Importance du chemin defer de Bag-dad pour V Allemagne
Nous avons déjà indiqué que la politique de l'Allemagne, visant au maintien d'une Turquie vigoureuse, et celle de l'Angleterre, dont les intérêts sont opposés, se heurtent en un lieu déterminé de l'Empire ottoman : dans la contrée de Bagdad et sur le chemin de fer de Bagdad. Pour maintenir la domination turque en Asie, dans son étendue actuelle, c'est-à-dire avant tout la sécurité de la Syrie, des pays du Tigre et de l'Euphrate, des provinces arabiques avec les villes saintes, il est indispensable d'établir une voie ferrée mettant en communication le réseau des lignes d'Auatolie, de la Syrie et de l'Arabie, d'une part ; la Mésopotamie et le pays de Bagilatl, d'autre part; de construire la ligne de La Mecque et celle de Bagdad. La réalisation de ce double projet montre avec une clarté évidente que l'Allemagne est la puissance dont les intérêts sont le plus nettement opposés à l'anéantissement et au démembrement de la Tur- (|uie. Toute perte de territoire, principalement en Asie, que la Turquie pourrait encore subir maintenant, et en première ligne, naturellement, son partage entre l'Angleterre (Mésopotamie), la Bussie (Arménie et Asie mineure), la France (Syrie I et l'Italie (Tripolitaine), fermerait totalement ces contrées au labeur et au bénéfice économique de l'Allemagne, ou rétrécirait notre action (le la façon la plus sensible. Au contraire, rien ne pourrait être plus avantageux pour nous, agissant de concert avec l'Autriehe, que la réalisation de cette idée d'un système de deux voies traversant la Syrie et la Mésopotamie dans toute leur longueur et se raccordant au réseau
de I'Anatolie, pour se séparer près d'Alep par la ligne de Bagdad et celle de La Mecque...
Une bonne partie de l'avenir de l'Allemagne est en Turquie d'Asie, à condition de réussir à y maintenir, dans une mesure nécessaire, l'intégrité de l'organisme ottoman. Comme il a été dit expressément, notre attitude politique à l'égard de la Turquie se distingue de celle de toutes les autres puissances européennes en ce que nous ne demandons pour nous, en toute sincérité, nulle parcelle du territoire turc, pas plus en Europe, qu'en Asie ou en Afrique; mais nous avons simplement le désir, d'accord en cela avec notre intérêt, de posséder en Turquie, son territoire l'ùt-il ou non limité à ses possessions asiatiques, un débouché et une source d'approvisionnement en matières premières pour notre industrie, sans vouloir par là faire valoir vis-à-vis des nations avec lesquelles nous sonunes en concurrence d'autre droit que celui de la a. porte ouverte » sans condition. La question de savoir quand la ligne de Bagdad sera finie et dans quel rythme s'cllecluera la renaissance économique des pays traversés par elle, peut éveiller plus ou moins le scepticisme; mais l'on ne saurait douter de l'immineuce de cette renaissance; en ce qui nous concerne, nous ne pourrions guère commetlre de faute plus grande ([ue de ne pas essayoi- iW. nous eu assurer une partie, en liant notre action au renforcement politique et économique de la Turquie qu'on peut attendre de ce chef.
Ibid., p. Siô-Sij.
f^. Médiocre avenir d'une colonie allenuindv de pntphnicnl en Turf/ nie.
