‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 33 sur 84 · I. Pourquoi l Allemagne a besoin de colonies · texte numérisé non relu

I. Pourquoi l Allemagne a besoin de colonies

I*ouc|U()i l'Allemagne a-tclle besoin maintenant de colonies? Dans la réponse à cette (juestion, nous trouverons en même temps les iins de la politique coloniale allemande. Les misons en sont multiples :

FERDINAND Wcfel.TMANN l3

1° L'augmentation de la population allemande dépasse celle de toutes les autres nations, et l'Allemagne n'a pas pour elle de débouché qui lui soit propre, de sorte que l'excédent de notre force nationale est à maints égards perdu; souvent même il nous fait encore dans la suite une forte concurrence (par exemjjle dans l'Amérique du nord et en Australie).

La Russie a la Sibérie et l'Asie, l'Angleterre et la Hollande ont leurs colonies où le trop-plein de population tro^ve son écoulement. L'accroissement de l'Allemagne,, qui s'élève chaque année à (ioo.ooo tètes, est inquiétant. De i83o à 1H90, l'émigration s'est montée à près de 5 millions d'hommes, et, dans certaines années, même à 200.000 tètes. Cela représente une perte de capital se chiflrant annuellement par plus de 200 millions de mark, soit en 60 ans près de 12 milliards de mark, dont nous avons enrichi et fait bénéficier d'autres Etats. L'histoire des peu^fles n'offre réellement nul exemple analogue de ce phénomène étrange et inouï.

Que sont de pareilles sommes en face de nos questions douanières et linancières?

2" L'écoulement des produits de notre industrie a subi des arrêts temporaires; des marchés fixes, tels que ceux, par exemple, que la Hollande, l'Angleterre et la France possèdent dans leurs colonies, firent défaut à l'Allemagne. Noire flotte de commerce en soufl'rit également. Le commerce et l'industrie ne peuvent prospérer en toute assurance que dans des conditions durables de stabilité.

3° Notre puissance maritime ne s'est développée que sous l'empire de circonstances forcées; elle a coûté beaucoup d'argent et n'a pas eu assez de travail.

4" Des savants et lics esprits allemands ont travaillé partout sur cette terre pour d'autres peuples ; en ce qui concerne notre propre développement économique, leur

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activité bienfaisante a été presque entièrement perdue pour nous.

5" Après 1870-71, le peuple allemand s'était retrouvé; nous étions devenus une nation éprise de prog-rès; nous nous étions- consolidés au dedans; depuis 1880, le gros de nos travaux intérieurs était terminé; nous nous sentions riches en capitaux et nous avions conscience de notre virilité; tel un homme vigoureux, nous avions besoin dès lors de déj)enser notre activité au dehors et d'employer utilement l'excédent des forces physiques et intellectuelles de notre peuple. Il n'est arrivé que trop souvent dans les siècles passés, que ces forces furent inutilement gaspillées, sans profit pour nous, pour la culture et la civilisation. Les expéditions d'Italie, les croisades, les sanglantes guerres de religion, l'émigration : telles furent les manifestations de notre force nationale, qui de ce fait se réduisit en fumée, sans utilité aucune pour la patrie. Seules, des colonies constituent, de nos jours, un moyen raisonnable de la canaliser. Nous y apercevons cette force employée à des créations visibles et tangibles ; elles élargissent notre horizon intellectuel, tout en nous préservant, dans la mère patrie, du mécontentement, des discordes intérieures et du marasme; c'est donc de ces sources pures que sont nées chez nous les colonies. Elles ne sont jtoint par suite une oeuvre improvisée et factice, une entreprise aventuixiuse de quelques individus, un caprice de la j)oliliqûe, une fantaisie de la volonté nationale, un hochet : elles sont au contraire une grave nécessité historique découlant pour nous de la situation du moment, de l'Ame nationale et d'une politique perspicace.

