‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 34 sur 84 · Défection politique des Allemands établis à V étranger · texte numérisé non relu

Défection politique des Allemands établis à V étranger

Dans les Etats-Unis de l'Amérique du Nord où vivent des millions de nos fivres de race; en Australie où ils forment une forte fraction de la po])ulation, ils ne jouent aucun rule politi(|ue, tant qu'ils veulent rester Allemands. Kn dehors de Karl Schurz (i), il n'y a pas eu, scmble-til, un Allemand en Amérique qui ail confesse

(li Exilé nllciiuiiKl dt; iS|H, piil parti pour les aholitionniste.s contre le* esi'lnvagislcs; cuiitrihiia nu siicct'S dr Uncolii.

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publiquement son cai*actère germanique, tout en constituant une puissance dans la vie pul)lique. Même dans des villes où nos compatriotes l'orment, parmi les diverses nati#ualitcs, le plus l'ort contingent de la population, ils n oui dans leur ensemble, comme Allenumds, aucune importance. Il y a sans doute passablement de sociétés de gymnastique et de chant; mais celles-ci sontelles encore allemandes? La langue anglaise n'y prédomine t-elle pas? La langue allemande et le caractère allemand se conservent, il est vrai, pour des raisons l'aciles à concevoir, plus longtemps dans les classes non cultivées, mais quand on cherche à voir ce qui se liasse dans les l'amilles allemandes cultivées immigrées en Amérique, le père et la mère eussent-ils grandi en Allemagne, on trouve que les enfants commencent à pailer l'anglais comme langue maternelle et qu'il laut ensuite les envoyer en Allemagne pour y apprendre leur propre langue maternelle, comme langue étrangère. Et quelle attitude ces enfants ont-ils chez nous? Ils nous regardent avec pitié du haut de leur grandeur et se nomment fière ment « des citoyens de la libre Amérique ».

Peut-on attendre de pareils éléments, abaiiduuucs à eux-mêmes, qu'ils fon<lent à l'étranger une grande communauté animée de l'esprit national? Et en particulier à l'époque actuelle, alors que l'instinct d'indépendance prend dans les masses des proportions infinies? Alors que ceux-mèmes qui ne peuvent se passer de direction, quand ils ont à faire quelque chose, ne veulent plus reconnaître d'autorité supérieure? Croit-on réellement que le Paraguay, si souvent nommé depuis des années déjà et tant vanté comme devant devenir nécessairement une colonie allemande dans l'avenir, jouerait véritablement ce rôle si nous réussissions à expulser ses habitants actuels pour faire place à nos emigrants? Je ne le crois pas.

Il faudrait beaucoup d'ai'g^ent pour apUuiir les voies aux immigrants; mais lorsque ensuite nous voudrions éleVer les impôts et les droits de douane pour récolter ce que nous avons semé, quand nous voudrions voir le commerce limité uniquement aux éclianges avec l'Allemagne, on dirait de l'autre côté : « Venez donc chercher votre argent! Essayez un peu de nous forcer à faire du commerce selon les prescriptions de votre Gouvernement! Les armes à la main, et appuyés par nos voisins indéjjendants, nous vous attendrons, nous, souverains maîtres de notre i)ays. »

Et alors, que pourrions-nous faire? Renoncer simplement, je pense, à toutes les prétentions futures sur cette colonie, porter à notre compte de pertes l'argent dépensé, abandonner le pays à lui-même, car précisément nous ne pourrions pas faire autre chose.

Ibid., p. <)-io.

4. Nécessité pour V Allemagne de colonies d'exploitation dans les pays tropicaux.

La politique coloniale, telle que je la conçois, n'a pas avec la question des emigrants un rapport de cause à e fet; je veux dire par là qu'elle n'est pas liée au sort des gens que nous avons coutume jus(|u'ici de (|ualilier d'émigrauts. J'assigne à nos colonies une lin plus élevée quf celle de d<mner un asih' exeini>l de tout souci uniquenu:nt à ceux qui sont fatigués de l'Lui'ope et aux existences qui sont venues y échouer. Les colonies doivent plutôt offrii" un vaste champ d'activité salutaire à tous les hommes énergiques qui veuh-nt rester attachés à leur patrie <;t en «'tendre la puissance. Les colonies doivent aussi exercer une action éducatrice sur notre

