I. Déçeloppement de la culture allemande aux Etals- Unis
Julius GOEBEL est né à Francfort-sur-le-Mein en 1857. Il a étudié la philologie allemande, la philosophie et l'histoire aux Universités de Leipzig et de Tubingen. Les professeurs allemands sont presque tous inféodés à une politique impérialiste, à la fois servile et arrogante. Mais la pire séquelle, ce sont les philologues germanisants. Traditiomiellement ils affectent d'être teutomanes et grossiers de ton, et gardent les manières de Jahn, d'Arndt et de Karl Miillenholf. Wilhelm Schcrer et Erich Schmidt avaient dépensé des efforts méritoires pour ouvrir leiu- esprit à rintelligence et à la considération des autres peuples et à s'exprimer avec plus d'urbanité. L'œuvre de ces grands Autrichiens, (jui ont enseigné à Berlin, est éminente, mais elle a peu changé les habitudes.
Julius Goebel n'est pas leur élève. Il est venu en Amérique leulomane, et il a tâché d'y acclimater la teutomanie. 11 avait débuté par un pamphlet confus et grandiloquent : Ueber die ZnUunft (insères Volkes (Sur l'avenir de notre peuple, i883). Il a été humble privat-docent à l'université de John Hopkins, de i885 à 1888; puis il a dirigé une entreprise de librairie sans éclat, le Nea'-Yorker Ile/letristisches Journal, de 1888 à 1892. 11 s'est essayé à Stanford University, de likyi à 1905 ; a été lecturer à l'Université de Harvard de 1906 à ii)o8. La modestie de ses travaux scientiliques ne permit pas de le titulariser. Il ne suffit pas d'être né à Francfort pour commenter Gœthe avec autorité, comme Julius Gd-bel essaya de faire en 1901 dans Gœthes Poems, et, en 1907, dans Gœthes Faust. Ces éditions scolaires restent de modestes travaux. De même les mémoires publiés par M. Julius Goebel dans le Journal of Eng'-
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lish and Germanie Philology, qu'il contribue à édiler. I/l niversitc de Harvard dut céder ce professeur à l'Universilé d'illinols, à l'rbaua, près de Chicago, où il enseigne depuis 1908. Il s'y trouve en plein milieu germano-américain. Avec le don d'organisation de ses compatriotes, il s'aperçut aussitôt que l'occasion s'offrait de déchaîner un mouvement politique. In voyageur français, M. Emile ïonnelat, qui a%vu les centres allemands de l'Amérique, a interviewé en 1905, M. llexamer, président du ?iationa/-hnnd allemand, qui lui dit : « La Ligue pangermaniste (Alldeulscher Verband) nous fait des avances. Mais nous ne voulons ici rien avoir de commim avec \Alldeiitticher Verband. {D. « Ce n'était déjà plus vrai. Julius G(El)el a toujours fait partie de la Ligue pangermaniste. 11 a toujours essayé d'y amener ses con\patriotes des Etats-Unis. Le mouvement gernianoaméricain. organisé comme il l'est aujourd'hui, avec ses journaux, ses groupenuMits, sa puissance politique redoutée, fidèle enfin jusqu'au crinie à la patrie allemande, est en grande partie l'o'uvre de Julius Gœbel.
La crainte de la germanisation allemande de l'Amérique, qu'éprouvait Henjaniiu Franklin, n'était pas sans fondement; et si la vie américaine a aujourd'hui une autre pliysionomie <jue de son temps, il faut l'attribuer en première ligne à l'influence des Allemands. Il y a vingt ans déjà, le savant et diplomate de grand mérite qu'a été Andrew I). W'ithe vantait, dans un excellent discours, « l'influence de l'esprit allenuind aux Etats-Unis ». La culture allemande et l'esprit allemand sont l'égide de la liberté : tels sont les accents qui se dégagent clairement de .son exposé liistori([ue. Kt depuis lors, l'influence de l'esprit allemand s'est accrue encore avec l'essor îles Universités américaines, Aujourd'hui, il n'est aucun domaine i\r la haute vie intcllecluelle de i'Anu'ricpie qui ne si>it péui'tré et détiMinine par linflmmce allemaiule. A quoi lendetit, en pré.sencc de ce fait, les hurlenu*nts
(n V. K. T0NNKI.AT, /,"A'.v/>rt/».ii«/i iilti-iiiiindi' hors «i lùirnjn', i<)<)S, p. 4.').
