‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 24 sur 28 · TABLEAU DE PARIS · texte numérisé non relu

TABLEAU DE PARIS

PENDANT ^USURPATION DE l8l5.

Les choses descendues au dernier degré cessent d'exister , ou remontent à leur premier état.

Shakespeare.

.L'invasion de Buonaparte jeta l'alarme dans toute la France; mais qui pourrait peindre la consternation qui précéda son entrée dans la capitale?.... Excelmans venait de replacer l'étendard tricolore sur l'antique palais de nos Rois. A cette vue , les cœurs furent glacés : et comme ces signaux établis dans les grandes calamités publiques, il apprenait aux Parisiens désolés, que cette malheureuse cité venait d'être frappée d'anathême!....

Au mouvement, à l'agitation des intérêts divers, succéda une morne stupeur ! ... tout fut désert, théâtres et promenades; et Ton cherchait en vain ces superbes magasins offrant aux regards charmés les productions des arts, les inventions du luxe, les tributs de l'industrie : le négociant avait soustrait ses richesses, „ l'artisan le fiuit de son labeur.

Tout fuit Chacun s'enferme et semble, en se

cachant , vouloir se dérober le spectacle du malheur général.

Il entre , l'oppresseur de la France II se glisse à la laveur des ténèbres.... Partout règne un profond silence.... A la vue de ce palais naguère le séjour de toutes les vertus , son audace l'abandonne ! II pâlit , il chancelle , et ses complices qui l'entourent , honteux de tant de faiblesse, cherchent a la cacher sous les démonstrations d'un feint enthousiasme, et l'emportent sur leurs bras dans cette enceinte qu'il va profaner!.... Le jour vient éclairer tant de maux ! D'effrayantes clameurs se font entendre; des hommes couverts de lambeaux , rappelant les acteurs des journées exécrables de septembre, promènent dans les rues le buste du despote; leurs cris de victoire sont d'horribles vociférations ; ils évoquent les dieux infernaux. Le blasphème , la menace , sont les chants de triomphe qui accompagnent leur marche , image trop fidèle des saturnales de la révolution»

Buonaparte et le sans-culotisme ! bizarre assemblage qui laisse prévoir tous les désordres !

Cependant , tremblant sur ce trône usurpé, il osait a peine se hasarder a recueillir ces hommages mercenaires, et ne se montrait au ramassis amené a grands

frais sons ses fenêtres , qu'a Pabri de mille précautions , enfonce dans ses vètemens ; il laissait douter a ces crieurs ignobles si c'était lui ou un nianequin revêtu de ses habits qui recevait leur vil encens Mais le doute qui s'attachait a sa vue,

cessait, hélas! devant ses actions....

Les premiers actes de son pouvoir furent des arrêts de proscription. Les hommes les plus marquanspar leur rang et leur attachement a leur devoir, furent d'abord persécutés, et leurs biens séquestrés. La loi sur les émigrés fut remise en vigueur (car cette fois il était dit que Buonaparte anéantirait, avec sa gloire, le peu de bien que son intérêt lui prescrivit de faire )♦

Par les bruits les plus absurdes, par les nouvelles les plus fausses, il avait trompe Tannée, mais il ne pouvait se tromper lui même; il savait que l'Europe entière s'armait pour le renverser. Quel fut alors sou espoir? celui d'une destruction générale; il veut régner $ ses décrets ordonnent une levée en masse. Il ne saurait trop immoler de victimes pour défendre et conserver son pouvoir illégal ; la France dût-elle devenir un vaste cercueil, et tous les Français lui servir d'hécatombe !

Fidèle a son système d'aveugler le peuple par de pompeux spectacles, il convoqua une assemblée pom

le premier juin, et chercha k lui donner, avec le „om de Champ-de-Mai, l'apparence de ces assemble'es nationales, où nos pères faisaient entendre des voix libres!.... Des votes arrachés à la peur, ou extorqués par la violence, k une petite minorité, sont impudemment apportés comme le vœu libre de la nation.

Le vœu libre de la nation ! et Ton interdisait aux Français la liberté de rappeler les Bourbons î et l'armée avait été admise k voter î et Ton consacra cette maxime : Que tout ce qui avait été fait sans son assentiment était nul. Blasphème politique principe proscrit par toutes les constitutions: ainsi, ce fut sous la puissance des baïonnettes, qui avait imposé de nouveau Buonaparte k la France, que les Français furent appelés k émettre un vœu libre. Libres!.... On l'était alors de choisir entre la proscription et lé parjure î....

Douze jours après le Champ-de-Mai, Buonaparfe entra en campagne : Le moment est venu, disait-il, de vaincre ou de mourir. II ne fit ni l'un , ni l'autre !.... et les champs de Waterloo furent témoins de sa défaite et de sa honte.

De retour k Paris, cette assemblée illégale qu'il avait convoquée, pour consacrer ainsi son usur-

pat ion par ce simulacre de sanction du peuple, cette assemblée le repousse, et Buonaparte, consentant lui-même à la déchéance de son autorité usurpée , implore, pour la seconde fois, la clémence des souverains alliés, et reçoit comme un bienfait son exil à Sainte-Hélène : ainsi se termina sa carrière politique.

Cependant que fera cette Chambre? La déchéance de Buonaparte va-t-eile mettre un terme a ses erreurs? ou ne fera-t-elle qu'ouvrir un champ nouveau k des fautes nouvelles?....

Les armées alliées s'approchent de la capitale

et , loin de chercher à désarmer la vengeauce , des orateurs forcenés vocifèrent a la tribune qu'ils persistent a occuper Quand la patrie est sur le bord

de l'abîme, quel bras va-t-on choisir pour l'empêcher d'y tomber?.... Celui d'un enfant!.... et cet enfant, loin d'avoir, pour étayer sa faiblesse , l'appui d'un nom respecté , n'apporte que le pénible souvenir qui s'attache à celui de son père.

Dans cet état de choses, le général Yandamme traverse Paris avec de nombreux corps de troupes; il se porte a Mont-Rouge , et le Parisien voit avec effroi les apprêts de défense qui vont prolonger son oppression.

Des affaires partielles s'engagèrent aux environs cfe la Capitale; Versailles fut successivement affranchi et comprimé»

La terreur régnait a Paris; tes fédérés parcouraient les rues en poussant des hurlemens r et menaçaient

les habitans de tous les excès La Garde Nationale,

par le service le plus actif, prévint les désordres qui devaient être la récompense des factieux.

On vit , dans les rangs de cette garde vigilante , le maréchal Macdonald faire son service comme simple grenadier, et , par son exemple , encourager le zèle*

Enfin, le traité fait le 3 juillet, au nom des puissances alliées, est officiellement connu ; il stipulait l'entrée immédiate des troupes alliées dans la capitale, et la retraite de l'armée française sur les bords de la Loire : voila donc , après tant d'années de triomphes», où l'avaient réduite l'imprévoyance et la soif ambitieuse de son chef criminel ! Quelles funestes

conséquences n'avait-on pas a redouter!.... Mais Louis veillait sur son peuple ! et son amour sut couvrir les erreurs des Français coupables , sous le voile du dévouement de ses sujets fidèles.

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