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peuple, lui donner 1a fierté nationale qui lui manque . encore et mettre les bienfaits du travail devant les yeux de tous ceux qui, à l'heure présente, mènent la demi-existence des bourdons de la ruche. Par un travail créateur accompli au grand air, au sein de la belle nature divine, ceux-ci doivent redevenir des hommes sains, amoureux d'action, vigoureux, libres de l'étreinte de l'étau lel que celui qui façonne notre éducation curcpéenne moderne, et délivrés de la poussière de collège qui fait jierdre la respiration. Si le peuple anglais pris en soi est si grand et si robuste, je l'attribue essentiellement à cette circonstance que, dans les colonies, les fils de toutes les classes réappi^ennent le travail et ne cessent par le labeur de se rajeunir. ^

Or, à cet égard, il nous faut conipter avec les facteurs suivants :

Notre population s'accroît dans une telle mesure que notre pays ne peut jîlus nourrir la totalité de ses enfants, et que, par suite, il nous faut nous procurer ailleurs une place pour Texcedent, afin que celui-ci nous reste au lieu d'être perdu pour nous.

En outre, avec le progrès de la civilisation, les diverses nations s'alï'ranchissent de plus en plus des produits industriels et artistiques des jîays mêmes dont ils dépendaient jusqu'ici ; nous perdrons, dès lors, d'autres débouchés et il nous faut en conséquence chercher à temps voulu de nouveaux clients; or, ceux-ci, nous les trouverons, du moins pour beaucoup de branches de notre industrie, le plus facilement et, semble-t-il, à jjeu près exclusivement, dans des colonies qui nous appartiennent, en particulier dans des pays vierges de toute culture et possédant une poj^ulation qui ne soit pas encore sous le couvert de la civilisation.

De plus, tandis que nous livrons à l'étpanger surtout des produits industriels dont l'existence a relativement

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une longue durée, nous en tirons pour d'innombrables millions des vivres et denrées alimentaires qui dispa-. raissent après l'unique usage qui en est fait. Je ne nommerai que le café, le cacao, les épices, le riz et le tabac. Il y a là une fâcheuse situation économique dans laquelle nous ne jjouvons pas persister longtemps. Il faut que nous recevions ces produits, joints à d'autres encore, comme ])ar exemple le coton, en totalité ou au moins en partie de. nos propres colonies. Il nous faut même livrer des denrées coloniales à l'étranger ])our recevoir son or en échange. Mais tout ceci ne peut nous être fourni que ])ar des i)ays tropicaux, et ces mêmes pays rendront également nos frères à la terré natale quand ceux-ci se seront suffisamment enrichis; les innombrables millions que l'étrangei" moissonne à l'heure actuelle rellueront donc en grande partie vers notre pays.

Ibid., p. II -12.

5. Nécessité de trouver un débouché aux -cohms instruits de i A lie magne.

J'ai dit précédemment que les emigrants me laissaient indifférent, tout en désignant pourtant comme fin première de nos colonies la nécessité de procurer une place à l'excédent de notre population. Cette apparente contradiction tombe d'ellc-raôme, car, sous le nom d'émigrants dont nojis ayons à nous soucier, j'entends des hommes ajtpartenant à iU;s professions auti'cs ([ue celle de cultivateur, .le veux conserver pour notre pays l'excédent d'inlt'tli<>rnre (|ui, à l'heui-e pi-ésente, se pei-d pour nous au prolitde l'Amérique du Nord et ih^s colonies anglaises; je veux voir cet excédent dirigé dans des voies où ceux <|ui If repréKent<'nt donneront à notre patrie liivanlage

