‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 23 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

Nous avons vu, avec une profonde douleur, la TÎe, la liberté et les propriétés de tous les Français restés fidèles h leur devoir, compromises par le décret que le chef du prétendu gouvernement de la France a rendu le 9 de ce mois , et par les arrêtés de quelquesuns de ses agens 5

Ce décret et ces arrêtés , qui rappellent les lois révolutionnaires les plus atroces, sont encore en contradiction formelle avec notre Charte , notamment avec l'article 66 , par lequel la confiscation des biens demeure a jamais abolie ,

A ces causes , notre conseil entendu , nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. I er . Tous les procureurs-généraux et soidisant impériaux, tous les membres d'un tribunal quelconque, soit civil, soit militaire , tous les agens de la police qui , en vertu du décret de Buonaparte, en date du 9 mai 1815, ou en vertu des mesures prises , soit en application , soit en extension de ce même décret, par des autorités quelconques, feraient des poursuites relatives aux prétendus délits y spécifiés , et appliqueraient les peines prononcées par le décret , seront responsables , dans leurs personnes et dans leurs biens , et seront traduits pardevant nos cours et tribunaux, pour y être jugés conformément aux lois de notre royaume.

II. Les préfets, sous-préfets, maires, adjoints et tous autres agens de l'administration qui auraient concouru aux poursuites ordonnées par le décret du 9 mai , soit en faisant arrêter les personnes , soit en faisant mettre des séquestres ou apposer des scellés , soit enfin en procédant a des ventes mobilières ou immobilières, sont également responsables et devront aussi être traduits devant nos tribunaux , tant à la poursuite de nos procureurs-généraux et royaux, que sur la plainte de ceux qui , en vertu de la présente ordonnance, auraient droit a des indemnités.

III. Tout juge-de-paix , greffier , commissairepriseur, huissier et autres qui concourront a la vente des propriétés mobilières ou des fruits des propriétés immobilières, tous ceux qui se seront rendus sciem* ment acquéreurs des objets vendus, seront solidairement responsables de la valeur desdits objets.

IV. Nos ministres sont chargés, chacun en ce qui te concerne, de l'exécution de la présente ordonnance.

Donné a Gand , le 20 mai de l'an de grâce 181 5 ,

et de notre règne le vingt-unième.

Signé Louis.

Par le Roi , Le chancelier de France , Signe d'Ambbay.

MANIFESTE du Roi de France , adressé à la

nation française*

Le Roi rélait impatient de parler a ses peuples. H lui tardait de leur témoigner tout ce qu'avaient fait éprouver a son cœur ces marques de fidélité , ces consolations inexprimables qui lui ont été prodiguées dans toutes les villes , dans tous les villages, sur toutes les routes qu il a traversées , lorsqu'il cherchait un point de réunion pour les fidèles défenseurs de sa personne et de son état ; lorsqu'il demandait, sans pouvoir le trouver, un rempart derrière lequel ils eussent le temps de s'armer avec lui contre une trahison trop noire, trop basse, pour n'avoir pas été imprévue»

Mais plus le Roi se sentait profondément ému de la fidélité de cette immense population française, et plus il se disait à lui-même que son premier soin devait être d'empêcher que , parmi les nations étrangères, la France ne Hit calomniée , déshonorée , exposée a un mépris injuste, a une indignation non méritée, peutêtre même a des dangers et a un genre d'attaque qui auraient pu paraître un châtiment juste d'une déloyauté supposée.

Ce premier soin est rempli. Il l'a été avec un

succès digne de la sollicitude de Sa Majesté, du zèle de ses ministres, et de là magnanimité de ses alliés* Lfis ambassadeurs et envoyés du Roi près des diverses cours européennes, ses représentans au congrès de Vienne , ont, d'après les instructions directes de Sa Majesté , établi partout la vérité des faits, et prévenu jusqu'à leur exagération.

