‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 68 sur 84 · GERHARD HILDEBRAND · texte numérisé non relu

GERHARD HILDEBRAND

d'arrêt ou de recul d'autres pays impoi'tateurs et exportateurs, temps qu'il faut sans cesse prévoir. Alors serait considérablement diminué le danger qui menace l'activité économique du peuple allemand, par l'émancipation industrielle de plus d'un de ses aclieteui's, 2>ar un régime de . faveur fait à ses concurrents dans les sphères d'influence; de ceux-ci, par le détournement des approvisionnements que lui avaient faits jusqu'ici ses fournisseurs, vers l'Amérique du Nord, l'Asie orientale et l'Australie.

Mais l'Italie ne pourra pas non plus, à la longue, se tirer d'aflaire avec les domaines coloniaux qu'elle a <'us jusqu'ici, môme si elle réussit à ad'ermir et à étendre son influence en Tripolitaine. L'Italie ne consentira pas toujours à rester dans l'état actuel qui consiste pour elle à fournir des terrassiers au reste de l'Europe occidentale et des moissonneurs à l'Argentine. On pourrait songer, par exemple, à mieux doter l'Italie, qui recevrait le Somaliland français et bintanniquc et gagnerait par là la pré- ])oudérance dans le trafic avec l'Abyssinie. Si, en échange, l'Angleterre réclamait le tei'ritoire portugais compris entre le protectorat du Nyassa et la Rhodésie méridionale, et la France, la Gilinée portugaise, il y aurait à peine, à cet égard, une objection à opposer.

Mais à tous les projets de ce genre on peut; avec raison, adresser le reproche de n'être que des chimères politiques. Nous ne tenons pas, ici, à nous poser en arbitre de l'EuTOpe occidentale, vu qu'un rôle de ce genre serait, en tout cas, des plus ingrats. La seule chose qui nous importe, c'est de souligner de la façon la plus énergique ce fait incontestable que des pays comme l'Italie et l'Allemagne ont une situation mauvaise au delà de toute expression, eu égard à leurs besoins et en comparaison des gigantesques possessions de l'Angleterre et de la France; qu'une jmissance coloniale comme le Portugal ne peut être fondée à s'opposer à des pays infiniment

plus développés, en tant que possesseur de droits légitimes, et en vertu de l'acquisition de grands domaines coloniaux due au hasard de l'histoire. Amener l'Angleterre et la France à ce sentiment de la situation, c'est la seule possibilité qu'on aperçoive d'arriver à un accord quelque peu satisfaisant.

Si l'on continue, comme jusqu'à présent, à traiter les ]>roblèmes internationaux du point de vue nationaliste et capitii liste, i'atalement de nouvelles inquiétudes continueront à se produire. Tout à coup surgit une réclamation quelconque qu'on avait à peine pressentie jusque-là; d'autres se sentent lésés, menacés; la diplomatie engage uu marchandage et un brocantage, avec les baïonnettes à Tarrière-plan ; les journaux y joignent une musique belliqueuse à grand orihestre et, avant qu'on y ait pris garde, ri"]urope est au bord de l'abîme. Gela n'est pas digne de p<'uples qui marchent à la tète de la civilisation. Mais on ne peut j)as écarter ces choses, si l'on se borne à oj)érer cas par cas, ou même si l'on cherche à rendre efiicacela propagande pacifiste, infiniment précieuse et nécessaire, sans tenir compte de la situation réelle, en protestant simplement contre l'excitation à la guerre ou en proclamant sur un ton déclamatoire une volonté de paix abstraite. Le premier pi*océdé est suivi par les diplomates européens ; l'autre par les ouvriers européens, sous l'inlluence d'une direction inintelligente et d'a|)parence radicale. Les uns et les autres travaillent inconsciemment à se mettre des bàlons dans les roues et c'est toute riùirope (jui en p;Uit, y compris tout d'abord la classe ouvrière européi inn*.