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que lies ])ays étrangers en retirent aujourd'hui. C'est un l'ait bien connu que, chez nous, toutes les professions sont encombrées et que le développement économique s'arrête. Or, peu de gens seulement croient qu'à cet égard même les colonies puissent et doivent amener un changement. On ne cesse de penser à des colonies agricoles, au paysan apjiauvri qui, en fin de compte, peut trouver du travail également chez nous, car en ce qui concerne précisément les ouvriers des champs, loin d'en avoir trop, nous en manquons. Et puis, nous oublions si facilement aussi que le seul résultat final de notre système de civilisation est que personne ne veut plus faire œuvre de ses dix doigts, mais travailler uniquement (le la tête; que, si nous continuons à uous développer de cette façon, nos descendants considéreront peut-être comme le degré suprême de la civilisation de faire appel à des peuples étrangers subjugués pour exécuter des besognes d'esclave, parce que parmi les enfants de la mère patrie il ne .se trouvera plus personne qui veuille se charger des tâches manuelles nécessaires à la vie des hommes d'une culture raffinée. Tant que nous forcerons à aller à l'école des gens qui, n'ayant aucune espèce de goût pour l'étude, se contenteraient du sort «l'un ouvrier journalier; tant que l'école tiendra la [)remière place dans toute notre vie et nos institutions d'État, sinon explicitement du moins en fait, nous animons nécessairement à compter avec cette circonstance que la poussée vers les professions supérieures croîtra non seulement dans le même rapport que l'augmentation de la j>opulation, mais dans une proijortion tout autre ; que le prolétariat intellectuel pourra devenir une puissance menaçante pour tout l'État si nous ne lui ouvrons pas une voie qui lui permette, par un travail hoimête, de gagner son pain et de parvenir à la propriété. Or, nos colonies offrent assez d'espace pour tout un peuple ; nous pouvons

y trouver la prospérité là où cite/ nous il n'y a que misère et souci. Nos colonies doivent recevoir toutes les professions. Des villes où tous les artisans trouveront à s'occuper, s'y épanouii-ont ; des ingénieurs de toute sorte y trouveront un vaste champ d'action pour des constructions agricoles et hydrauliques, pour l'établissement de routes, de voies ferrées et l'exploifcition des mines; des agriculteurs pourvus d'un certain (•ai)itiil et des petits paysans également y auront une exislence qui les paiera de leur peine; des savants, des professeurs, des agents forestiers, des arpenteurs, des hommes d'église, des fonctionnaires et autres employés y trouveront leur sul)sistance; mais avant tous les autres, le négociant, ([ui à proprement parler fonde «*t fait avancer toute colonie, trouvera à y déployer son siclivité dans sa plénitude.

Ibid., p. iu-i3.

0. Indifférence regrettable des villes hanséatiques et du haut négoce allemand pour la politique coloniale.

Ce lieu me paraît tout indiqué pour parler d'un phénomène frapimnt, je veux dire l'incliUerence que l'on oppose dans les deux grandes vilU^s luinséati(iues de Hambourg et de Brème à nos aspirations coloniahvs, indilference certainement bien faile pour rem])lir «h* «léfiance, à l'é-gard de nos cohmies, des splières ('tendues de notre population, (lomme les gros négociants, en elfet. ont gbgné pour ht plu|)art leurs éperons dans les pays d'outre-mer et ihms les colonies élraiigères, ils doivent savoir, mieux que personne, quel prix s'attache aux. eolo nies; or, s'ils |)rennent, vis-à-vis de notre domaine d'outre-mer, une altitmle aiLssi indillérente, l'opinion

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publique, comme il est naturel, ne peut qu'en être fâcheusement influencée. Mais, si l'on me demandait les raisons de ce phénomène, je ne pourrais qu'émettre une supposition, et, dans l'intérêt g-énéral, je tiens à en dire quelques mots. D'une part, il fait à peine l'ombre d'un doute que le système d'administration ou de gouvernement de nos colonies n'assure pas encore aux négociants, qui se considèi-ent avec raison comme appartenant à la première classe de la société, la position sociale qu'ils revendiquent; qu'en outre, la législation paralyse la liberté de mouvement des gros capitalistes. D'autre part, on devra nécessairement aussi compter avec cette circonstance que la gestion commerciale des gi'ands négociants Hcpose, à maints égards, sur de vieilles relations avec l'étranger et sans doute aussi sur le crédit dont ils y jouissent. Dès lors, ils ne peuvent pas encore faire l'entrer nos colonies dans leur champ d'activité sans se laire concurrence à eux-mêmes. Si donc, par patriotisme, ils n'agissent pas contre nos colonies, l'instinct de conservation leur commande cependant de renoncer tout an moins à des sacrifices pour une place qui, avec le temps, ne ferait que nuire à leurs propi-es allaires.