Toutes les puissances de l'Europe savent aujourd'hui que le Roi de France et la nation française, plus unis que jamais par tout ce qui peut resserrer les liens d'un bon Roi et d'un bon peuple, ont été subitement trahis par une armée infidèle a son prince et a sa patrie, a Phonneuretasessermens : que cependant parmi les premiers généraux de cette armée , ceux dont les noms en faisaient la gloire, ou se sont ralliés aux drapeaux du R,oi , ou du moins ont abandonné ceux de l'usurpateur : que des chefs de corps et des officiers de tout grade suivent journellement cet exemple : que même parmi cette multitude de soldats, entraînés a une défection inconnue dans les fastes militaires, il en est un grand nombre que l'inexpérience a livré a la séduction , que la réflexion a déjà ramené au repentir, et dont l'égarement doit être mis tout entier a la charge de leurs corrupteurs. L'Europe sajt enfin qu'excepté cette portion d'armée , devenue

indigne de sa gloire passée , et qui a cessé d'appartenir a l'armée française, excepté une poignée de complices volontaires, qu'ont fournie a l'usurpateur des ambitieux sans mérite, des gens sans aveu et des criminels sans remords, la nation française toute entière , les bons citoyens des villes, les bons habitans des campagnes , les corps et les individus , tous les sexes et tous les âges, ont suivi et rappelé le Roi de tous leurs vœux , ont empreint sur chacun de ses pas un nouvel hommage de reconnaissance et un nouveau serment' de fidélité. L'Europe sait que dans Paris , dans Beau vais, dans Abbeville, dans cette grande et glorieuse cité de Lille , dont la trahison occupait les portes et menaçait d'ensanglanter les murs, a la face

et sous le glaive même des traîtres, tous les bras se

sont étendus vers le Roi , tous les yeux lui ont offert le tribut de leurs larmes, toutes les voix lui ont orié: « Revenez a nous ; revenez délivrer vos sujets. » L'Europe sait et continue d'apprendre que ces invocations u'ont pas cessé de se renouveler ; que chaque jour elles arrivent au Roi, non pas seulement de tous les points de cette frontière si éminemment loyale , mais de toutes les parties de son royaume les plus éloignées. Ainsi , les mêmes cris qui avaient retenti dans Lille, se sont fait entendre dans Bordeaux, où

la fille de Louis XVI a laissé le souvenir puissant (joint a tant d'autres!) de son courage héroïque. Ainsi les mêmes contrées qui ont vu la première défection , ont vu aussi la première réunion de brèves restés fidèles se rallier au panache de Henri IV. Un neveu du roi , le gendre de Louis XVI , a marché k leur tête sans compter leur nombre; il a couru combattre la tyrannie et la rébellion ; déjà plusieurs succès brillans lui en promettaient un qui eût été décisif. Si des traîtres se sont encore trouvés la pour tromper son courage, le signal et l'exemple qu'il a donnés n'ont pas été perdus. « On a vu qu'un héritier du trône ne craignait pas de mourir pour la défense de son pays; et les acclamations des peuples le jour où il avait été vainqueur, leurs signes d'affliction le jour où il a été trahi, ne sont pas seulement la consolation du présent , mais l'espoir de l'avenir.

Eh ! ( qu'il soit permis au Roi de le dire , et d'adoucir au moins sa douleur dans une si triste épreuve, par le témoignage que lui rend la pureté de sa conscience ! ) comment les sentimens dont tout son cœur est animé pour ses sujets, ne lui eussentils pas assuré de leur part un pareil retour? Qui osera démentir le Roi, lorsqu'il jurera devant Dieu et devant son Peuple que , depuis le Jour où la Pro-

vidence l'a replacé sur le Irène de ses pères, l'objet constant de ses désirs, de ses pensées, de ses travaux, a été le bonheur de tous les Français; la retfauration de son pays, plus précieuse pour lui que celle de son trône; le rétablissement de la paix extérieure et intérieure; celui de la religion, de la justice, des lois, des mœurs, du crédit, du commerce , des arts; l'inviolabilité de toutes les propriétés existantes , sans aucune exception , remploi de toutes les vertus et de tous les talens , sans autre distinction ; la diminution présente des impôts les plus onéreux, en attendant leur prochaine suppression ; enfin , la fondation de la liberté publique et individuelle , «l'institution et la perpétuité d'une Charte qui garantît pour jamais a la nation française ces biens inappréciables? Que si, dans des circonstances d'une telle difficulté, a la suite d'orages si violens et si longs, parmi tant de maux a réparer, tant de pièges a découvrir, et des intérêts • si contraires a concilier, on n'a pas pu franchir tous les obstacles, échapper a toutes les surprises, se préserver même de toutes les fautes, le Roi pourrait encore 5e flatter de Passentiment de toutes les bonnes consciences, s'il disait que sa plus grande erreur a été de celles qui ne sortent que du cœur des bons prin-

ces, et que ne commettent jamais les tyrans: c'est a leur pouvoir qu'ils ne veulent point de bornes ; c'est k la clémence que le Roi n'en a pas voulu*

