‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 65 sur 84 · I9IO · texte numérisé non relu

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Dans le détail, ce tableau général appelle encore des remarcpics de toute nature.

liC lait (jUi' lieux petits l'îtals counne la lielgiijue cl la Hollande, mais qui prennent i»lace en tète di^s pays civiliséN, disposent d'un domaine colonial d'une étendue démesuri'e, n'est encore en soi nullement en contradiction av«*c rcnsemblc des intirèls de I iMii'ope ociidentale. Hien ne pourrait ttrc plus contraire à l'intention de

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l'auteur de ce travail que si, d'un simple rapprochement statistique, on tirait, en Belgique ou en Hollande, cette conclusion qu'une propagande pût être faite en Allemagne pour le démembrement de leurs colonies. Deux choses seulement seront i*appelées : d'abord, au sujet de la colonie belge du Congo, le fait que l'ancien Etat du Congo est une création de traités internationaux et ensuite que les traités internationaux donnent aux puissances contractantes un droit commun de contrôle, quant à la politique suivie à l'égard des indigènes et à la liberté des entreprises économiques et commerciales. Des tendances monopolisiitrices et terroristes, telles que celles qui se sont accusées dans la dernière période de Ijéopold 11, sont en opposition avec les traités et les intérêts généraux de l'Europe occidentale. D'ailleurs, il y a tout lieu d'admettre qu'elles sont loin de la pensée du Gouvernement belge actuel. Sous la réserve de la liberté commerciale et d'une politique d'humanité envers les indigènes, les autres Etats de l'Europe occidentale [)euvent tomber entièrement d'accord qu'une nation aussi capable que la nation belge a le droit de garder, au point de vue politique et économique, la haute main sur la mise en valeur du gigantesque bassin du Congo.

La même chose s'applique au domaine colonial hollandais des Indes orientales et occidentales. A la vérité, il n'y a pas ici de traités internationaux qui assurent aux autres Etats de l'Europe occidentale une garantie spéciale de leurs intérêts. Mais le territoire colonial des Pays-K«is a une situation géographique telle que la métropole se rendra compte très clairement qu'elle ne peut prétendre à la maintenir, à la longue, qu'avec l'aide des autres Etats de l'Europe occidentale. Les (tendances expansionnistes et les moyens d'action des Etats-Unis, du .lapon et, dans un temps prochain, sûrement aussi de la Chine, constituent, pour la petite Hollande, des forces

invincibles, si elle en est réduite seulement à son seul pouvoir. Un simple exercice de calcul doit lui dire que, seule, ou même avec l'appui de quelques-unes seulement des grandes puissances de l'Europe occidentale, elle n'est pas en état de sauvegarder pour toujours ses intérêts en Extrême-Orient ou dans les Indes occidentales. Or, si elle revendique le secours politique de l'Europe occidentale et même, à l'occasion, son appui militaire, elle ne peut l'obtenir qu'en remplissant les mêmes conditions que celles que la Belgique doit déjà consentir dans la colonie du Congo sur la base des traités : liberté commerciale et politique d'humanité à l'égard des indigènes. Ce sont là des conditions qui lèsent tout aussi peu les intérêts de la Hollande que de la Belgique, mais qui peuvent faire naître chez les Etats voisins un intérêt primordial au maintien du domaine colonial hollandais pour la mère patrie. Si^ au point de vue géographique et intellectuel, on peut désigner les Pays-Bas hollandais et belges comme le vrai cœur de l'Europe occidentale, l'intérêt qu'a celle-ci à une union économique, coloniale et politique est en même temps, pour ces deux pays euxmêmes, un intérêt vital, relativement à la progression paisible de leur propre développement. Us n'ont qu'à perdre dans des guerres entre leurs puissants voisins, ils n'ont qu'à gagner dans une entente amiable.