Il y a «lis raisons d'orilti^ [)olilique vl prati(jur beaucoup plus (b'cisivrs nicr.rc (juc h'S cojulilions clinialé-
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riques. On peat résumer ces raisons en disant que la Turquie, pour l'amour d'elle-même, ne consentirait sans doute pas à l'établissement en masse de colons étrangers sur son propre sol. Qu'on imagine la chose comme on voudra, elle aboutirait fatalement, d'une manière ou de l'autre, à un antagonisme entre l'intérêt politique de la Turquie et celui des colons. Dès la première question qui se pose naturellement, le caractère de la difficulté apparaît clairement; les colons allemands que l'on a en vue seront-ils, en Turquie, sujets allemands ou turcs? Du point de vue turc, la première possibilité est inconcevable. Si nombreux que soient les avantages matériels économiques qui puissent découler pour la Turquie d'une colonisation allemande florissante, y eût-il môme (chose bien invraisemblable) parmi les dirigeants de Stamboul assez de personnalités qui soient à même d'apprécier le côté économique de l'affaire, nul État ne peut supporter à l'intérieur de ses frontières des centaines de mille de sujets étrangers avec leur propre législation, leur propre nationalité, leur propre religion, en possession d'une culture supérieure et jouissant, en droit comme en fait, d'une situation privilégiée. Mais pareillement, il est difficile de penser que les colons allemands puissent devenir purement et simplement des sujets turcs. Qu'ils passent sous le régime du droit civil turc, en particulier du droit foncier, ce serait, sous certaines réserves, chose admissible, et c'est ce qui a lieu, en effet, dès aujourd'hui en Turquie, quand il s'agit d'établissements de domicile et d'acquisitions faites par des sujets de nationalité étrangère; mais si on fait un pas de plus dans cette voie, on commence à se heurter à des impossibilités. Les gens sont-ils devenus sujets- turcs, nous n'avons plus alors aucun droit de continuera nous immiscer dans leurs raj)ports entre eux et les Turcs. Le gouvernement de Constantinople, ou les tribus nomades insoumises ne pour-
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l'aient disposer des colons à leur guise et finalement il ne resterait plus à ceux-ci, comme unique moyen, que la résistance armée ou une nouvelle émigration. En pareille circonstance, l'expérience enseigne que les contrats de paj)ier ne servent absolument de rien. En tout cas, il faudrait que les colonies allemandes s'étendissent sur un territoire d'une certaine superficie, en masses compactes, naturellement, et avec le plus de cohésion possible. 11 se formerait ainsi une série d'enclaves étrangères, telles de petites îles, au milieu de la population indigène. Si malgré toutes les hésitations, on tentait d'en créer, il faudrait que ces enclaves fussent pourvues, vis-à-vis des habitants du pays, de tous les privilèges voulus, relativement à la juridiction, à l'autonomie administrative, au service militaire, etc. Par là on aboutirait à des tiraillements sans nombre avec les indigènes, dont la situation vis-à-vis de leur propre Gouvernement serait beaucoup plus désavantageuse. On a beau prendre et examiner la chose par n'importe quel côté, dès qu'on se représente la réalisation pratique même des seuls débuts, on se heurte partout à des difficultés qui interdisent tout simplement aux Turcs, en se plaçant à leur point de vue, de s'arrêter sérieusement un seul instant à cette pensée de colonies paysannes allemandes de grande envergure. Tant que la Turquie sera un organisme politique indépendant, elle ne peut donc songer à autoriser l'immigration en masse des étrangers. Tout ce qui se dit en Allemagne en faveur d'une colonisation paysanne en Turquie, accroît plutôt à un très haul d(»gré les difficultés do la tâclie de notre représentati«>n politique à Constantinople, cl diminue également les chances de tout autre mode d'emploi des capitaux allemands ou de l'esprit d'entroprise allemand en Turquie. Tant qu'il y aura chez nous des gens <iui rêveront et j)arIeront «le colonies allemandes en Asie Mineure ou en Mé8oj)otamie, il ne faudra pas en vouloir
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aux Turcs — en se plaçant à leur point de vue — s'ils flairent derrière tout projet poursuivi pat les Allemands sur le sol turc, des visées secrètes de colonisation, s'ils s'opposent directement à sa réalisation ou gardent à son endroit une attitude de méfiance.
Ihid., p. 320-32I.