Ibid., p. i3-i4-

Beuxhaiu) DKRXIURG

M. Behmiaud DERNBUUCi est m? on 1864 à Darmstadt. Son père, Friedrich F)ornl)urf;, s'était fait un nom dans lo journalisnif allemand, connne redact en r en clief dn Berlinev Tai>;chldtt. Ce journaliste, contrairement à l'iiahilnde allemande, n'a pas lait de son Ills nn sr/iolar diplômé des Universités, lîernliard Dernbnrfî a grandi dans les all'aires, à l'amch-icaine. Il a lait <les slaj^es prolonj^és à la Hantpie Ladenbnrg à Berlin : puis ù la Banque 'rhalmann et C''", à New-York. Après avoir été secit-taire tie la Deut.sche liank, il lut désij^né, à ràjj;-e de trente-cintj ans à j)eine, pour réortcaniser la Pommersche IlypothekenbanU {BarK/iw /lypothécaire /toinéranieniu').

On ne compte plus les Sociétés [)ar actions et les Banques, ((ui l'ont nommé mend)re de leur Conseil d'administration. C<'pendant c'est la Dar/nstadter lia fiJ{ de sa ville d'origine (pii lui a l'ait sa notoriété linancière (i<)oi-it)ot)l.

C'est un sel/madc man très ambitieux cpie Bernhard Dei'uburff. Rien ne le désig-nait «l'emblée pour radmiuislration des colonies allemandes. H alla lui-mèmeà la \\7///(7///.N7/v/s,s<'('xpos<'r son j)lan et réclamer le poste de dii'(>cleur des colonies au ministère des AU'aii'Cs. Il l'ut approuvé et nommé en U)oG. Xe mainpions pas d'ajouter <pi'il est Kxcellenci', depiii.-. lors : et c'est lui qui a l'ait créer en i\\o-, un nùuistère à pari pour les All'aires coloniales qui relevaient jusque-là <rnn(' simple direction.

L'impulsion qu'il a donnée à la j^restiou coloniale allemande ne s'est plus arrêtée. Pour mettre llu au .système «pu consiste à ffouverner les colonies de loin, par une bur(>aiicralie d<> " conseillers secrets », n'crulés parmi <Ies juristes, Dernburg a donné un jj^rand exemple. Il est alU- voir lui-même les colonies allemandes «l'.M'ricpie, sans oublier de jnisser (piatre semaines dans le Natal voisin, pour <'ludier les nu'tliodes anf^daises. Il a l'ait ce voyage en atlminislrateur, <[iii prenait ciinseil des praticiens. Il s'('tait l'ail aceonipagner d'un des plus é-minenis hommes de linances qit'ail produits l'Allemagne, Walter Ualhennu. I,es deux hommes oui <léposi' h's ré-

BERMlAUl) DKUXBURG ' JO

sultats de leurs observations dans plusieurs ouvrages. Celles de Walter Rathcnau se retrouvent éparses dans ses Reflexioiien (1908). Celles de Bernliard l)crnl)urg sont résumées dans Zielpuahte des deutachen Koloiiialn'est'ns {Les Fins du régime colonial allemand, 1907). Koloniale Lelirjahre {Années d' apprentissage colonial, 190-); — Dans SûdiK^est-Afrihanische Eindrûcke iind Industrielle Forlsckrilte in der Kolonisation {Impressions de l'Afrique occidentale et progrès industriels dans notre colonie, i9<'9- i

Nous n'avons pas à décrire ici la doctrine préconisée par M. Bernhard Dei-nburg en matière de gestion coloniale. Cette doctrine est très libérale et <î1 le a été ibrtement condjattue par desimi)érialistes tels que Paul Holirbach. Dernbui-gel Uatlienau ont osé dire, presque seuls en Allemagne, ([ue la politique suivie dans l'Afrique occidentale allemande a été inutilement cruelle et colonialement manquée. Elle a consisté à extirper tout le peuple des lléréros, en refoulant dans le désert, par un beau mouvement stratégique, tjuarante nulle bommes, femmes et enfants, qui ymoururent de faim et de soif après avou- mangé leurs dernières tètes de bétail plutôt (|ue de vouloir tond)er aux mains des Allemands. I/Allrmagne a donc détruit ellemême les deux principales ricbesses du pays ([u'clle prétendait cijloniscir: la poj>ulation indigène et les troupeaux dont elle vivait. Klle a prétendu faire aLisi j>lace nette pour des agriculteurs allentands, dans un pays (pu ne se prête pas à la petite propriété paysanne ; mais ([ui, fait à merveille pour l'élevage en grand, nécessiterait des capitaux, (jue le paysan allemand n'apporte j)as, et une main-d'œuvre indigène, désormais absente. Ces plaintes dcDernburg ne furent pas écDUtées du peuple allenumd, enivré des exploits du général Trotba. Dernburg lui-même, avant son départ, n'avail-il pas, dans une fête coloniale, le aH octobi-e i(K>6, glorifié à son retour l'armée allemande (jui, par une savante et impitoyable stratégie, avait réussi à ruiner la colonie".' Kl bien entendu, il se trouva des j)asleurs, tels (pie (lustav Frenssen, le ronuuicier i)ien connu, pour glorifier, connue divine, cette extirpation, de tout un peuple. I)erui)urg aussi a fait l'éloge du livre où un lieutenant allemand affirme: " Les noirs ont mérité la mort devant Dieu et de^^ult les honnnes, non parce (ju'ils ont massacré deux cents fermiers et se sont .soulevés contre nous, mais parce (pi'ils n'ont pas l>àti de maisons et parce qu'ils n ont pas creusé de puits {w. ■>

