‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 20 sur 28 · LA CASERNE DE CAEN · texte numérisé non relu

LA CASERNE DE CAEN

Poûr cicatriser les plaies foi les par le vertige et les passions , il fallait une-maiu sûre et habile.

Lahirpe.

Lorsque le triomphe de la cause légitime eut renversé les projets des factieux, ils s'efforcereut encore de prolonger 1er» dissensions intestines, qu'ils voyaient cesser avec désespoir, en entretenant l'esprit de rébellion dans les régimens. La Normandie en fournitu exemple.

La ville de Caen retentissait, au mois de juillet 181 5, des chants d'allégresse de ses habitans; mais quelques cris de révolte se faisaient encore entendre dans les chambrées de la caserne. L'emploi de la force, en exaspérant les mutins, les eût exposés au châtiment; la faiblesse les aurait enhardis, on voulait les ramener en évitant de les punir ; il fallait donc les persuader. Pour atteindre ce but , le duc d'Aumont sut allier avec habileté la fermeté a la douceur.

et cet heureux assemblage opéra ce que la rigueur seule n'eût peut-être pas obtenu.

Le 6g* de ligue était eu garnison a Caen , lorsque le duc d'Aumont arriva dans cette ville 5 quelques officiers étrangers a ce régiment, dans lequel iis avaient élé incorporés pendant l'interrègne , cherchaient a en altérer l'esprit. Ils enfreignaient la consigne, se répandaient dans les promenades et lieux publics, se permettaient d'y insulter les Volontaires Royaux; et , enhardis par la modération recommandée a ces derniers par leurs chefs, ils les provoquaient journellement par des imprécations séditieuses. À la fin , ces agressions devenant trop directes pour être souffertes, les Royalistes les repoussèrent : un officier du régiment fut tué dans le premier duel qui eut lieu, et le même jour six rendez-vous furent donnés pour le soir.

Le bruit de ces querelles se répandit dans la ville ; le motif qui les causait exaspéra les habitans. Les sentimens qui les animaient leur faisaient regarder avec horreur les apôtres de la rébellion, et il était a craindre que , dans leur indignation , ils ne se portassent â la caserne , et n'en fissent ressentir les effets au régiment. Le major Castiilôn , qui le commandait, prit, en homme sage, des mesures pour empêcher cesaf-

faîres fâcheuses, et dérober les provocateurs a la viri*dicte publique; il se concerta avec le duc iPAnmonr, et sollicita la permission d'emmener ce régiment a. Falaise.

Non - seulement le duc d' Au mont le permit , mais il voulut eucore raccompagner hors de la ville pour le préserver de toute insulte : il monta a cheval, se rendit a la caserne, et, désirant conserver au Roi de braves militaires, dont la majorité n'était qu'entraînée, le duc leur parla avec énergie et bonté; il leur montra la plus touchante sollicitude pour leur sûreté , qu'il rendait certaine en se plaçant à leur tête pour traverser la ville, dont la population lui portait autant de respect que d'amour. Cette bienveillante condescendance du duc d'Aumont, et la persuasive éloquence qu'l employa ponr ramener au devoir ces hommes égarés , les touchèrent tellement , qu'ils s'épurèrent eux-mêmes, en demandant l'expulsion de ceux qui avaient cherché a mutiner le corps.

Leur conversion fut si franche , qu'un officier s'étant récrié contre la sévérité de cette mesure, ils le joignirent aux vingt-un désignés pour être elliminés. Ce régiment s'est depuis conduit avec autant

de fidélité que d'honneur, et donne chaque jour des preuves de ces sentimens.

Ainsi ce corps fut régénéré sans secousses. Heureuses les villes gouvernées par des hommes qui savent allier k la fermeté qui les fait respecter, les vertus qui rendent l'obéissance facile !

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NOTES

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

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