs départemens. Les villes , les villages mêmes y adhérèrent; C'est particulièrement dans les lieux où les Royalistes faisaient le plus d'efforts, que l'on redoubla de moyens pour les paralyser.

C'est par ce motif que la Bretagne, où exista toujours un des foyers du royalisme , devint le centre des fédérations ; ses villes principales nommèrent des commissaires , et l'on n'épargna aucun moyen d'obtenir des adhésions au nouveau pacte fédératif, conclu

h Rennes, le 26! avril i8i5,enle4 recueillant presque toujours a la lin de longues orgies, d'où les nombreux convives ne sortaient qu'agités d'une double ivresse.

Les principales conditions étaient , « de s'armer a «ses frais et de marcher en personne , sons peine « d'être déclaré lâche , et de voir cette décision pu- « bliée. » Etrange démence d'hommes qui s'érigeaient en juges de l'honneur, alors qu'ils en enfreignaient toutes les lois !

Les fédérés de Maine-et-Loire firent un appel aux départcmenscircon voisins. «Des rives de la Mayenne « aux rives de la Loire et de la Vilaine , un seul cri « doit se faire entendre, celui de la liberté. »

A Nantes, aux fêtes de la fédération , on s'écriait avec délire: « 1793 est ici dans toute son énergie, » Effrayante révélation de l'esprit et du but constant de ces associations !

A Lorient, on se fédérait pour s'opposer aux efforts des ex-nobles.

Dans les murs de Rennes se formèrent des compagnies de grenadiers et de canonniers fédérés, destinées à combattre les armées royales de la Bretagne et de la Vendée.

Des députés apportaient l'adhésion des fédérés de la Normandie , et , dès le 7 mai , ceux de la Bourgogne

étaient en activité et s'exprimaient ainsi : « Que la « France reconnaisse a notre élan ces mêmes Bour- « guignons qui , dans les plaines de la Champagne, « ont scelle' de leur sang la cause de la liberté. »

Quelle liberté ! celle de commettre tous les crimes avec impunité \ c'est a la trace du sang des victimes que Ton reconnut ses apôtres !

Le même jour les fédérés de Lyon s'enorgueillissaient aussi , « que le souffle de la liberté eût échauffé « leurs âmes. »

Le 25 mai , les fédérés du Dauphiné exprimaient « leurs regrets d'avoir été prévenus par les Bretons et « les Bourguignons. Ils expièrent ce tort, en formant quarante bataillons de Gardes Nationales d'élite.

Enfin, la confédération parisienne jurait, «devant a Dieu et a la face de la terre , de soutenir la dynastie « de Buonaparte.

« Napoléon ! puisque tu ne veux régoer que pour sou- <( tenir les droits du peuple français (disait-elle dans son « adresse), il jure de vaincre ou mourir avec toi. »

Les droits du peuple! eh ! ne les foula-t-il pas tous ? Les insensés avaient-ils déjà oublié la conscription et &es suites cruelles?....

L.e i4mai, des commissaires fédérés des faubourgs de la capitale , portant au bras l'écharpe tricolore ,

fprmèrent des détachemens que Buonaparte passa en revue , et auxquels il adressa ces mots : « Je suis bien « aise de vous voir; j'ai confiance en vous. Vive la, nation ! » paroles remarquables qui donnent une idée du sort réservé a la France, si elle eût été livrée a ceux qui la menaçaient de nouveau de toutes les horreurs révolutionnaires !

Le but de ces réunions fut donc toujours le même; les excès de la multitude égarée servaient a l'élévation de quelques hommes qui, impatiens dans leur obscurité, cherchaient a en sortir a tout prix, et n'étaient réellement qu'ambitieux , en affectant de se montrer libéraux.

Saper les trônes, renverser l'autel, éveiller la cupidité contre les propriétaires amis naturels de l'ordre et de la paix 5 c'était , selon leurs statuts , soutenir V esprit public à la hauteur des circonstances.

Enfin , souvent comprimée, jamais détruite , cette faction enchaîne encore ses adeptes par le serment 5 la rigueur et la clémence du monarque lui servent également de moyens pour les augmenter par la crainte du châtiment , ou l'espoir de l'impunité j ses efforts constans tendent a entretenir ces foyers où couve toujours le feu de la sédition , et d'où jaillirent les premières étincelles qui incendièrent l'antique édifice du bonheur national.

NOTES

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

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