11) FuE.\ssE.\. Peter Moors Fahrt nach SiidWest. iî)o(), p. 201). J'emprunte la traduction du i)assa;,'cau beau livre d'Kmile Tonne- L.vï, L'Kxpansion alteuuinde hors (l'Europe, i<^^, p. a(»5.

Dans rK-st-Alricain aussi, Bernhard Dernburg' recommanda une j>oliti(iue lil)érale. 11 voulut nue civilisation européeime appuyée sur le travail indigène, (irave problème. Dans l'Ousambara, la principale culture est le caoutchouc. Dans la rég'ion du Kilimandjaro, c'est la banane. Faul-il laisser les indigènes cultiver eux-mêmes les arl)res caoutchoutiers et les bananiers, comme ils ont l'ait de père en lîls ? Dernburg le pensait. Les colons allemands pensent le contraire. Ils veulent que les nègres ne puissent être employés dans les jilanla lions de caoutchouc quen qualité de travailleurs salariés. Ils exigent que la plantation du bananier hnir soit interdite, parce quelle occupe une surface plus grande (jue ne ferait le maïs uécessairepournourrir leraême nombre de nègres. L'Allemagne traite ses populations nègres coumie des bestiaux. Ils n'ont l)as droit à des bananes, si le maïs est plus économique. Dernburg désapprouvait cet h esclavage d'Etat '>. La perfection de la colonisation serait pour lui c un état de choses où le pays colonisé, développant toutes ses forces, arriverait ù la floraison, satisferait tous les vanix de la métropole en leur tenq)s et dans la niesm-e exigée, qu'il s'agisse d'exportation ou d'importation, d'immigration ou de peuplement, d'inlluence politique ou d'inlluence commerciale ». Noiis lui empruntons la définition des satisfactions qu'une grande puissance telle (jue l'Allemagne attend de ses entreprises coloniales.

Principes que doit suivre la politique coloniale allemande.

Mnvisagé au point de vue de la politique commerciale, le drvel<»ppeinent de notre doiuainc colonial allemand «loit être jugé d'après les cimj directions suivantes :

I. — .V la population sans cesse croissante de notre patrie qui, étant donnée la surface limitée dont elle dispose à l'intérieur de l'Allemagne, est forcée de se tourner tie plus eu plus vers l'industi'ie cl condamnée à l'exportation, ce domaine assure tout d'abord d(\s commandes allant loujoui-s eu augnienlaiit, pai* c<)nsé(pient : du travail. De plus, il facilite un meilleur régime de vie à celle même population allemande, eu protluisanl à bon compte le» denrées alimentaires les plus diverses, vi lui donne

UKRMIAUD DERNBURG

la possibilité d'airranchir davantage son alimentation de l'étranger.

u. — Des colonies bien dirigées, en vue d'un but précis, assurent à la production allemande une grande partie des matières premières servant à la consommation propre de la nation à l'intérieur, et fournissent les matériaux qui sont affinés par le travail de millions d'ouvriers allemands.

3. — Ce domaine assure au fabricant allemand, à l'ouvrier allemand, une influence sur l'établissement des prix de ces matières premières, en face des tendances monopolisatrices de l'étranger qui s'affirment soit par la politique douanière et fiscale des Etats, soit par les combinaisons d'individus spéciaux. Or, comme le prix. d'une marchandise se règle sur le marché mondial, que le salaire ne peut jamais dépasser le prix du marché mondial diminué des frais des matières premières, celles-ci sont un régulateur importiint du prix de notre travail national.