5. Possibilité de fonder en Turquie des colonies allemandes d^ exploitation.
Ce à quoi nous devons tendre en Turquie d'Asie et ce que nous pouvons y acquérir, ce n'est donc pas la préparation d'un domaine pour notre émigration, mais la création d'un grand territoire pour le commerce allemand, dans la zone commandée par le système des voies ferrées de l' Anatolic, de la Syrie et de la Mésopotamie. Dana l'état présent des choses, il s'agit plutôt àp relier les lignes actuelles de la Syrie qui, dans la direction du nord-ouest, vont déjà jusqu'à Alep (système français) et qui ont pénétré, au sud-ouest, jusqu'en plein cœur de l'Arabie (chemin de fer d'Etat turc et ligne de La Mecque), que de construire une ligne dans la Mésopotamie proprement dite ; car il faut aussi que le chemin de fer qui franchira le Taurus soit amené par Alep jusqu'à la ligne de Bagdad. Ce n'est qu'à partir d'Alep que celle-ci s'inlléchira (fé{initiv«'ineut dans la direction de l'est vers l'Euphrate.
Or, quelle est la nature des espérances que ce pays nous xîermet de nourrir? Nous avons eu plus d'une fois déjà l'occasion de souligner ce principe qui domine la vie économique de tous les peuples : Celui qui n'a rien à vendre ne peut rien non plus acheter. Les valeurs susceptibles d'être aliénées peuvent être de ilature diverse : produits du sol, articles industriels, marchandises du
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commerce d'entrepôt, travail ; le même point de vue s'ai)plique, en* principe, à la production de métaux précieux. Mais là où aucune esi)èce de contre-valeur n'existe, nulle marchandise ne peut trouver de débouché. Si donc la capacité d'absorption d'un pays pour les denrées étrangères dépend des propres marchandises qu'il protluit, il est d'autant plus apte à acheter les articles d'autres pays qu'il est lui-même plus riche.
C'est le cas pour le territoire de la ligne de Bagdad. Si nous faisons abstraction de la péninsule d'Anatolie, qui pour de multiples raisons constitue en soi un domaine économique spécial, il y a à considérer la Syrie septentrionale, la Mésopotamie supérieure et la Babylonie ; peut-être peut-on y ajouter encore la plaine du littoral de la Cilicie, laquelle n'appartient pas, au point de vue de la géographie économique, à la presqu'île d'Asie Mineure, mais est éminemment fertile, — ainsi que le glacis du haut Taurus. Ce vaste territoire possède une fertilité naturelle et une diversité de capaaité productive sur la plus grande partie de la surface qu'il embrasse.
Ihid., p. 323-3a4-
6. Expansion intellectuelle et morale de V Allemagne en Turquie.
11 faut que notre objeclif soit de ramener l'ancien i)ay!S civilisé des bords de l'I^uplirate et du Tigre à sa pros])érité et h sa haute densité de population de jadis, en créant des voies de coiiunuiiication modernes et en renouvelant son anli(|ue sy.slème tl'irrigation.
A la dillérence de l'impérialisme anglo-indien, qui vise au eontr<Me Icrritnrinl du pays de Hagihid, il faut (|ue nous, Allemands, nous potirsuivions ce but, en dehors de toute arrière-pensfk' politique et territoriale dans ces
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contrées ; et si nous réussissons à approcher de ce but, nous ijourrons en échange avoir l'espoir de trouver ici, entre le golfe Persique et le plateau de l'Anatolie, une compensation à l'interdiction qui nous est faite — tant ({ue les traits fondamentaux de toute la constellation politique actuelle subsisteront — d'acquérir des colonies de peuplement au delà des mers et de féconder le champ de notre vie économique nationale par un échange de valeurs entre elles et nous.