On nous a objecté, en guise de reproche, que nous n'avions aucun droit moral à la possession de colonies. A cela je n''p(»n»lrai sim|)lement ceci : par les Ilots de nos emigrants, par les voyages de nos exj>lorateuis, \\i\v nos missions religieuses et par notre lillérature, nous avons

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tout uutaut contribué au progrès de la civilisation universelle que n'importe quel autre peuple du monde ; par ce seul fait, nous avons acquis le même droit à posséder des colonies que celui que d'autres jieuples réclament pour eux-mêmes.

' Die Ziele iind Erfolge der deiitschen Kolo-

I nialpolitik (Les lins et les résultats de

la politiijue coloniale allemande), 1897.

a. Importatice des colonies allemandes actuelles.

C'est en 1884 que, pour la première fois, le pavillon allemand a été hissé sur une lointaine terre d'outre-mer, en sig-ne de prise de possession. Dei>uis Irtrs, nous avons acquis successivement d'abord Togo, puis le Cameroun, l'Afrique alleuiande du sud-ouest, l'Est africain et le domaine allemand du Pacifique, avec une j)artio de la Nouvelle-Ouinéc.

Entre temps, par une possession de douze années (i), nous avons pu nous rendre compte :

. 1° Si nous sommes à la hauteur des tâches colonisatrices ;

2° Si nous avons dos capitaux assez forts pour être utiles à des colonies ;

3" De quelle valeur sont pour nous nos colonies.

Dans nos colonies elles-mêmes, il s'est produit dans l'intervalle, un changement avantageux. Le patriote aventureux hissant son drapeau, le chasseur en quête de butin, le brave officier conquérant le pays une deuxième fois sont passés à l'arrière-plan ; au premier plan se trouvent maintenant le négociant, l'agriculteur, l'ingé-

(i) Ecrit en i><97.

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nieur et le technicien. Ce sont eux qui, représentant et favorisant la civilisation, ont pris en main le travail avec un plein succès.

Après avoir atteint ce premier degré de nos aspirations coloniales, acquis des colonies, consolidé notre puissance vis-à-vis des indigènes, assuré la sécurité de nos possessions et y avoir amorcé heureusement l'œuvre civilisatrice, il paraîtra opportun de poser cette question : « Quels résultats accusent nos possessions coloniales et quelle valeur économique ont-elles pour nous ? »

En territoires et en habitants, nous avons acquis en cliinVes ronds a.65o.ooo km^ avec près de 8 millions d'habitants, soit au total une superficie environ 5 fois plus grande que celle de l'Allemagne

Les six dernières années nous ont en particulier fait avancer d'une layon sensible; tout ce qui, au point de vue colonial, constitue une base durable de prolit et de richesse : culture du sol, i)lantations, est maintenant aussi pleinement apprécié que bien compris et marque un début ferme et de bon aloi. Nos elforts n'ont pas été vains; d'autres peuples aussi reconnaissent notre labeur et nos succès : les Anglais avec jalousie et une certaine inquiétude pour l'extension et l'existence de leur commerce ; les Français, d'une fayon franche et sans objection. Leroy-Beau lieu, le plus eminent «les historiens et hommes politiques de notre temps, en ce qui concerne les colonies, déclarait dès 1H90, dans une ti^uvre excellente, encore beaucoup trop peu connue chez nous. De la Colonisation chez les peuples modernes (Paris i8yi, p. 'Ji5i :

« Les Allemands ont fournila preuve qu'ils sont en état dv coloniser; ils ont — ce qui leur manquait il y a quinze ans — des capitaux importants ; ils se dislingucnt par le goiU d<îs entreprises; on peut espérer leur succès: il ne faut pas, en tout cas, le voir d'un mauvais œil. »

