‹ Le Pancréas AnnulaireChapitre 16 sur 19 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Vidal.)

Pancréas annulaire et atrophié du duodénum chez un enfant

de 3 jours. Gastro-entérostomie postérieure. Guérison.

(Compte rendu du Congrès français de chirurgie, 1905, p. 745.)

Fin avril 1905, je reçois d'un confrère du Nord un billet laconique très explicite pourtant au point de vue clinique :

Enfant de 3 jours, vomit depuis sa naissance, a rendu son méconium; occlusion congénitale probable des voies digestives supérieures ; inter- -vention urgente.

Je ne puis guère rien ajouter à ce tableau net et précis qui dépeignait exactement toute la situation. L'enfant, une fillette de 3 kilogrammes à sa naissance, venue par le sommet sans aucune difficulté, n'a pas de malformation visible : le ventre nest pas ballonné; toute tentative d'alimentation a été vaine, le vomissement jamais bilieux, suivant toujours de près toute ingestion de lait, manquant d'ailleurs si l'enfant ne prend rien on voit nettement sous la paroi les contractions de l'estomac. La fillette a perdu 5 )0 grammes, mais semble encore en bon état.

L'obstacle siège très haut sur le tube digestif : l'évacuation du méconium, l'absence de ballonnement, la rapidité du vomissement qui suit chaque tétée, tout con ‘ourt à le démontrer. Ce sont surtout pylore et

duodénum qu'il s'agira d'examiner et nous songeons à l’un de ces cas

d'occlusion congénitale du pylore si discutés par Pfaundler, mais dont nombre d'études ont depuis bien confirmé l'existence. Opération 29 avril 1905. Anesthésie facile. Laparatomie médiane sus-ombilicale ; l'estomac sé présente dans la plaie. Je vais au ligament de Treitz : la première anse intestinale est flasque et vide, et l'obstacle siège audessus. Le refoulement méthodique de l'estomac, nous montre immédiatement une singulière malformation : du pylore se détache, au lieu du duodénum sain, une sorte de cordon blanc de la grosseur d'une forte plume d'oie, roulant sous le doigt, qui pénètre bientôt au centre d'une tumeur qui ne peut être que la tête du pancréas. Je m'en assure d’ailleurs en pénétrant du doigt dans l’arrière cavité; le corps du pancréas est là, en continuité avec cette masse moins dure toutefois. De cette tête pancréatique ressort plus bas notre cordon duodénal, déjà plus large, qui décrit une courbe à gauche, puis, dans l'espace de quelques centimètres, reprend absolument l'aspect de l'intestin normal, dans toute la portion ascendante. L’hiatus est parfaitement libre, la vésicule iliaire nullement distendue.

L'occlusion s'explique doublement par l'atrophhie du duodénum enclavé de plus dans le pancréas; mais le parti à prendre ne peut être douteux : la section de l'anneau glandulaire n'est pas à discuter, car l'atrophie de l'intestin, suffisant comme biliaire puisqu'il n'y a pas d'ictère, le rend insuffisant comme canal alimentaire ; l'abouchement de l'estomac à la première anse jéjunale s'impose et je la pratique au plus vite. Renonçant à l'Y pour gagner un instant, je fais un von Hacker typique. Rien n'a saigné ; durée totale, trente-six minutes.

Suites peu compliquées,quelques vomissemen!s encore, dussans doute à l'anesthésie. Le soir même on reprend les tétées sans difficultés. Dix jours plus tard, l'enfant a repris son poids de naissance et sans être

aujourd'hui un sujet remarquable, s'alimente et croit régulièrement.

OBSERVATION VI (personnelle.)

Eulalie, 46 ans, femme de chambre. Taille moyenne, maigreur

extrême,

Anamnèse. — Une sœur de la malade est morte à 19 ans, d'un abcès dans la région du foie.

Elle-même après une première enfance très pénible (vomissements fréquents), a été bien portante jusque vers l'âge de 16 ans. Symptômes gastriques, troubles circulatoires jusqu'à 24 ans. Puis nouveau répit pendant huit anuécs. Après cette époque, dyspepsie grave pendant un an. Un chirurgien consulté constata une néphroptose et pratiqua une néphropexie droite, il: y a treize ans. La patiente n'en retira aucun avantage, l’inappétence, les lour leurs après les repas persistèrent.

Il y a deux ans, ces malaise: se sont notablement aggravés à la suite, parait il, d'une chute violente.

Les digestions occasionnaient des douleurs persistant plusieurs heures et présentant leur maximum de deux à trois heures après le repas. La malade a été atteinte d'entérocolite muco-membraneuse avec fréquentes recrudescences de durée variable. Depuis trois mois, progressivement et Sans jamais prendre les caractères d'une crise, la douleur s’est installée à demeure, sourde, térébrante, avec cxacerbalions irrégulières, surtout quelques heures après les repas.La malade éprouve un dégoût absolu pour l'alimentation carnée; toute nourriture lui répugne, en particulier la nourriture solide, durant les deux derniers mois elle s’est nourrie exclusivement de lait et d'œufs, de bouillon et de champagne.

Les vomissements ne se sont jamais produits, mais les régurgitations sont chaque jours très fréquentes. L’amaigrissement rapide, la perte * des forces et les douleurs, après avoir rendu toute occupation impossible, ont contraint la malade à tenir constamment le lit durant les dernières semaines.

La constipation est opiniàtre et ne cède qu'avec peine aux lavements quotidiens. Quant aux selles, parfois décolorées auparavant, elles sont

toujours d’un jaune très pèle depuis trois mois ; souvent on ÿ a remarqué des grumeaux d'un blanc de bougie. La malade dontles urines ont toujours été très limpides et de couleur normale, n’a jamais eu ni ictère ni subictère.

La malade entre à l'hôpital dans les derniers jours de décembre 1909. Poids 36 kg. 200.

Elle localise elle-même ses souffrances à la partie droite de l'épigastre

Page 1