Par contre, la procédure socialiste consiste à l'aire connaitre et ]ir«;ndre en considération la situation et les besoins de tous k's membres parliculiei's <lc la communauté des ËtatH de l'Europe occidentale ; c'est-ùnlire, dans le cas qui nous occupe, à l'aire valoir le droit dos puis-

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sances do la Triple-Alliance à être traitées sur le pied tl'ég-alité. Sans doute, on pourrait concevoir un autre règlement plus radical de la question : l'union douanière de la communauté des Etats de l'Europe occidentale. Si cette union douanière venait à se réaliser, non seulement les difficultés coloniales, mais beaucoup d'autres encore pourraient être écartées. Aussi ne pourrait-on qu'applaudir de la façon la plus vive au mouvement ouvrier de l'Europe occidentale qui inscrirait, dans son prog:ramme et son action, la réalisation de cette union douanière. Mais, d'une part, les idées relatives à la question douanière sont encore peu éclaircies et, d'autre part, la simple expérience de l'histoire m<mtre aussi que de grandes treinsformations historiques ne peuvent être menées à bonne fin que lentement et pas à pas, par des moyens pacifiques, les seuls ici qui soient en cause. L'union douanière de l'Europe occidentale serait une transformation de tout premier ordre et d'une immense portée, qui ouvrirait un nouveau chapitre dans l'histoire du monde. Mais avant que les circonstances et les hommes soient mûrs pour cette idée, il s'écoulera encore quelque temps. Une fois que les peuples de l'Europe occidentale se seront entendus, dans le sens socialiste, au sujet d'une question aussi importante que la question coloniale ; qu'on aura réussi à écarter les conflits qui durent depuis de longues années, peut-être alors d'autres ententes réussiront-elles plus vite. C'est pourquoi la consécration de l'égalité des droits en matière coloniale n'exclut nullement ce but plus élevé ; elle aplanit le chemin qui y conduit, mais elle crée aussi en même temps des garanties, au cas où ce chemin s'allongerait encore longtemps. Et il faut que ces garanties soient là. Elles sont également nécessaires pour cet autre cas où la consécration de l'égalité coloniale ne pourrait pas être obtenue, sans plus de difficultés, par une entente

ai2 LE PANGERMANISME COLONIAL

amiable. Aussi ne serait-ce pas faire une démarche antisocialiste, ni retomber dans les tendances nationalistes, ou protéger les intérêts particuliei's des capitalistes, en ce qui concerne les ouvriers des pays déshérités au ]>oint de vue colonial, l'Allemagne et l'Italie, que de déclarer dans la situation présente : Nous sommes pour la paix, mais uniquement pour une paix fondée sur l'égalité des droits. Nous devons à l'avenir de notre i)euple, à l'avenir de nos enfants de mener à bonne fin et de réaliser la sécurité coloniale pour la vie économique des peuples déshérités, quelle que soit l'importance des obstacles et qu'ils viennent de n'importe qui ! Ce ne serait pas là du nationalisme ni du chauvinisme, mais simplement un acte de défense personnelle. Ce serait une attitude nationale, au sens où l'obligation pour le mouvement ouvrier d'assurer les conditions d'existence de chaque peuple est nationale ; ce serait donc un pas, actuellement nécessaire et salutaire, vers le socialisme.

Ibid., p. 5<)-63.

Pail ROHHBACH

LE NATIONAL-LIHÉIIALISME LM1»i':HIALLSTE

Nous avons déjà rencoulrôM. Paul UOIIR15ACII au volume (lu Pau germanisme continental^ p. 2G<). Nous n'avons pas ù redire sa vie et les tendances générales de sa doctrine pangermaniste. Il faut cependant ajouter ici que ce publiciste, Livonien comnu' Sdiiemann, et ancien théologien comme Frie<lrich Naumann, est tout particulièrement compétent en matière coloniale. De 1897 à 1902, il a voyagé en Russie, en Perse et en Tur([uie. De i<)o3 à 190O, il a séjourné dans l'AlH- (pie occidentale allemande, en qualité de membre de la Commission impériale pour l'élude du [)euplement de la colonie. En lyoS, il i)arcourut le Cameroun et le Togo; et, après un voyage en Extrême-Orient, revint j)ar l'Afrique orientale allemande. En 1910, il a revu l'Afrique occidentale allemande et la Chine.