Ainsi éclairées sur les vraies dispositions de la France, d'autant plus fidèles a la noble tâche qu'elles s'étaient imposée le i5 mars dernier, mais d'autant plus averties de ne pas confondre la loyauté opprimée avec la perfidie triomphante, les puissances réunies au congrès de Vienne ont signé, le 25 du même mois, un nouveau traité par lequel , avant tout, elles se sont engagées a respecter religieusement l'intégrité du territoire et l'indépendance du caractère français; k ne se présenter que comme les amies, les libératrices, ou plutôt les auxiliaires de la nation française; k ne connaître d'ennemi que celui-là seul qu'elles ont déclaré l'ennemi du monde, qu'elles onf placé hors des relations civiles et sociales, et livré k la vindicte publique; enfin, k ne poser les armes qu'après l'irrévocable destruction de son pouvoir malfaisant, après la dispersion des factieux et des traîtres qui , se plaçant, par une irruption soudaine , entre un souverain légitime et des sujets loyaux, ont arraché le Roi d'avec son peuple, et le peuple d'avec son Roi, pour le malheur de la France et du monde.

lies Puissances réunies en congrès ont fait plus

encore. Certes, leur caractère et leur magnanimité, connus et admirés de tout l'univers, n'eussent pas permis de concevoir un garant plus sacré de leur parole que leur parole même : et cependant elles ont cru qu'a ce garant il fallait encore en ajouter un autre ; qu'elles ne pouvaient jamais ni assez tranquilliser le Roi sur la destinée de ses peuples, ni trop honorer la loyauté française dans la douleur qui l'accable, et dans l'inactivité désespérante a laquelle on l'a réduite. Les puissances ont arrêté que l'accession du Roi serait demandée particulièrement pour le nouveau pacte qu'elles venaient de conclure. Leurs ambassadeurs sont venus apporter toutes ces communications a Sa Majesté; ils lui ont présenté les nouvelles lettres de créance de leurs souverafns respectifs pour résider partout auprès du seul souverain légitime de la France; et, leurs pouvoirs reconnus, ils ont offert le nouveau traité des puissances a la délibération et la signature du Roi.

Français , le Roi a délibéré , et il a signé.

Dans ce mot seul est votre sécurité toute entière.

Vous en êtes bien surs, Français, votre Roi n'a pu rien signer qui fut contre vous. Votre Roi ne cessera jamais de veiller sur vous et pour vous. Vous l'avex lu dans ses actes publics j vous l'avez entendu au mi-

lieu de vos représentai, de vos municipaux, de vos gardes nationales : vous savez qu'il n'a pas tenu a lui d'éloigner cette dure nécessité de reconquérir vos droits. Il vous sacrifierait aujourd'hui les siens , que son sacrifice , au lieu de vous assurer la paix , vous laisserait exposés à une guerre plus terrible. Une invasion étrangère prendrait là place d'un appui étranger. L'Europe a résolu la destruction d'un pouvoir incompatible avec la société européenne. Eh ! comment , dans un tel conflit, des étrangers livrés à euxmêmes distingueraient-il parmi vous les victimes de la tyrannie d'avec ses complices? Comment la nation, dont l'usurpateur forcerait toutes les facultés a le servir, ne paraîtrait-elle pas a ceux qui le combattraient une nation entièrement et uniquement ennemie? Victorieuse ou vaincue, que deviendrait la malheureuse France?

Mais que la France le veuille , et la France n'a plus que des amis dans une ligue où son Roi est prié d'intervenir et intervient. La nécessité qu'il n'a pu conjurer, il est sûr au moins de l'adoucir, lorsqu'il est là pour rallier sa nation autour de lui , pour détourner d'elle des coups qui ne doivent frapper que leurs communs oppresseurs; pour observer, avertir, contenir, arrêter $ pour garder non-seulement vos

propriétés publiques et individuelles, mai* encore votre dignité nationale , dont il est aussi jaloux que vous l'êtes sûrement vous-mêmes de sa majesté royale. L'une et l'autre restent et resteront intactes. Les Français gardent leur place parmi les nations, comme le Roi de France garde la sienne parmi les potentats. Avec la restauration de l'antique monarchie firan-r çaise, une ère nouvelle s'est annoncée, l'année dernière, a toute l'Europe. Tous les, souverains, par leurs conventions, se sont garanti le repos et la lit berté de leurs peuples, comme, par leurs vœux, tous les peuples se sont garanti la légitimité et le maintien du pouvoir de leurs chefs. On s'est uni pour la paix; on s'est ligué pour l'ordre ; et , dans cette ligue bien-* faisante, ainsi que le congrès Ta justement appelée f tous les Etats sont en même temps protecteurs et protégés, garantis et garans.