Mais, tout en gardant cette conviction, nous n'avons pas le droit d'oublier que, même pour des succès économiques de ce genre, le principe suivant conserve toute sa force : en dehors des constructions de voies ferrées, de Voiwertiire d'une politique commerciale, d'une communauté d intérêts politiques, ces succès ne sauraient être mieux et plus sûrement préparés que par des conquêtes morales faites à temps voulu. Sans la population indigène, ou voire même en opposition contre elle, il nous est absolument impossible de rien mener à bonne fin dans le territoire de la ligne de Bagdad; avec le concours de cette population, c'est-à-dire avant tout en possédant sa confiance, en connaissant son caractère propre, sa situation intérieure et extérieure, nous pouvons beaucoup faire. La nation qui, en Turquie d'Asie, réalisera les œuvres morales les plus hautes et les plus pratiques, moissonnera également les plus grands succès économiques. Pour une préparation de ce genre, il n'est pas absolument besoin, au début, d'une voie ferrée ; il n'y faut qu'un peu de bonne volonté avec quelque intelligence de la part des milieux dirigeants. Me référant, à cet égard, à une conversation que j'ai eue en son temps, à Constantinople, avec une personnalité allemande haut placée et fort compétente, qui a saisi comme pas un le caractère de notre mission et de notre aveniu en Turquie, j'ai déjà exprimé au premier congrès colonial allemand de 1902
a3o LE PANGERMANISME COLONIAL
cette pensée que, pour le moment, il serait difficile de nous faire un cadeau plus gênant qu'une ligne de Bagdad toute terminée, car, au point de vue de cette 2^répa ration morale, lès nations concurrentes nous dépassent. Quand la ligne de Bagdad sera construite, et même pendant la durée de sa construction, les Français feront sortir de terre écoles sur écoles, dans tous les endroits importants de la zone commandée par cette ligne; et, à l'intérieur de cette zone, il en sera bien vite comme aujourd'hui à Constantinople et dans les grandes cités du littoral : quel que soit celui qui veuille apprendre le français ou se faire soigner dans un hôpital français, il le peut gratuitement; on va même jusqu'à le lui proposer, partout où la chose est possible, spontanément et avec le plus grand empressement.
, Il y a encore un autre peuple qui a compris les avantages de cette méthode : les Italiens. Il existe également, et même en assez grand nombre, des écoles italiennes dans le Levant; elles augmentent maintenant d'année en année. Quiconque a des yeux pour regarder, constate également que les conséquences ne se font jias attendre : \v rapide accroissement qu'a pris en Turquie l'importation italienne, dans ces dernières années, n'est pas sans rapport avec ces écoles. Avec quelle justesse de yues toutes ces choses sont mises à profit du côté français, c'est ce qui ressort, par exemple, de l'otfre faite un jour par les Français au Gouvernement turc de prendre h leur charge le grand hôpital de Damas, qui était dans un état passablement néglige, de le pourvoir de médecins et tic tout le nécessuir<% à condition d'eu obtenir la direction. Ces bonnes gens savent très bien, certes, qu'une dépense de ce genre se transforme surer ment, k bref délai, en une nouvelle extension des rapports écoii(>ini([ue.s de «es tçiTitoire.s. orienli's désormais vers la France. L'école, c'est-à-dire, le moyen de fafro accéder
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à la langue allemande et à une certaine connaissance de la culture allemande, et tout spécialement aussi l'assistance médicale : voilà les deux choses d'où partira l'action fécondante la plus efficace pour augmenter les rapports économiques entre la partie qui donne et celle qui reçoit. Il importe donc que ceci soit compris chez nous dans les milieux intéressés : tout groschen qui, dès maintenant, sera consacré en Turquie à des œuvres de ce genre, se transformera en une valeur d'importation jilus ou moins considérable, dès qu'un temps suffisant y aura passé. C'est ainsi qu'il faut nous y jjrendre, nous aussi, dans le territoire de la ligne de Bagdad. Rien ne saurait être plus utile et en même temps plus rémunérateur, nulle pensée ne saurait être plus noble que s'il se trouvait chez nous des gens pour fournir à un certain nombre de médecins allemands les moyens de s'établir dans le territoire de la ligne de Bagdad et, comme pionniers du germanisme, de préparer et de commencer cette conquête morale qu'il nous faut accomplir, si nous voulons prévenir nos concurrents au point de vue économique.
Ibid., p. 33o-333.