Il a rendu compte de ses observations dans bien des ouvrages. Nous citerons : In Tiiran und Arménien, aiif den Pfaden russisc/ter Weltpolitil; \l)ans le Touran et en Arménie sur le* «entiers de la itolitique mondiale russe, 1898) ; — In Vorder-Asiefi (Dans l'Asie antérieure, 1901) ; — Die liagdad-Balin {Le chemin de fer de Bagdad, 1901) ; — Die wirlschaftliche Bedeutiing West-Asiens fL' iniporiance économique de l'Asie occidentale, i(\iyj); — ]'om Kau/aisus zum Mittelmeer {Du Caucase à la Méditerranée, i9o3); — Die russifche Weltmacht in Mittel-und in ^^est-Asien (La puissance mondiale russe dans l'Asie moyenne et occidentale, 1904) ; Deutsch-Sûd-i^'estAfrika, ein Ansiedlungsgebiet (L'Afrique sud-occidentale allemande comme colonie de peuplement, igoSj; — Deutsche Kolonial- Wirlschaft (La gestion coloniale allemande, 1908J; Deutschchinesische Studien (Études sur les relations de l' Allemagne et de la Chine, 1909) ; — Um Bagdad und Babylon (Autour de Bagdad et de Babylone, i9o<)) ; — Deutsche Knlturaufgaben

in China [Les tdchea civilinatrices de l'Allemagne en Chine, 1910).

Les thèses essentielles de ces ouvrages sont résumées dans deux ouvrages, dont le succès lut prodigieux : Deutscliland iinter den \\ eltviilh'ern (L Allemagne et son rang parmi les nations mondiales, uf mille, 191 1); et Der deutsche Gedanke in (lev \Velt (L'Idée allemande dans le monde, So'^ mille, 1912 . Kohrbach a prêché les mêmes thèses sans rehlche, depuis des années, dans des conférences inliniment goûtées. Il a retrouvé son succès habituel par une brochure, parue depuis la guerre, intitulée : Vnsere koloniale Zukunftsarbeit (Xotre tâche coloniale fatnre^ 6" mille, 1915). Cette tâche consiste à « reconstruire » tumbauen) l'Afrique, l'Asie Mineure et la Chine. La pensée de Rohrbach, c'est que. la guerre d'aujourd'hui sera décidée en Orient. L expcklition que l'Allemagne rêve en Asie Mineure et (jui, avec l'aide? de la Turquie, chasserait TAngleterre d Egypte, est une idée due à Paul Rohrbach. 11 n'y a pas «l'écrivain ({ni ait eu plus de crédit dans les milieux gouvernementaux allemands, ces dernières années.

Paul Rohrbach est un des collaborateurs attitrés des /Ve//ssische Jahrhiicher, la vieille revue de Treitschke et du national-libéralisme })russien. Il édite avec Krnst Jaeckh la Deutsch-Asiatische ( Corresponde nz-, périodique destiné à entretenir les relations ('conomiques et politiques avec les Allemands d'Extrême-Orient .

I. Pourquoi r Allemagne a dû passer de la politique européenne à la politique mondiale.

Le fait Ibndamcntal sur lequel reposait la politique bismarckioime, c'est qu'à l'époque de la loudation de 1 lOmpire et inènic encore quelque temps après, l'Allemagne était un État dont les intérêts vitaux directement perceptibles coinmeucîiteiil à j)eine à ([('passer les frontières de rKur<)p(». Si donc la niailrise de liismarck résidait dans l'influence cpi'il exer(;ait sur les grandes circonstances (le la jiolKique, au sens et dans l'intérêt de l'Alleinagn(', il n'était ici questi(m pour nous (pie de politique européenne. Aujourd'hui, pai* contre, la (pu'stion n'est plus de savoir, comme auti'efois, de (pielle

vjlVL rohkhach îii.»

façon l'Allemag-ne fera valoii* ses intérêts en Kurope. Aujourd'hui, comme nous le savons tous, cette question est tout autre. Aujourd'hui, iJ s'agit de se rendre compte clairement que nous sommes tenus de nous maintenir dans la politique mondiale et jiarmi les peuples du monde qui i'ont de la politique mondiale; que nous ne devons pas nous laisser refouler dans le groupe des nations simplement européennes, de la sphère desquelles, en fait, nous sommes déjà sortis, et dont la situation hors d'Europe est réglée par les Etats préjx>ndérants.

Quelles sont les circonslan<*<'s qui ont produit celle transformation intérieure de notre situation politique et par quels faits s'est-elle depuis lors manifestée ?

Deiiuis la jiaix de Francfort, le mouvement de la population de l'Allemagne oÉl're extérieurement le tableau suivant.

Dans le cadre des li^ontières de iH;;!, l'Allemagne possédait :

En 187 1 41 > ï millions d'habitants.

— i8go 49>4 —

— 1895....' rvj,3 —

Que représente une pareille augmentation de population pour nos intérêts, dont le développement nous a fait sortir du champ d'action de la simple politique européenne pour nous faire affirmer une volonté politique de peuple mondial?