JULIUS GOEBEL »;;
(le la presse antiallemande et les rêveries sentimentales des anglomanes? Que signifie cet essai convulsif de conterenciers anglais ambulants, pous attirer la jeunesse américaine dans le vide intellectuel d'Oxford et lie (lamhiidge, par la chanson de sirène des bourses scolaires de Cecil Uliodes (Rhodes Scholarships)? Pour le penseur américain familiarisé avec l'histoii'e de la haute vie intellectuelle de sa nation, le choix est fait aujourd'hui entre les universités anglaises et allemandes. Ce n'est pas à V Angleterre qu'est confié le prog-rl's de la civilisation humaine dans l'avenir, c'est aux deux nations aUernandc et américaine, unies étroitement par les liens du sang comme par les ejjorts communs de l'esprit le plus élevé. Et les gardiens de ces liens sacrés de l'amitié sont les Allemands d'Amérique. Malheur à l'homme politique qui voudrait les briser d'une main frivole et semer l'hostilité ou même la guerre!
A la lumière de cette vérité, nous avons le droit aussi d'oser jeter uu coup d'œil sur l'avenir du germanisme américain. Ka tant que nationalité autonome, l'élément allemand n'aiira pas en Amérique de consistance durable. Sa langue, elle aussi, ne lui sera à grand'peine conservée qu'aussi longtemps qu'elle sera cultivée, avec bien des ilillicullés, à l'école et à l'église, pour les générations qui grandiront dans la suite. De même que le germanisme, au l'ond, ne s'est uiaintcnu en vie jusqu'ici ({ue par l'apl)oint continuel de l'immigration, de même sa destinée sera scellée, dès que cette immigration viendrait à cesser ou à descendre à des chillres de plu.senplus réduits. Car l'abaissement énorme ilu chill're des immigrés allemands pendant les dix dernières années s'est déjà fait sentir dans tous les domaines de la vie; nulle phrase ne peut avoir ici la prétention de nous consoler de ce recul général.
Si donc le sort du germanisme doit être de succomber
88 l.i: l'ANtiKUMAMSMK COl.ONIAI,
devant la nationalité américaine, dans une lutte ouverte ou sourde, une chance pourtant soll're à lui de maintenir son existence dans le domaine que j'ai déjà indiqué tout à l'heure. En liaison étroite avec l'influence croissante de l'Allemag^ne sur la haute vie intellectuelle de l'Amérique, l'étude de la langue et de la littérature allemande, au cours des vingt dernières années, a pris un essor insoupçonné. Non seulement il n'y a plus aujourd'liui, aux Etats-Unis, un seul établissement (renseignement secondaire où l'étude de l'allemand ne soit pas cultivée, mais elle pénètre même de plus en plus dans les écoles préparatoires, au grand efl'roi du clan des classiques. Celui à qui il est donné de rendre accessible à la jeunesse universitaire d'Amérique les trésors de la littérature allemande et d'apercevoir l'enthousiasme que ces trésors éveillent, celui-là sait qu'il n'est pas au service d'une atl'aire de mode. Il sent que, .sous elle, il y a le pressentiment ou la conscience claire que l'esprit allemand est seul en état (l'a]>|)orter la délivrance au peuple américain, tendu vers ce qu'il y a de plus élevé, et de lui montrer le vrai cliemin de son développement futur.
Or, c'est ici que se rencontrent les meilleures aspirations de la nationalité américaine avec ce que l'émigré allemand vante comme son bien suprême. Car ce qui attache celui-ci à sa nation, ce n'est pas tel ou tel coin de terre de la vieille ]>atrie, non ])lus que telle ou telle chose extérieui'c que le Philistin considère comme allemande, mais ce sont précisément ces biens de l'esprit et de la civilisation qui agissent comme une révélation sur ses concitoyens d'Américpie.