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Leroy- Beaulieu est [)ro l'on dément convaincu qu'un peuple laborieux, sain et abondamment pourvu de; capitaux, a le devoir d'exercer son activité dans des colonies, et il regrette que l'Italie, le Danemark, la Norvège et la Suède aient négligé l'occasion de le faire. Quant à la France, il fait ressortir qu'après la dure destinée de 1870-71, il n'y avait qu'une possibilité, qu'un moyen pour ce i)ays de no pas tomber au rang d'une puissance de deuxième ou de troi,sième ordre : c'était d'acquérir des colonies. On sera pleinement de son avis et, d'autre part, on ne peut s'empêcher de considéi-er comme une bonne fortune que ce que la France a recherché avec une claire intelligence et un regard perspicace plongeant dans l'avenir; que ce qu'elle a réalisé en peu de temps, d'une fa(,-on admirable, n'a pas été non plus négligé par l'Allemagne — encore qu'au début ce fût peut-être davantage par instinct — : la fondation d'une puissance coloniale. Cependant je dois mettre expressément en garde contre cette conception chimérique que, dans nos colonies, nous possédons aussi de vastes domaines vers lesquels on pourrait diriger l'émigration en masse. 11 n'y a que l'Ouest-Africain allemand qui puisse s'y prêter, mais la valeur de ce pays n'est [>as encore suflisamment connue pour (jue, dès aujourd'hui, on soit à même d'indiquer le nombre de paysans allemands qui pourraient y fonder un nouveau foyer en toute sûreté. Mais les domaines du Pacilique, l'Est- Africain, le Togo et le Cameroun ne seront jamais en état de recevoir une émigration allemande en masse. Il peut se fiiire que (,'à et là, sur les hautes terres de ces colonies, quelques villages de colons allemands se forment dans un avenir éloigné ; mais j'ai la conviction que, dans la question de l'émigration, elles ne joueront jamais un rôle appréciable. Le rêve de nos géographes et de nos premiers colonisateurs enthousiastes d'acquérir pour l'Allemagne des colonies d'émigration, ne s'est donc

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réalisé jusquici que jusqu'à un certain dej^ré. Cette question si importante pour notre patrie d'une émigration pratique et salutaire peut dès lors être considérée, malgré nos colonies, comme étant toujours ouverte et non résolue. Espérons également, à cet égard, que nos aspirations coloniales seront un jour couronnées de succès!

Ibid., p. 6-8; 18-20,

Bartholomâus von WERNER

Le contre-amiral Bautiiolomaus vo\ WERNER, n'est pas à confondre avec son homonyme, son aîné et son supérieur en «{-rade, l'amiral Reinhold von AWrner. Tous deux ont écrit sur les choses «le la marine et de la j,'uerre navale. Le contre-amiial RarUiolonians von Werner a écrit des ouvrages de vuigarisalion, par où il essaie de slimuler la jeunesse allemande aux eiitrepris(»s aventureuses de la vie maritime. Ce sont IhuLschex Kriefi:sschifJ'sleben iind See/'ahrfmiuit [La Vie sur les navires de guerre allemands et l'art allemand de la navigation; 1H9..); Die Kampfmittel zur See [Les moyens de combat sur nwr, lik)..:) Der See-h'rieg (Li guerre navale, 189..); Die Kriegs/nari/ie, ilir Personal and Hire Organisation {La marine de guerre, son personnel et son organisation, i8y5).

Les milieux maritimes et les milieux cohmialistes sont en glande partie les mêmes, en Allemagne. C'est ainsi que le contre-annral von Werner a appartenu à la Société coloniale allenmnde. Il avait visité les colonies de toutes les nations étrangères avant que l'Allemagne ertt un domaine colonial nt>tal)le. (Test pour Caire bénélicier ses compatriotes de cette <'xpérienee ancienne ([u'il a exposé à la Société coloniale les observations dont nous extrayons les passages qu'on va lire.

I . Les colonies d'exploitation sont préférables pour rAllernag'ne aux colonies de peuplement.