Cependant c'est le monarque et le peuple fiançai* qui, les premiers, ont eu besoin d'être secourus; c'est au monarque et au peuple français, une fois, réunis parla présence de leurs alKés, a se secourir eux-mêmes , de manière a n'avoir pas , s'il est possible, d'autre assistance a leur demander. Que ces dispositions générales de la nation fidèle, favorisées désormais par des amis, au lieu d'être entravées par

des traîtres , soient mises partout en action ; que l'armée française régénérée reprenne l'éclat qui appartient k son nom; que toutes les gardes nationales, délivrées des pièges de la perfidie, et rendues k l'élan de leurs cœurs, hâtent le rétablissement de l'ordre politique et civil dans tout le royaume; qu'on se dise , enfin, et qu'on se répète sans cesse, que plus les Français feront pour sauver leur patrie, moins ils laisseront k faire aux étrangers ; que plus les Français pacifieront > moins leurs auxiliaires auront k soumettre ; et surtout qu'une fois la rébellion soumise , une fois l'usurpateur détruit , aucun pouvoir étranger ne se placera entre le prince légitime et le peuple fidèle, pour s'immiscer dans aucune des institutions politiques, dont la proposition, la délibération et la décision n'appartiennent qu'k eux seuls.

Français, le Roi qui a toujours été près de vous, sera bientôt avec vous. Sa Majesté, le jour où elle posera le pied sur son territoire et le vôtre, vous fera connaître en détail ses intentions salutaires et toutes ses (dispositions d'ordre, de justice et de sagesse. Vous verrez que le temps de sa retraite n'a pas été un temps perdu pour vos intérêts, et que le Roi a régné par les soins de sa prévoyance, lors même qu'il ne régnait pas par l'exercice de son autorité.

Aujourd'hui Sa Majesté n'a voulu qu'annoncer aux bons Français ce qui devait satisfaire leur hon-* neur, calmer leur inquiétude, payer leur amour et seconder leur zèle. C'est déjà sans doute avoir rempli un grand but*

Sa Majesté a pensé aussi que cette communication, adressée a ses fidèles sujets, parviendrait a . ceux qui. sont encore rebelles, et pourrait, en les éclaira ut sur leurs dangers, comme en les détrompant de leurs erreurs, en. ramener beaucoup a leur devoir. Le Roi à trop pardonné peut-être, et ce-* pendant il est aussi impossible h Louis XVIII de ne pas faire grâce que de ne pas faire justice. Que Pinnocence elle-même accueille donc encore le repentir ; que la fidélité persuade et ramène $ que les bons ouvrent leurs rangs a tous ceux qui peuvent être dignes d'y rentrer, et d'un autre côté, que les complices du grand coupable profitent du temps qui reste au repentit pour avoir quelque chose de méritoire ; que les victimes de la nécessité soient sûres qu'elle ne leur sera pas imputée ; que tout le monde sache et reconnaisse qu'il est des temps où la persévérance du crime en est le seul caractère irrémissible.

Français, que Louis XVIII vient de réconcilier pour la seconde fois avec l'Europe j habitans de ces

bonnes villes, dont les vœux toucha n s arrivent chaque jour au Roi, et l'encouragent a les remplir; Parisiens , qui pâlissez aujourd'hui a la vue de ce même palais dont les murs seuls répandaient naguère la sérénité sur vos visages, qui, tous les matins , pendant une année, êtes venus y saluer Louis XVIII du nom de Père, non pas avec une voix dominée par la terreur ou vendue au mensonge , mais avec le cri de vos cœurs et de vos consciences : Gardes nationales qui , le 12 mars , lui juriez avec tant d'ardeur de vivre et de mourir pour lui et pour la constitution ; voua qui l'avez gardé dans vos cœurs; vous qui l'eussiez, vu dans vos rangs, si la trahison eût permis a ces rangs de se former, et s'ils n'eussent pas été désunis par ceux qui veulent les souiller aujourd'hui, préparez-vous tous pour le jour où la voix de votre prince et celle de votre patrie vous appelleront au devoir d'aider l'un a sauver l'autre.