4- — Il protège et affermit notre bilan financier national, en tant qu'il ne force pas à envoyer à l'étranger nos capitaux et l'excédent de notre travail en paiement de matières premières; il conserve au contraire cet excédent pour notre propre vie économique à l'intérieur. Il assure ainsi, du même coup, la stabilité de notre change allemand, diminue le danger d'un écoulement de métal précieux à l'étranger et peut réaliser de cette façon, dans la vie économique même de l'Allemagne, une plus grande stabilité de la valeur île l'argent.

5. — Enfin, dans tous les cas où des traités et des arrangements doivent être conclus avec d'autres nations mondiales au sujet de la vie économique de la nation allemande, il constitue un puissant moyen stratégique et tactique d'assurer la réciprocité pour le placement et l'échange des produits bruts ou manufacturés.

38 IE PAXGEHMANISME COLON! A I.

Telle est pour rAllemagne la signincation il'une activité économique coloniale, mise en lumière par la situation actuelle de la politique commerciale mondiale. Sa réalisation n'est donc rien de plus ni de moins que la question de l'avenir de notre travail national, la question ilu pain de milliers d'ouvriers de notre industrie, la qn£stion de l'emploi des capitaux de notre pays dans le commerce, l'industrie et la navij^ation.

Dès lors, ce ne serait rien moins qu'attenter gravement à l'AUemag^ne et à son avenir industriel, si tous les Allemands sérieux qui ont une culture commerciale ne consacraient pas à cette question un intérêt des plus ji;-rands; s'ils ne prêtaient, dans la plus large mesure, leur appui à un Gouvernement qui a la vue ferme de ces principes, qui s'eflbrce, au cours des années, d'amener les col<mies à un développement approprié. Chacun d'eux a inlérèt à une solution convenable de ce travail. C'est un travail qui demandera beaucoup d'années, voire des dizaines d'années. Il devra commencer ]>ar l'organisation de v»)ies de communication, et c'est là le ])rol)lème de l'iieure. Tenez-vous ferme et unanimement derrière nous pour exiger ces moyens de communication; vous qui êtes les représentants autorisés de tous les coitimeri,ants de l'Allemagne, emportez dans vos foyers, dans vos cerc;^es professionnels, dans vos comptoirs, cette conviction que j'espère avoir éveillée en vous, là où elle n'existait pas encore : le mouvement (oloniai allemand est une question nationale au premier chef; tout bon .Mlemand, tout commerçant intelligent, fiU-il graml ou petit, à (pielque conléssion «ju'il appartienne, est appelé à collaborer à la solution de cette question, dans l'intérêt de la grande patrie allemande.

Ziel/tiinh'fe (frs (fcntsc/ien h'olonidhi'rsens (Les lins du colonialisnK' alleniaiid i.

RicHAHD KHAUEL

M. llicii VKi) KKAUKL est un vétéran du service consulaire et diplonialique allenutnd. Il est né à Liibeek en 184^. 11 vit à Fril>(>ur^-eu-Hris^a«i. 11 est ministre plénipotentiaire eu retraite, et jirofesseiir dTniversilé, honoris causa, sans avoir jamais ensei},fué. il a occupé de studieux loisirs par des travaux historitiues estimés sur l'époque de Frédéric 11. Graf Ilcrtzberff als Minister Friedric/t-Wil/ielm II (Le comte Hertzheri>\ ministre de Irêdérie-Guillanine II, 1891)) ; Prinz lleinrichals l*olitiker( Le prince Henri, homme politique, uyoa); Tc'dition do la Correspondance entre le prince Henri de Prusse et Catherine II de liussie i i9o'i), ce S(mt là des livres <[ui comptent. I.e séjour qu;- M. Richard Krauel a fait au Brésil lui a permis de nM'ueillir sur la colonisation possible îles Allemands au Brésil, et sur les fautes poliliqm-s à éviter, des remarques (ju'il a ndses à la disposition d'un auditoire colonial hand)ourj^eois dans des conférences d'où nous extrayons les plus importants passajfcs. Ils nous servent à délinir les revendications allemandes que nous tenons pour légitimes et les concessions (pie toutes les nations civilisées feraient toujours à une Allemagne préoccupée de .se «lévelopper paci(iquenu*nt et respectueuse des droits acquis d'autrui.

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