PROCLAMATION
Nous, Ducd'Aumont, commissaire extraordinaire de Sa Majesté le Roi de France et de Navarre , Pair de France , lieutenant-général commandant les départemens de la Manche, du Calvados et de l'Orne;
Ayant appris qu'un assez grand nombre de bons et loyaux Français sont persécutés, soit par rapport a leur fidélité a notré légitime Souverain , soit parce
qu'on exige d'eux qu'ils se réunissent aux rebelles ; ayant également connaissance de l'intention où sont plusieurs braves de se réunir sous nos drapeaux , pour faire partie de l'expédition prochaine que le Roi a confiée a notre zèle et a nos soins, et participer aux grâces que nous sommes autorisé a accorder en son nom ;
Vu les instructions , les ordres et les pleius-pouvoirs dont il a plu a S. M. de nous honorer;
Nous déclarons à tous les bons et loyaux Français qui auraient le désir de venir nous rejoindre a 111e de Jersey , lieu de notre résidence actuelle ; que nous les y accueillerons avec tout l'empressement et la cordialité auxquels ils ont le droit de s'attendre ; qu'ils y seront de suite armés, habillés, soldés et nourris, comme le sont les bons et braves Français qui sont déjà réunis auprès de nous; qu'ils peuvent donc y venir avec confiance, et que nous seconderons de tous nos moyens leurs intentions , lorsqu'elles nous auront été signalées par les commissaires que nous avons instituésa cet effet dans les trois départemens composant la i4 e division militaire, qui se trouve sous nos ordres»
Fait au quartier- général , a Jersey, le 26 juin i8i5.
Signé le Duc d'Aumont.
Ordre DV JOUR, du 6 juillet , concernant les mesures relatives à l'expédition du duc oVAumont, en Normandie.
Nous , duc d'Aumont , commissaire extraordinaire de Sa Majesté' le Roi de France et de Nâvare, pair de France , et général commandant les départemens de la Manche , du Calvados et de l'Orne ;
Ordonnons au géne'ral vicomte de Saint-Simon , commandant la légion Royale de la i4° division militaire , de faire ses dispositions pour le débarquement , qui aura lieu immédiatement sur le point des côtes de France qui lui a été indiqué.
Il formera une avant-garde, qui sera composée de MM. de Selles, Desvarennes, commandans; et de MM.deGrimouville, Chrétien, Patrys, Larroque, Laroolère aîné , Morainville,PEcuyer, Poupel, Desbruîay, d'Y volais, Boisdennemets, Villeneuve, Rousseau, Enoult , Choulot , Malherbe , Saffrais , d'Augicourt , de Ranville et Dupin , Volontaires Royaux : cette avant-garde sera commandée en chef par M. le général de Saint-Simon , et sous ses ordres par M. le colonel comte d'Hautefeuille.
Cette avant-garde sera embarquée ce jour , a une
heure, sur deux chaloupes de la Bermuda, qui seront appuyées par six bateaux armés et garnis des troupe* de Sa Majesté Britannique*
Elle sera suivie par la i" el la 2 e compagnie , qui* seront successivement mises a bord par subdivision r sur quatre embarcations qui seront fournies par M. le commandant des bâtimens de Sa Majesté Britannique, sous l'autorisation et l'indication de M. le major Pym , commissaire du gouvernement anglais. Cette forcé sera commandée par M. le comte de Grimaldi.
Le géne'ral en chef suivra immédiatement avec ses aide-de-carops et ses guides.
Des ordres ulte'rieurs indiqueront la marche dé cci divers corps.
Le plus grand orôjre et un silence absolu doivent présider au débarquement. C'est dans cette circonstance importante que le général duc d'Àumont se plaît a compter sur !e bon esprit , la discipline et la subordination de MM. les Volontaires. 11 espère avoir k rendre a cet égard le compte le plus favorable a Sa Majesté' le Roi son Maître : il saisira avec empressement cette occasion de rendre a ses compagnons d'armes tonte la justice qui leur sera due.
Le ge'nêral met également un très-grand prix a cë que M. le major Pym , commissaire de Sa Majesté
Britannique, puisse s'exprimer auprès de soi» gouvernement, en termes honorables, sur le bon esprit qui anime les Royalistes dont se compose l'expédition a laquelle il a bien voulu se réunir de sa personne, pour partager ses dangers et faciliter ses succès , par «es sages conseils et son active coopération*
PROCLAMA tion à la vue du sol français.