Nous essaierons d'abord de fixer l'objectif que nos colonies doivent atteindre et, en même temps, nous passerons rapidement en i*evue les puissances coloniales étrangères, car les expériences qu'elles ont faites comme

les résultats qu'elles ont obtenus servii'ont essentiellement à déterminer le but de nos efforts. Cet examen m'amène à un premier résultat : c'est que le peuple allemand, somme toute, ne doit viser qu'à la possession de colonies pour le commerce et les plantations, en les limitant en particulier aux pays qui possèdent une forte population indigène ; il lui faut renoncer à la fondation de colonies agricoles proprement dites. En conséquence, il est nécessaire pour lui île porter son attention sur les pays tropicaux, et il agira sagement au début en n'engageant la totalité de ses forces que dans des contrées de ce genre; par contre, il attachera peu d'importiince aux territoires situés dans la zone tempérée, car, de nos jours, ceux ci ne font qu'exiger de l'État des sacrifices d'argent sans lui rapporter de bénéfice, en supposant même qu'ils procurent une existence tranquille à un assez grand nombre d'enfants de la métropole. Ce principe va rencontrer probablement de nombreuses contradictions, mais celles-ci ne subsisteront plus, je l'espère, quand j'aurai terminé ma ilémonstration.

D'autre part, on demandera peut-être pourquoi je mentionne absolument ce point, étant «lonné que nos colonies sont presque enlièrement dans la zone torride et que nous avons à compter avec des circonstances particulières.

A cette question, je sei'ais (orcé de répondre que c'est elle pi'écisément qui demande à èti-e disiiilée, car la grande majorité de l'opinion })ublique allemande incline, en elfet, à penser que seules les colonies agricoles ont une vraie valeur; il en résulte cpie cette opinion ne témoigne (|ue d'un médiocre intérêt pour notre domaine effectif d'outre-mer. Je considère donc comme une tAche essentiellrmcnt utile d'essayer de réfuter une conception qt>i me parait fausse et d'uider à mettre sur le droit chemin les contempteurs de nos colonies actuelles, afin que

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du moins ils participent à leur développement ultériear. C'est un fait d'expérience que l'on retrouve partout sur le globe que les colonies qui restent à la mère patrie sont uniquement celles où les colons sont transportés dans des conditions climatériques dillerentes ; par contre, toutes les colonies où les immigrants trouvent ties conditions d'existence égales ou analogues à celles de la terre patale, sont perdues tôt ou tard pour la métropole, suivant que les indigènes sont anéantis par les Européens en un laps de temps plus ou moins long. Les Anglais et les Fran(.'ais qui, sous la protection de leurs Gouvernements, ont colonisé les Etats-Unis actuels du Nord de l'Amérique, surent se rendre indépendants, dès qu'ils s'en sentirent sulfisarament la force. En Australie, dans la Nouvelle-Zélande et au Cap, par conséquent dans des pays au climat tempéré où les indigènes sont détruits totalement ou déjà en grande partie, les Anglais, unis aux Allemands, Français, Italiens et autres Européens qui y ont immigré, ne veulent plus être que des Canadiens, des Australiens, des Néo-Zélandais^ des habitants du Cap; ils no paient 'à la métropole ni impôts ni droits de douane; ils ont leur propre gouvernement et une défense nationale à eux; ils se donnent des lois à part et ils rejetteront la suprématie même purement extérieure de l'Angleterre, dès l'instant où ils pourront espérer un avantage, de cet acte. D'un autre côté, les Espagnols et les Portugais, qui trouvent dans les contrées tropicales des conditions d'existence identiques à celles de leur pays natal, ont changé en fort peu de temps de nationalité dans leurs colonies de la zone torride, ainsi ([ue nous le voyons dans l'Amérique centrale et méridionale. Sans doute, ils ont conservé la langue, la religion et les moeurs de la mère patrie, mais pour tout le reste, ils ont rompu complètement avec elle, de sorte qu'il n'existe même plus de relations économiques

réciproques. 11 est vrai que l'île de Cuba est encore une possession espagnole ii), mais les Espagnols ne veulent plus y être que des Cubains et travaillent sans trêve ni relàclie à se séparer de la métropole. Il y a déjà longtemps que J'Espagne ne tire plus de cette colonie des avantages notî\bles.