C'est surtout dans la période comprise entre la fonda-

tion de l'Empire et le temps présent que se place le moment critique qui décida de la ti*ansformation de l'Allemagne; d'un jJ^ys exportateur de produits agricoles, ayant par une partie essentielle de ses intérêts économiques un caractère rural, celle-ci devint un pays industriel. En l'année 1870, non seulement la production agricole de l'Allemagne suffisait entièrement à la nourriture des 40 millions d'hommes que nous comptions alors, mais il restait un excédent considérable de céréales pour l'exportation. La transition de l'exportation à l'importation en céréales se place, pour l'Allemagne, dans les premières années qui suivirent i88o, alors que le chiHre de notre pojiulation s'était -élevé de 5 à 6 millions audessus du niveau où il se trouvait au temps de la guerre franco-allemande. A la vérité, l'on ne doit pas non plus se figurer que, dans le second et même dans le premier tiers du xix* siècle, l'Allemagne comptiiit parmi les pays à matières premières proprement dits, qui principalement par leur production en céréales et les autres richesses du sol tenaient une grande place dans le commerce mondial. Pendant la pi^emière moitié du siècle précédent, l'Allemagne a exporté d'importantes quantités de céréales, de laine, de bois et autres choses du même genre ; mais, par contre, elle a importé, par quantités plus grandes encore des j)roduits naturels des pays étrangers, sous forme de matières i)remiîres pour son industrie qui existait déjà à cette époque; il en résulta, dans l'ensemble, un excédent, non d'exportation mais d'importation.

Lu IrausfornuUion «l'un pays exportateur en i)ays imix)rtuleur de céréales n'implique pas encore le changement fondamental d'un Etat agricole en Ivtat industriel ; elle est néanmoiu.s un signe caractéristitiue de cette révolution. Aushi loin que nou.s jmissions suivre par la statistique le commerce extérieur de l'Allemagne,

PAU I. ROM H BAC I r ai 7

ou tout au moins de la Prusse, les cliiffres montrent toujours qu'au cours de tout le xix'- siècle, l'Allemagne a été dans une certaine mesure, quoique fort modeste encore au début, un Etat industriel exportateur; en ce qui concerne les produits du sol, son importation a toujours été beaucoup plus grande que son exportation, tandis que pour les articles industriels, l'exportation a dépassé, au contraire, l'importation. La pauvreté du sol allemand a l'ait qu'autrefois déjà, il était impossible aux habitants de notre patrie de payer à l'étranger par des produits naturels ceux qu'ils en tiraient, sous forme de comestibles, de denrées coloniales ou de matières premières ; pour les produits agricoles qu'ils recevaient, il leur fallait offrir eu grande partie des articles de l'industrie allemande, eu particulier des tissus. L'exportation industrielle qui, après le rétablissement de l'Empire, marque une évolution de plus en plus rapide dans l'activité économique du peuple allemand, n'était donc pas quelque chose d'absolument nouveau pour l'Allemagne. Mais, ce qui seul était nouveau et inouï, c'est le rythme de cette extension de l'industrie d'exportation depuis 1871, et spécialement dans les vingt dernières années du siècle. Avant la fondation de l'Empire, l'excédent d'exportation des articles industriels ne s'élevait qu'à quelques centaines de millions de mark ; à la lin du siècle, au contraire, il se montait à plus d'un milliard et demi.

Le rapide accroissement du conunerce extérieur de l'Allemague, qui a pris une si grande avance sur celui de la population, vient aussi confirmer la conclusion naturrlle que nous avons dû tirer déjà de l'excellent de l'importation sur l'exportation : l'extension de prospérité de notre peuple. En 1880, l'exportation l'emportait encore quelque peu sur l'importation ; en 1899, l'excédent d'importation s'élevait en chillres ronds à t. 400 millions et en 1909, à plus d'un milliard ''.t demi. Pour l'Angleterre,

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plus jîrospère encore que l'Allemagne, le bilan commercial se solde par un passif relativement plus grand. La compensation s'établit, de même que pour les Anglais, par les revenus de capitaux que nous recevons de nos débiteurs étrangers, par le profit que des placements de capitaux allemands à l'étranger tirent d'entreprises commerciales et industrielles et enfin par les bénéfices des armateurs allemands pour le transport par mer de mar chandises étrangères. Xous augmentons donc non pas seulement le chiii're de notre population, nous agrandissons non pas uniquement notre commerce en soi, dans une mesure correspondante à cet accroissement de po])ulation, mais, par suixiroît, notre prospérité s "étend aussi peu à peu; dès lors, nous sommes de plus en plus portés et contraints à développer le nombre et l'étendue de nos intérêts économiques dans le monde.