Méfiez-vous cependant et des pièges qu'on veut vous tendre , et des rôles qu'on voudrait vous assi-» gner dans la parodie de ces assemblées qui jadis attestèrent la liberté sauvage de vos ancêtres, mais dont le spectacle dérisoire n'a pour but aujourd'hui que de vous rendre la proie du plus vil ou du plus odieux esclavage, entre le despotisme anarchique et

la tyrannie militaire. Sans doute si c'était une chose possible que les élections fussent nationales, les scrutateurs fidèles, les voix libres , le nouveau Champ— de-Mai ferait disparaître l'illégalité de son principe dans la loyauté de son vœu. Son premier cri serait une nouvelle consécration de cette alliance jurée , il y a neuf siècles, entre la nation des Francs et la maison royale de France , perpétuée pendant neuf siècles entre la postérité de ces Francs et la postérité de leurs Rois : la vraie nation française ne voudra jamais ni parjurer ses ancêtres, ni se parjurer ellemême. Mais l'usurpateur a déjà écarté les nationaux en appelant ses satellites ; il a déjà compté les votes , quand aucun vote n'est encore émis. Eh ! que pourriez-vons attendre de celui ou de ceux qui ont ensanglanté et souillé tout ce qu'ils ont touché; qui ont suTaire un objet de dérision et d'horreur de tout ce qui doit être un objet de vénération et d'amour; qui auraient flétri , s'il était possible, jusqu'aux noms de patrie, de liberté, de constitution, de lois, d'honneur et de vertu. Français! n'avez-vous donc pas désormais votre grande Charte qui a réhabilité tous ces noms sacrés , et les a remis en possession du respect qui leur appartient? N'avez-vous pas, enfin, une Constitution? Pure dans son principe, eile a été

réglée entre votre Roi et vos représentai : douce dans son exécution , l'expérience d'une session entière vous l'a prouvé : portant en elle-même le germe de toutes ses améliorations , il n'en est pas une que ne puisse créer a l'instant l'autorité royale avec Tassentiment des deux Chambres 5 pas une qui ne puisse être proposée par vos représentans, provoquée par Vos pétitions. Croyez que la est le fondement le plus solide, le seul garant sûr de la prérogative, des privilèges et des droits de tous. Croyez surtout que, par son droit, son titre et son cœur, votre Roi est et sera toujours votre meilleur ami, votre plus constant, votre plus loyal ami. Unissez vos vœux aux siens, en attendant que vous puissiez agir de concert 5 et cette Providence a laquelle il rend compte de l'accomplissement de ses devoirs envers elle et envers vous, cette Providence qui a reçu ses sermens et les vôtres, priez-la en commun avec lui de bénir sa juste entreprise et vos nobles efforts.

Délibéré au Conseil du Roi , présidé par Sa Majesté, sur !e rapport du comte de Lally-Tolendal.

A Gand, le 24 avril i8i5.

IL vlL

Proclamation du Roi, à son retour dans

ses Etats.

Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, a tous nos fidèles sujets, salut.

Dès l'époque où la plus criminelle des entreprises, secondée par la plus inconcevable défection , nous a contraint a quitter momentanément notre royaume , nous vous avons avertis des dangers qui vous menaçaient, si vous ne vous hâtiez de secouer le joug d'un tyran usurpateur. Nous n'avons pas voulu unir nos bras ni ceux de notre famille aux instrumens dont la Providence s'est servie pour punir la trahison. Mais aujourd'hui que les puissans efforts de nos alliés ont dissipé les satellites du tyran , nous nous hâtons de rentrer dans nos Etats pour rétablir la constitution que nous avions donnée a la France , réparer, par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, les maux de la révolte et de la guerre, qui en a été la suite nécessaire ; récompenser les bons, mettre a exécution les lois existantes contre les coupables ; enfin, pour appeler autour de notre trône paternel Piramense majorité des Français dont la fidélité, le courage et le dévouement ont porté de si douces consolations dans notre cœur.

Donnai Cateau-Cambrésis , le vingt-cinquième jour du mois de juin de Tau de grâce mil huit cent quinze) et de notre lègue le vingt-unième.

Signé Louis.

Le Ministre Secrétaire-d'Etat de la guerre,

Le Duc de Feltre.