Considérons, au contraire, d'autres colonies où les immigrés trouvèrent, en arrivant, soit une forte population qui leur donna par l'industrie le moyen de l'aire de riches bénéfices — ou qui jusqu'ici ne s'est i)as laissé anéantir, — soit encore des colonies où les immigrés ne pouvant elFectuer eux-mêmes les travaux nécessaires à leur développement furent forcés de ménager les indigènes ou d'introduire une main-d'œuvre jeune, empruntée à des éléments d'un niveau humain inférieur; nous trouvons, dans ce cas, que les immigrés sont restés attachés obstinément à la métropole, gardant entre (>ux de la cohésion, et qu'ils ont toujours porté haut l'étendard de leur patrie. •

Voilà les colonies qui procurent à lu métropole du prestige et de la force, qui o firent à l'excédent de population, non seulement une seconde patrie, mais conservent à la vieille tei-re natale les emigrants (jui s'y rendent et sont une source de richesse pour les cohms comme pour la mère ]»atrie.

Dans les Indes orientales, ainsi que dans les autres colonies asiatiques de l'Angleterre, l'Anghiis reste toujours Anglais; il reste Anglais aux colonies situées dans la zone torride de l'Afrique et de rAmérii|ue; de même aussi dans les Indes occiiientales, où les «'sclaves jaiiis uH'ranchis ont pris la place des habitjints autochtones qui ont été exlcr^uinés, nègres hardis, paresseux, arrogants, (|ui se sont accrus d'une façon \ (-i-ilaldemeut ellrayante

(l) Article écrit en iHg.^.

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et commencent à être dantrereux pour les maîtres européens de ces belles îles, dont ils veulent les chasser.

L'Anglais trouve constamment, dans ces colonies, des parents et amis, des mœurs et un régime de vie dont il a riiabitude ; il s'y rend et retourne d'ordinaire dans ses foyers, après une absence ])lus ou moins longue, tandis que les émigrés qui sont allés en Australie, dans la Nouvelle-Zélande, au Canada et au Cap, y trouvent une nouvelle patrie et ne reviennent pas au pays où a été leur berceau. 11 on est de même des colonies Irançaises. Les Hollandais, eux aussi, sont devenus au Cap des lîoërs indépendants, tandis qu'ils restent Hollandais dans les Indes, orientales, à Java, , Sumatra, Bornéo et dans les Celebes, — Hollandais qui sans doute, à l'occasion, quand ils sont mécontents des mesures arrêtées par le Gouvernement de la métropole, prennent une attitude menaçante, mais qui n'en laissent pas moins toujours leurs poings fermés dans leurs [>oclies, car ils savent que toute révolte ouverte, fût-elle réellement couronnée de succès, signifierait pour eux la ruine. La même chose s'applique aux Espagnols des Philippines, parce que ces îles possèdent une forte population indigène. Si les immigrants, dans toutes ces colonies, voulaient secouer la souveraineté de la métropole pour former de nouvelles nationalités, ils seraient tous subjugués i)ar les habitants primitifs, sinon anéantis.

Die deiitsche Kolonialfrage. (La question coloniale allemande.) i8<)7, p. 5-7.

'2. Faiblesse du sentiment national allemand à l'étranger.

On m'objectera sans doute, à présent, que les colonies anglaises des climats tempérés, malgré leur autonomie,

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n'en ont pas moins été et sont encore d'une utilité inestimable pour la métropole et que, par suite, nous tirerions un profit sembkible de colonies du même genre. Je ne puis que concéder le premier point, car personne ne peut mettre en question ce fait; mais quant à la conclusion que les circonstances deviendraient nécessairement les mêmes pour nous, je ne puis y souscrire. Certaines particularités de race, telles que la faiblesse du sentiment national, le manque de fermeté de caractère vis-à-vis des autres nationalités, l'insuffisance de l'esprit de domination, un don supérieur des langues qui nous porte dans nos relations avec des hommes d'un autre parlor à user de leur idiome, une certaine lourdeur et l'habitude <le se courber humblement dans les autres pays devant toute loi étrangère, font qu'il est impossible à un Allemand de fonder en terre étrangère une communauté nationale, s'il n'existe pas des conditions préalables comme celles que nous avons dans nos colonies tropicales d'une forte densité de population. Si, j^i'imitivement, nous avions occupé rAu.stralie à la place des Anglais, ceux-ci n'en auraient pas moins peuplé le pays avec nous et, grâce à leur énergie imj)lacable, à leurs importantes ressources malùtimes, ils en auraient fait une communauté anglaise, tout en laissant les choses suivre un cours pacifique. Et si, même encore aujourd'hui, nous pouvions occuper dans une zone tempérée un pays semblable, au([ucl une jutpuiàtion indigène ferait défaut, finalement, le gros du commerce, c'est-à-dire tout le profit de la colonie, tomberait dans des mains anglaises, ainsi qu<' les Allemands, en effet, ont aidé autrefois vaillanunenl les Anglais et les aident encore aujourd'hui à faire prospérer leurs colonies, toJit en étant devenus et en continuant à devenir Anglais d'après la loi, mais aussi j)ar le vœuv et l'Ame. Dan.s un«^ ([ucKtitm de cette gravité, où un»' ccmnaissance abitolue de soi-même peut seuh* préserver de tout dom-