Tout autre est le jugement que l'on peut porter sur le vaste domaine colonial j)ortugais. Jusqu'ici, le Portugal ne s'est pas montré capable de suivre, même approximativement, les progrès de la civilisation de l'Europe occidentale. Si 1 (»n lait abstraction des pays Scandinaves de rextréme Nord, dotés à l'excès de terres inhospitalières, le Portugal prend place, avec l'Espagne, pai-mi les pays de l'Europe occidentale dont la densité de population est au niveau le plus bas, quoique la fertilité de son sol et sa situation éminemment favorable au trafic auraient pu le

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mettre aisément au même rang que l'Italie. Le chillre de l'émigration portugaise et espagnole atteint des propertians démesurées ; mais, loin de se diriger vers les colonies actuelles, elle va vers les anciennes colonies d'Amérique. Vouloir agrandir les colonies espagnoles est une iblie ; laisser subsister entièrement les colonies portugaises sous le pavillon portugais, c'est une tentative de mystification évidente de la part de la Grande-Bretagne, tutrice du Portugal. Le Portugal ne peut se développer luimême, à plus forte raison ses colonies. Il a beau se réserver pour l'avenir tel ou tel point d'appui au delà des mers ; il ferait bien, dans son propre intérêt et moyennant une indemnité pécuniaire convenable, de céder la grande masse de ses possessions à d'autres qui en aie/it réellement l'emploi et sachent en faire quelque chose. Il est de l'intérêt commun de l'Europe occidentale que cette demande soit formulée sans aucun détour. Sa réalisation jieut former la base d'une entente qui permettrait de prendre en considération les grands besoins coloniaux de l'Allemagne et de l'Italie. (]ar, ainsi que le montre notre tableau, il ne peut y avoir aucun doute qu'actuellement l'Italie et l'Allemagne, comi)arativement à leur forte densité de population et à leur besoin relatif de ravitaillement, doivent avoir, tout d'abord, des garanties coloniales plus fortes.

A la vérité, l' Autriche-Hongrie, par comparaison avec la France, serait également fondée à élever de grandes revendications, surtout si l'on fait entrer en ligne de compte l'important accroissement de sa population vis-àvis de la stagnation française .

Cependant, la double monarchie danubienne n'a pas accusé, jusqu'ici, de desseins d'agrandissement au delà des mers. Pour le moment, ses intérêts sont de s'assurer une situation privilégiée dans le Sud-Es*de l'Europe. La liberté de mouvement économique et le centre de gravit

politique que rAutriche-Hongrie jugera bon d'acquérir dans les États balkaniques et en Turquie d'Asie doiveni lui être accordés à tout prix, en particulier vis-li-vis (le la Russie, dans l'intérêt général de l'Europe occidentale. Tout spécialement, il ne saurait taire le moindre doute jK)ur l'Allemagne que les intérêts de TAVitriche, à cet égard, doivent être considérés par nous comme des intérêts allemands. Et ceci, non pas seulement parce que les Allemands, par leur nombre et leur culture, jouent dans la monarchie danubienne un rôle émiment, mais aussi* avant tout, parce que, en face <lu colosse russe dont les forces intérieures croissent constamment, nous avons besoin tout aussi impérieusement d'une forte monarchie groupant l'Autriche et la Hongrie, et que celle-ci ne peut se passer d'une Allemagne forte. Ceci dit naturellement sans vouloir faire montre <1<' tendances agressives contre la Russie.

Dans l'hypothèse où les intérêts de l'Autriche-Hongrie seraient assurés aussi lai-gcnient que le souhaitent, provisoirement, ceux qui y s<mt le plus directement associes, !a «lisproi>ortiou flagrante des possessions coloniales enti-e l'Angleterre et la France d'une ])art, l'Allemagne et l'Italie d'autre part, constitue actuellement la source la plus dangereusie de complications à l'intérieur de ri<!urope. Cette disproportion est d'autant plus mena- <;ante qu'elle subsiste non seulement en fait, mais cpi'elle a une t<;ndance à s'étendre «la vantage.

Ibid., p. 27-3i.

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