P HOC LA MA TION du Roi 9 à son arrivée à

Cambrai*

Le Roi aux Françus,

J'apprends qu'une porte de mon royaume est ouverte, et j'accours, pour rameuer mes sujets égarés, pour adoucir les maux que j'avais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les armées alliées et les Français, dans l'espoir que (es égards dont je peux être l'objet tourneront à leur salut : c'est la seule manière dont j'ai voulu prendre part a la guerre. Je n'ai pas permis qu'aucun prince de ma famille parût dans les rangs étrangers, et j'ai enchaîné le courage de ceux de mes serviteurs qui avaient pu se ranger autour de moi.

Revenu sur le sol de la patrie, je me plais a parier de confiance a mes peuples. Lorsque j'ai reparu

au milieu d'eux , j'ai trouvé les esprits agités et emportés par des passions contraires : mes regards ne rencontraient de toutes parts que des difficultés et des obstacles. Mon gouvernement devait faire des fautes , peut-être en a-t-il fait. Il est des temps où les intentions les plus pures ne suffisent pas pour diriger, ou quelquefois même elles égarent.

L'expérience seule pouvait avertir; elle ne sera pas perdue. Je veux tout ce qui sauvera la France.

Mes sujets ont appris par de cruelles épreuves que le principe de la légitimité des souverains est Fui»e des bases fondamentales de Tordre social, la seule sur laquelle puisse s'établir, au milieu d'un grand peuple , une liberté sage et bien ordonnée. Cette doctrine vient d'être proclamée comme celle de l'Europe entière : je l'avais consacrée d'avance par ma charte, et je prétends ajouter a cette charte toutes les garanties qui peuvent en assurer le bienfait.

L'unité du ministère est la plus forte que je puisse offrir : j'entends qu'elle existe , et que la marche franche et assurée de mon conseil garantisse tous les intérêts, et calme toutes les inquiétudes.

On a parlé, dans les derniers temps, du rétablissement de la dîme et des droits féodaux : cette fable, inventée par l'ennemi commun , n'a pas besoin d'être

réfutée. On ne s'attendra pas que le Roi de France s'abaisse jusqu'à repousser des calomnies et des mensonges, dont les succès ont trop indiqué la source. Si les acquéreurs des domaines nationaux ont conçu des inquiétudes , la charte aurait dû suffire pour les rassurer. N'ai-je pas moi-même proposé aux Chambres et fait exécuter des ventes de ces biens? Cette preuve de ma sincérité est sans réplique.

J'ai reçu, dans ces derniers temps, de mes sujets de toutes les classes , des preuves égales d'amour et de fidélité. Je veux qu'ils sachent combien j'y ai été sensible ; et c'est parmi tous les Français que j'aimerai a choisir ceux qui doivent approcher de ma personne et de ma famille.

Je ne veux exclure de ma présence que ces hommes dont la renommée est un sujet de douleur pour la France , et d'effroi pfrnr l'Europe. Dans la trame qu'ils ont ourdie, j'aperçois beaucoup de mes sujets égarés, et quelques coupables.

Je promets, moi qui n'ai jamais promis en vain '(l'Europe entière le sait), de pardonner, a l'égard des Français égarés , tout ce qui s'est passé depuis le jour où j'ai quitté Lille au milieu de tant de larmes, jusqu'au jour où je suis rentré dans Cambrai au milieu de tant d'acclamations.

Cependant le sang de mes sujets a coulé par une trahison, dont les annales du monde n'offrent pas d'exemple. Cette trahison a appelé l'étranger dans le cœur de la France. Chaque jour me révèle un désastre nouveau. Je dois donc, pour la dignité de mon trône, pour l'intérêt de mes peuples, pour le repos de l'Europe, excepter du pardon les instigateurs et les auteurs de cette trame horrible; ils seront désignés à la vengeance des lois par les deux Chambres, que je me propose d'assembler incessamment.

Français, tels sont les sentimens que je rapporte au milieu de vous. Celui que le temps n'a pu chan- - ger, que le malheur n'a pu fatiguer, que l'injustice n'a pu abattre, le Roi dont les pères régnent depuis huit siècles sur les vôtres, revient pour consacrer le reste de ses jours a vous défendre et a vous consoler. *

Donné a Cambrai , le vingt-huitième jour du mois de juin de l'an de grâce i8i5, et de notre règne le vingt-unième.

Signé Louis.

Le Ministre Secrétaired'Etat des Affaires étrangères, Signé le Prince de Talleyrand.

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