Mes camarades ! nous allons payer une dette sacrée a notre Roi et a notre patrie : aujourd'hui nous toucherons cette terre si chère a nos cœurs. Qui de nous «'a point été déjà vivement ému en revoyant le rivage de cette France où respirent toutes les personnes que nous chérissons et ou nous sommes attendus avec tanî de sollicitude i
En leur faisant connaître la Proclamation qui accompagnera votre débarquement, j'indique assez a MM. les Volontaires Royaux quel esprit doit les diriger : c'est au nom du Roi , c'est par l'ordre exprès 4e ce Monarque si justement honoré et chéri, que je leur recommande de déployer , en rentrant dans notre patrie , toute la noblesse et la générosité qui distinguèrent toujours les officiers français.
Buonaparte et ses adhérens, voila nos seuls en-
nemis, parce qu'ils sont ceux de la France entière : eux seuls doivent éprouver l'effet de la valeur des preux et loyaux Français que j'ai l'honneur de commander. Leur aménité , leur loyauté et leur discipline doivent rappeler ces temps où les chevaliers français étaient tout a la fois des ennemis redoutables pour les médians , et des protecteurs zélés pour les faibles. Tous nos actes prouveront que nous sommes dignes de marcher sous le drapeau qui nous a été donné par notre ange tutélaire, par l'héroïne Marie-Thérèse*
Signé le duc d'ÀUMONT.
Traduction du compte rendu au gouverne* ment Britannique, parle major Pym 9 sur l 'expédition du duc d y Aumont } en Normandie*
J'ai l'honneur de vous annoncer que le duc d'Aumont, ayant fait ses arrangemens avec l'amiral sir Thomas Freementle, quitta Jersey le 5 du courant f avecuu corps de i5o hommes, dont 121 officiers, et a été convoyé par deux briks de guerre et deux transports, dont un portait des armes et des munitions pour 5,000 hommes.
Le duc d'Aumont , après avoir fait bénir solennellement un drapeau que Son Altesse floyale Madame > la Duchesse d'Angoulème avait daigné donner a sa troupe , comme boussole sur le chemin de l'honneur, fit sa descente a Arromanches, le 7 juillet , au point du jour. Gêné par une batterie de deux pièces de canon de 24, qui tirait sur sa flottille, il marcha sur elle ^ la tête de 35 hommes, l'emporta , l'encloua, et continua sa marche, aveclereste de ses forces, surBayeux. 11 était a craindre que le bruit du canon n'eût donné réveil sur la côte au général Vedel , qui était a Caen avec 1700 hommes. Arrivé a Bayeux, le duc d'Aumont prit possession de la ville , malgré les fédérés et quelques factieux ; il fut reçu aux acclamations et aux cris de vive le Roi ; le drapeau blanc fur ar-< boré. Le Duc prit des arrangemens pour garder la ville , lorsqu'un parlementaire du général Vedel vint proposer un armistice, que le Duc accepta. Quelque temps après sa conclusion , le général Vedel ayant eu connaissance du petit nombre d'hommes que commandait le duc d'Aumont , que l'on avait dit être de plus de 4,ooo Anglais, envoya un second officier qui lui dit, qu'en occupant Bayeux il interceptait les communications avec Cherbourg^ qu'il le priait donc de s'embarquer de suite, que, sans cela , il serait
obligé d'enlever la ville de force. Après quelques négociations et i^s plus odieux subterfuges, le générai Vedel viola son traité en plaçant des vedettes près de la ville , où il fit 7 prisonniers en présence de son propre parlementaire.
Le duc d'Aumont, pour éviter l'effusion du sang, assembla sa troupe et tous ceux qui l'avaient joint , et se porta , dans la nuit, vers le château de Livrî , où il prit position , afin de pouvoir gagner les bois de Cerisy,s'il était poursuivi dans sa marche. Les forces du duc d'Aumont, dans le moment qu'on fut instruit qu'il était au fort de Livri, s'augmentèrent de manière qu'il lui fut permis de prendre a son tour l'offensive contre le général Vedel , qui ne se trouvant plus dans la possibilité de conserver Caen, alla camper a quelques milles de cette ville , sur la route de Bayeux. La première convention fut encore proposée, l'armée du général Vedel se dispersa ; le duc d'Aumont fit sou entrée une seconde fois a Bayeux , et marcha sur Caen accompagné de toute la population du département. Les cris de vive leRoil se faisaient entendre, et les démonstrations de loyauté dont je fus témoin sont impossibles a décrire.
m Signé le Major Pym, Commissaire de Sa Majesté Britannique.