Deutschland iinter den Weltvôlkern (^L' Allemagne au rang des peuples qui dominent le monde), 191 1, p. 9-i3.

1. Nécessité pour l'Allemagne de conquérir des débouchés économiques à l'étranger.

Depuis l'époque de la fondation de l'Empire, et en particulier depuis la lin de la première décade qui a suivi la paix de Francfort, l'importance du commerce avec l'étranger, (jui est, pour une part de beaucoup la plus grande, un commerce maritime, s'est accrue j)our rAUeuiagne à un double point de vue : nous avons besoin, en premier lieu, des l)énéfices de ce comineivc pour nourrir la totalité de l'excédent croissant de notre p<>|mlaliou et, en second lieu, poui* maintenir tl'mie favon durable l'amélioration générale de notre train de vie, vu

PAUL ROIIRBACII 2I<)

tant que nation, — amélioration qui a commencé déjà à être i^réparee au cours des dernières décades — et pour continuer à la développer, à l'instar des autres grandes nations mondiales. L'accroissement des relations commerciales de l'Allemag-ne est, de son côté, naturellement dans le rapport le plus étroit avec le progrès de l'industrie. Il serait oiseux de produire ici par des chill'res de nouvelles preuves de cette augmentation de production pour la houille et le fer, jjour les tissus, les macliines, les produits chimiques, etc., de 1871 jusqu'à nos jours. Jusque dans les grandes couches de la nation, une certaine conscience des énormes progrès que nous avons réalisés à cet égard est déjà devenue chez nous, d'une manière ou de l'autre, le bien de tous. Mais ce qui €st loin encore d'être devenu suffisamment un bien commun, c'est la conviction ou l'instinct que tout ce pi'ogrès matériel est lié indissolublement, d'un coté, au rapide accroissement du chilire de notre population, et, de l'autre, à l'augmentation et au renforcement de nos intérêts vitaux d'outre-mer. Au point de vue économique, nous nous trouvons au tout prenier rang des peuples mondiaux. En l'année 1909, le commerce extérieur spécial de l'Allemagne, sans les métaux précieux, représentait, tant pour l'exportation que pour l'importation, une valeur de plus de i5 milliards de mai*k, contre () milliards et demi à i)eine pour la France, presque '20 milliards jxjur l'Angleterre, i3 milliards 3 4 pour l'Amérique du Nord et un peu plus de 3 milliards et demi pour la Russie. H y a vingt ans encore, nous venions après la France. D'après l'extraction de la houille et du fer, le trafic maritime, le nombre des broches de coton et les autres bases d'évaluation du dévelopiiement économique, nous formons, en compagnie des Anglais et des Américains, le premier groupe de tous les peuples du • monde; même les nations les plus avancées parmi la

aaO LK PAXGER^IANISME COLONIAL

ibule des autres qui suivent, se tiennent à une grande distance. Mais quand se pose la question de savoir si la nation dans ses profondeurs a le sentiment exact des intérêts politiques mondiaux corres^jondant à la grandeur de l'activité économique mondiale de l'Allemagne, notre peuple est encore dans l'enfance de la politique. C'est là une situation bien faite pour nous remplir d'une grave inquiétude. D'un côté, nous voyons notre rapide augmentation numérique et la nécessité sans cesse grandissante de vivre en cultivant et en développant nos relations économiques avec les pays ou continents d'outre-mer; de l'autre, il apparaît que les difficultés qui semblent menacer notre succès matériel parmi les peuples mondiaux, résident non seulement dans des résistances ou des gènes extérieures, mais aussi dans l'attachement de vastes milieux à un étiolement de pensée politique.

11 n'est pas difficile de prédire qu'en 1925, par conséquent à une époque que la grande majorité de la génération présente est appelée k voir, l'Allemagne pourra posséder, dans le cadre de ses frontières politiques actuelles, près de 80 millions d'habitants. Pour nous qui sommes d'aujourd'hui, 1926 est une date sensiblement plus rapprochée que 1870; c'est un terme qui, ])olitiquement parlant, rclèv»^ d'un avenir dans letpicl il faut loinprendre ])rati<piement aujourd'hui et demain. Beaucouj) des combattants de la grande guerre vcri-imt encore cette date. Qu'un lujmme, pendant la phase de sa vie où il est capable de j)enscr et d'agir au ix>int de vue politique, où il assiste sciemment à rinsloire de sa patrie, ait vu le chinVe (le son peujjle doubler dans les limites des mêmes frontières polititjues. : c'est là un phénomène suns exemple, abstraction faite de l'Amérique du Nord et de la Uussie, p«>ur h'S(juclles s'ajoute le facteur d«^ l'immigration ou d(^ la contpiéte...