Et il sait (|uc la culture allemandt; et l'esprit allemand sont le renjpart de la liberté américaine. Ce n'est (juc là où l'on réussira dans la rainille allcnjandc, dans l'école ullemaude, à donner le lier scntiin(;nl de la valeur de ces biens et i\ l'aire de ecux-ei mêmes une possession vivante
JULIUS GOEBEL 89
et inaliénable, que la langue maternelle restera, et pai" elle ce qu'il y a de meilleur dans notre nationalité. Car c'est contre elle uniquement que viendra échouer une américanisation superficielle et c'est en elle également qu'Allemands et Américains se rencontreront, comme sur un terrain commun supérieur. L'Américain cultivé qui, à Ibrce de sacrifices, d'argent et de peine, s'est rendu maître de la langue allemande, est absolument incapal)le de comprendre, en ell'et, la grande légèreté avec laquelle l'Allemand rejette le bien de cette langue dont il a hérité.
Julius GoEUEL, Dan Deutschtuni in den Ver-
einigten Staaten (Le Germanisme aux
Etats-Unis), p. 77-79.
go I.K PANGEHMANISME COLOMAI.
C). — ALFUKl) FliNKK
Ai-FRED FUNKE est né à Wei lin gho fen, dans le Wurtemberjj;^, en 1869. II a été voyaijreur et géographe. Il est aujourdhui publicisle politique et romancier à ses heures. Il a beaucoup voyagé dans l'Amérique du Sud, et noiamment au Brésil. Il a rapporté de ses voyages des notes abondantes qu'il a publiées dans Die Besiedlimg' des ôstUchen SCid- Amerika {Le peuplement de V Amérique du Sud orientale, 1903); — dans Deutsche Siedluuic fiber See (Les Établissements allemands transorëarut/ues, iç)02) '• — -■1"-'* Jieutsch-Brasilien (Souvenirs du lirêsil allemand, i()o3t.
Vn traité intitulé Was ist national? (Qu'est-ce </iii est national? igo'i} définit la nuance de son impérialisme.
L' infiltration allemande dans l Amérique du Sud.
Le Rio Grande do Sul est peut-être aujourd'hui l'Etat le mieux administré de l'Amérique du Sud (i); ce n'est nullement un « JÙat d opérette », avec un Gouvernement exercé par des brigands; c'est un pays où le développement de la vie éecmomique et de la civilisation n'est qu'à ses débuts, mais qui prendra un essor insoupçonné dès que le cai)ital européen, au lien de se tenir craintivement sur le seuil, y fera son entrée avec la conscience du but à atteindre. Il viendt-a, ce moment, très cerlainemenl; c'est pourquoi nous devrions comprendre enlin
(I) D'aprcK !«• Maniirl <tn ju^ennanisme à l'élrniiffer [Uandbiwh drs l)entHchtnms ini Aiishittd, ii)(i<»i, il y a ciivinm Tjo.cmh) .Mlc iiiiiiiils nu Hrt-sil, doiil i'xi.immi riniron pour In s(miI<> proviiicc du Hio Ciraïuh" <lo Sul. Voir sur n- poiut : K. 'r<>N.\ni,Ai'. l.'c\i>nii nion alli'iiiandf hors d'iùirope. A. Cnllii, 1908, p. ^)i.
ALFRED FUXKE 9I
qu'il nous faut non seulement maintenir notre position actuelle dans le Rio Grande, mais encore l'étendre. Cela n'est i)ossible pour nous que par un apport de capitaux et d'immigrants. J'ai déjà si souvent l'ait cette exhortation qu'elle finira bien, je l'espère, par tomber sur un sol fertile ; car il est grandement temps que nous agissions, si nous ne voulons pus que d'autres nous devancent. Mais si nous manquons ce moment, il ne faudra pas nous étonner que ces concurrents occupent notre place et que notre propre négligence nous force honteusement à déchoir.
11 faut que le Rio Grande do Sul devienne une terre domaniale pour le capital allemand, pour l'immigration allemande. Nous en avons le droit historique comme le pouvoir. et, en oela, personne ne nous suscitera d'obstacles dans cet Etat, tiint que nous ne nous laisserons pas aller à la tentation d'avoir des aspirations politiques intempestives. C'est là le principe directeur de nos luturs i-apports avec le beau pays situé entre ï^agoa Mirim (i) et l'Uruguay.
Die Besiedlung des ôatlichen Sud- America, mit besunderer Dej'i'iclxsiclitigiin^- des Deiitficlitiitns. Halle, lyoJ {Le peuplement de L Amérique du Sud orientale, et particulièrement les intérêts du germanisme dans ces pays), p. 64.
'i) La l/t^iine Mirim, sur \e lilloral de l'AtlanliqiK^, marque la limite méridionale de la province de Rio Grande do Sul.