7. L'influence allemande en Chine opposée à l'influence anglaise et américaine.
En regard de cet assaut de politique civilisatrice des Américains et des Anglais, les Chinois possédant une culture politique ont pleinement conscience des fins que ces nations poursuivent. La Chine s'étant décidée a permettre à la culture occidentale de pénétrer à l'avenir chez elle, il est donc tout naturel qu'elle en vienne aussi à l'idée de s'assurer un contrepoids contre les tentatives d'investissement des Anglais et des Américains, en fai-
a3a LB PANGERMANISME COLONIAL
sant appel à des nations de culture non anglo-saxonne. A cet égard, les hommes d'État chinois ont jeté leurs regards sur l'Allemagne. Il y a quelques années, une mission politique fut chargée par l'impératrice régente décédée d'étudier, sous la conduite d'un prince impérial, la situation de l'Occident; le rapport qu'elle publia à son retour en Chine renfermait cette phrase, caractéristique de la conception chinoise : Parmi toutes les nations occidentales, les institutions politiques et sociales de V Allemagne paraissent les plus propres à s adapter à la situation comme à l'esprit de la Chine! Peu de temps aj)rès, le ministre chinois Yuan-Chi-Kaï réussit à faire donner à la Commission de la Constitution chinoise le mandat formel d'étudier la Constitution de l'Empire allemand, comme sujet d'une importance toute particulière, à côté de la Constitution du Japon et de l'Angleterre. Tout récemment, la Oiine a commencé aussi à porter oflieiellement son attention sur l'enseignement de la langue allemande. Mais en dehors de cela, quel travail énergique et gros de responsabilités ne faudrait-il pas eU'ectuer encore, pour donner réellement à la culture allemande une influence sur la transformation de la Cliine, — influence telle qu'elle serait possible, si nous nous décidions à travailler, c'est-à-dire avant tout à comprendre la situation comme le font les Américains et les Anglais! Ou bien faut-il admettre que l'appel suivant lancé par Roosevelt à ses Américains ne s'applique i)as au peu[)le allemand ni à la culture allemande : « Aucun Américain, dit Roosewelt, ne concevrait même qu'un événement aussi im[)ortanl que l'entrée de la Chine dans le monde moderne pùl s'accomplir sans la collaboration formelle de l'esprit américain.
Il faut égah'mcnt que les missions (lUc/naiidcs licuucut compte de celle nécessité. On leur a adresse le reproche, en partie justifié, de se tenir à un point de vue trop étroit
PAUL KOHRBACH 233
pour pouvoir exercer une action, notamment sur le monde chinois cultivé. Plus d'une fois, il est vrai, il leur a manqué la compréhension exacte de la valeur morale propre à la civilisation chinoise, parce que beaucoup de missionnaires en particulier ne j)ossèdent pas une culture suffisante pour être en état de faire impression sur les Chinois par leur apostolat. Mais parmi les missions allemandes qui depuis le début exercent en Chine, il y en a une qui représente loyalement et résolument le principe de la nécessité de respecter les valeurs positives que renferme la vie chinoise ; de gagner la confiance des milieux dirigeants cultivés de la nation chinoise; deviser moins à la fondation de ([uelque église nouvelle d'une petite mission spéciale que de préparer les voies à des rapports de confiance entre la culture chinoise et la culture allemande ; d'accomplir à cet efiot sur la terre chinoise des œuvres de civilisation allemande s'inspirant des vrais principes d'humanité religieuse. Cette misison est celle qui a été fondée à Weimar en 1884, der allgemeine Evangelisch-Prolestantische Missionsverein, dont le centre d'activité est Tsin-Tao avec l'arrière-pays chinois. Cette mission moderne et libérale, au meilleur sens du mot, poursuit ses fins avec toute la discrétion voulue, sous toutes les formes spéciales de la propagande religieuse, par l'enseignement, l'assistance médicale, par l'extension des moyens d'initiation intuitive à la culture allemande et par la vraie religiosité dans le domaine littéraire. Vu l'importance capitale de l'heure présente, elle a décidé d'agrandir l'hùpital Faber, fondé et entretenu par elle, d'étendre son enseignement féminin, en visant surtout les milieux cultivés chinois. Ces jeunes filles, qui sont appelées à recevoir maintenant dans des écoles allemandes une instruction, une éducation s'inspirant de l'esprit . allemand, ce sont les futures femmes et mères du pays où il s'agit de préparer à la culture allemande l'influence
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qui lui revient. Peut-il y avoir pour atteindre ce but un moyen plus digue de sympathie effective et de soutien ?