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mage, nous n'avons pas le droit d'oublier que, pour le moment, nous autres Allemands, nous ne |)ossédons pas encore un sentimenl national suffisamment fort pour pouvoir maintenir notre caractère à l'étranger.

Bien qu'après iSjo il y eut un temps où l'Allemand commençait à prendre à l'étranger l'attitude fière qu'il fallait, il semble bien que ce temps appartient déjà au passé. Avant 1870, il était de règle qu'à l'étranger, dans la maison d'un Allemand qui avait épousé une femme du pays, la langue <'t les mœurs de celle-ci imprimassent leur marque à la vie domestique; vers le milieu des années 1870-1880, au contraire, ou pouvait trouver des Allemands dont la maison était devenue une pépinière de germanisme; les enfants parlaient allemand et la mère — qu'elle fût .anglaise. Française, Brésilienne ou Tahitienne, — mettait sa (ierté à parler allenuin<l. Mais, autant que je sache, ces temps-là sont encore une fois passés. Sauf des exceptions que, pour notre honneur, nous voulons bien croire très nombreuses et qui semblent se rencontrer principalement dans des pays autres que ceux de langue française, l'Allemand établi à l'étranger ne parle que la langue de sa nouvelle patrie, il s'habille à la mode de l'endroit, tire du milieu ce qui est nécessaire à ses modestes besoins, et se soumet, comme il convient d'ailleurs, aux coutumes du pays. Mais il y a plus. L'Allemand (jui a vécu quelque temps au dehors aime toujours à faire parade de son caractère étranger, après sou retour dans la terre natale; il s'y sert, à toute occasion, delà langue étrangère, conserve des coutumes étrangères, un vêtement exotique, et, quand ses moyens le lui [>ermettent, il tire de préférence ce qui lui est nécessaire du pays étranger, où les prix sont plus élevés. Quelle diUérence avec l'Anglais! Avec le seul secours de sa langue maternelle, il traverse le monde ; toujours il s'habille à lu mode anglaise, qui attire le regard, même

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s'il a fait d'une autre terre sa patrie, alin d'étaler sa nationalité, et il commande toutes ses alTaires chez des fournisseurs anglais. Il reste attaché, tout au moins dans sa maison, aux mœurs anglaises. D'ordinaire, dès la <leuxième génération, l'Allemand n'a plus le sentiment de son j^ropre pays natal; par contre, les descendants des Anglais et des Français qui ont immigré en Allemagne depuis des siècles déjà, qui même sont des patriotes allemands d'une mentalité irréprochable, restent pourtant toujours fiers de leur ancienne origine. L'Alleman<l aime à modilier son nom à l'étranger; de « Schwarzkopf » il fait « Hlackhead > — de « Steinweg », « Stineway » — de Muller — Miller; je me garderai de méconnaître d'une façon absolue roi)portunité tie pareilles mesures, s'il s'agit de rendre intelligible dans la langue étrangère un nom impossible à prononcer; mais où vient-il à l'esprit d'un Anglais ou d'un Français d'agir ainsi? Il fait attention à la manière dont les habitants de sa nouvelle patrie prononcent son nom. mais il n'en chauge jamais rortliograplM3.

Ibid., p. 7-9.

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