Si dcH ù présent nos intérêts dans le monde sont beau-

PAUL nOIIIlIlACII 221

couj) plus considéral)les que la grande majorité d'entre nous jusqu'ici n'en a eu le sentiment, qu'adviendra-t-il alors de la future Allemagne de 1926, avec ses 80 millions d'habitants? Dans une situation comme celle qui régnera chez nous à bref délai, on peut affirmer que notre sol et notre climat permettent difficilement de produire la nourriture de plus de 5o millions d'hommes. Il nous faudra donc, dans l'avenir, acheter du pain à l'étranger, non j)as ]»our un sixième ou un cinquième d'entre nous, mais pour près de moitié. Avec quoi paierons-nous ce pain? (iClui qui achète à l'étranger est bien forcé de donner en échange ([uciquc chose qui lui appartienne en propre : de l'argent ou des marchandises ; or, c'est à peine si nous possédons un seul produit naturel que nous puissions exporter dans une mesure suffisante pour servir «l'équivalent sérieux à ce pain demandé à l'étranger. Nous n'avons ni métaux précieux en quantité notable, ni plantes utiles de valeur, ni charbon, ni fer, ni minerais (Ui superflu. H y a plus encore : nous ne produisons, dans notre [)ropre pays même, [)resque aucune des matières premières nécessaires à notre industrie, en quantité suffisante. Nous importons du fer, du cuivre, de la laine, du lin; nous ne i)ossédons pas un fil de coton ou de soie, sans parler d'autres matières d'un besoin moins urgent. Le seul moyen que nous ayons de nous nourrir et «l'acheter de la nourriture à tous ceux pour qui l'Allemagne n'en ])roduit pas, c'est d'imi^orter ces uiatières premières de l'étranger, de les travailler, de les affiner, de multiplier la valeur des produits qui en sont formés, comparativement à la matière brute, et ensuite de nous faire payer cette plus- lvalue que notre travail a donnée à la matière première par d'autres peuples qui ont besoin de nos ])roduits. Lu autre moyen est de faire travailler pour nous à l'étranger, sous une forme quelconque, l'excédent de notre capital disponible

aa-J LE PANGERMANISME COLONIAL

et d'«'n importer le revenu net, comme tribut des autres peuples envers nous, en argent ou en valeurs. Dans Jles deux cas, c'est notre ingéniosité, notre intelligence, notre éducation scientifique, technique et industrielle, ce sont nos œuvres, nos progrès sociaux et hygiéniques qui, travaillant pour nous sur le marché mondial, nous font vivre. Mais que de cette façon nous en soyons réduits à viçre de V étranger, c'est un fait que rien ne peut écarter, ni les indignations et avertissements, ni les déclamations ou les enquêtes. C'est à 900.000 hommes que s'élève chaque année l'augmentatitm du chirtre de notre population. Nulle sagacité et nul ellort ne peuvent faire sortir du sol de l'Allemagne la nourriture qui leur est nécessaire. Chaque année, le nombre de ceux qui seront forcés de manger leur pain acheté de l'étranger, s'accroîtra bientôt d'un million. Quiconque est dans l'impossibilité de faire disparaîti'e ce million est tenu de répondre à cette question : ^ Comment concevoir un moyen de le nourrir, sinon par le bénéfice net de notre industrie qui affine les matières pi*emières aclietées de l'étranger et se trouve dans la nécessité de revendre au dehors le plus possible de ce qu'elle produit elle-même, ou bien par des capitaux qu'elle a créés, travaillant à l'étranger? »

S'il en est ainsi, toutes les questions de politique extérieure se ramènent pour VAllenini>ne à la création et au maintien de débouchés à Vétran}>er, eest-à-dire, en première ligne, dans les pays d'outre-mer. Bon gré, mal gré, il faut donc nous liabituer à ap])liquer à notre pensée politique les mêmes principes (|ue les Anglais.

Ibid., p. i5-ao.

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