Ibid., p. 3^5-377.
8. Ce que doit être la politique allemande de pénétration aux pays étrangers.
Y a-t-il encore quelque part dans le monde des territoires où l'émigration allemande pourrait se diriger pour nous créer au cours des temps un second Canada ou une nouvelle Australie ? Tout d'abord, on pourrait répondre à cette question par la question inverse, c'est-à-dire celle dé savoir, au cas où des territoires semblables existeraient, si nous serions en état de les peupler? Ou sait que, comparativement à autrefois, l'émigration allemande a beaucoup diminué et, actuellement, il n'y a plus que di» uo.ooo à 3o.ooo hommes qui ({uittent chaque année les frontières de l'Empire allemand pour se fonder un nouvel avenir au delà des mers. C'est extraordinairement i)eu, par rapjKirt au chiffre des immigrants que recevaient les Etats-Unis ou l'Australie, pendant la période du progrès le plus important de^leur colonisation. Cependant, la valeur de cette objection n'est qu'apparente. Le chilïre de l'émigration allemande oscille d'une l'açou extraordinaire ; il a été déjà sept fois [>lus élevé qu'aujourd'hui, et cela dans des temps où l'Allemagne possédait encore une population sensiblement moindre. Il dépend étroitement de circonstances politiques et économiques, d'un caractère local ou général, qu'il est difficile sinon impossible de calculer à l'avance; ce serait donc une absurdité de vouloir i>réton(lre maintenant qu'il ne pourrait pas, à liref délai, remonlor au inulliple de te cjuil est aujourd'hui. En admettant même que ce ne soit pas le cas, si
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l'on parvient à envoyer chaque année 3o.ooo, ao.ooo, voire même seulement quelques milliers d'hommes dans un territoire où ils puissent trouver en arrivant une certaine prospérité économique et qu'ils soient à même de coloniser, tout en gardant entre aux une certaine cohésion, c'est là une quantité fort considérable. Supposons que le Brésil méridional et l'Argentine soient aujourd'hui découverts; que, connaissant leur valeur, nous les saisissions comme territoire d'émigration. Le simple droit de disposer au delà des mers d'un pareil domaine économique plein d'avenir, donnerait une impulsion vigoureuse et durable aux saines aspirations d'émigration d'un peuple auquel un tel territoire serait ouvert, la situation économique de la mère patrie fùt-elle de nature à maintenir cette émigration dans des limites modérées.
Mais aussi loin que nous promenions nos regards sur cette terre, il n'existe nulle part un territoire libre qui soit accessible à une émigration allemande en masse et qui puisse devenir possession politique de la méti*opole. D'abord, tous les pays jwssédés aujourd'hui par les Anglo-Saxons sont à écarter. De j)lus, il faut éliminer résolument, comme pays d'émigration proprement dits, tous les territoires soumis aux conditions climatériques des tropiques ou se rapprochant de celles des tropiques. En troisième lieu, en supposant que l'on se place à ce point de vue que, par exemple, les OrientauXj les Chinois ou les Argentins ont objectivement un droit moindre que nous à posséder en toute indépendance leur sol, ou certaines parties de celui-ci, même dans ce cas, tous ceux de ces pays qui ont déjà une population dense ou dont l'acquisition par la force nous précipiterait dans des dangers hors de proportion avec le résultat à atteidre, ne peuvent absolument pas entrer en ligne de compte. La première de ces considérations s'a^^plique à la Chine; la seconde, à l'Orient et aux pays tempérés de l'Amérique
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du Sud. La Chine a une telle densité de pojiulation que toute immigration en masse d'Européens y est d'ellemême interdite. L'Anatolie est une possession ferme de la Turquie et, n'eussions nous atl'aire qu'aux Tui'cs, ce serait pour nous un morceau fort lourd k digérer, sans compter que toute tentative faite par nous pour la conquérir signifierait, par ailleurs, la guerre, et que ce serait un suicide pour nous de marcher en ennemis contre la Turquie. La même chose s'applique à n'importe quel territoire du Sud de l'Amérique, vis-à-vis des Etats-Unis. Aif point de vue purement militaire, la tâche que nous aurions à y remplir, en présence des Américains du Nord et de la résisUince éventuelle des indigènes, serait sans doute plus iacile qu'une guerre avec les Turcs et les Russes. Peut-être sommes-nous à la hauteur de la puissance navale américaine et il faudrait que, lout comme nous, l'Union envoyât des troupes de déharquement au delà de l'océan; néanmoins, le risque matériel reste considérable, car il est fort invraisemblable qu'une passe d'armes entre nous et les Etats-Unis puisse être isolée, du début jusqu'à la fin. Il faut donc nous résigner, en toute clarté et tranquillité, a abandonner l'idée d'acquérir des colonies d'émigration proprement dites. Mais s'il nous est imjiossible d'avoir des colonies semblables, il ne s'ensuit nullement que nous ne puissions nous procurer les avantages (jui les rendent digues de nos cUorts — bien (jue i)eut-étrc dans une certaine mesure seulement. C'est une faute de considérer uniquement la possession de vastes territoires d'outre-mer — fu.ssenl-ils propres à recevoir une jiartie de l'excédent de la population de la mère patrie — comme étant en soi un accroissement direct de puissance. L'Australie, le Canada, le Sud -Africain augmentent la puissance de l'Empire britannique non pas siinplemenl parce que ce .sont des possessions anglaises; non pas davantage parce «piils .s(mt haintés
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par quelques raillions d'émigrarits britanniques et des descendants de ceux-ci, mais parce que le commerce avec ces i^ossessions augmente la richesse de la métropole et, par suite, sa force défensive. Des colonies qui n'atteignent lias ce but n'ont qu'une faible valeur; des pay qui, sans être des colonies d'un certain peuple, mais ont néanmoins pour celui-ci une importance corresjiondante, remplacent en grande j)artie, sur ce point absolument capital, un vrai domaine colonial. Le Portugal n'a jamais été une colonie anglaise, et pourtant, i)ar le traité de Mcthuen de lyoS, il prit pour l'Angleterre, au point de vue de la politique commerciale, une signification analogue. Les Gouvernements de l'AngleUîrre et du Portugal conclurent un traité tie commerce, sur la base duquel les cotons anglais devaient jouir en Portugal d'un tarif douanier de faveur vis-à-vis de tous les autres produits étrangers similaires, tandis que les vins portugais acquittaient en Angleterre des droits d'entrée d'un tiers plus faibles que les vins fram.'ais. La conséquence de cet accord fut non seulement la ruine de l'industrie du coton qui florissait au Portugal, mais aussi l'absorption progressive du commerce portugais, dans son ensemble, ])ar le commerce anglais. De cette manière, le Portugal devint pour l'Angleterre quelque chose d'analogue à l'Amérique du Nord, tant que celle-ci resta colonie anglaise et qu'elle se trouva dans son développement économique sous l'influence du système protecteur britannique. Le traité de Methuen devint ainsi, pour un temps, le pilier jirincipal de l'industrialisme anglais et l'une des bases sur lesquelles vint reposer la prépondérance industrielle de l'Angleteri'e sur les pays de l'Europe.
Cette méthode que l'Angleterre appliqua, par le traité de Methuen, à l'égard du Portugal, il nous serait difficile à l'heure présente de trouver un pays qui s'y j)rètàt de même façon. Mais ce que ce traité de politique comraer-
a38 I-E PANGERMANISME COI.OMAI.
ciale a fait tomber pour ainsi dire tout préparé dans le giion de l'Angleterre, nous pouvons nous le procurer par un travail conscient et méthodique. Il nous fayt chercher des teï^ritoiresqui, de leur nature, soient riches et susceptibles de dévelojjpement et otlVant également — fussentils même au point de vue politique sous une souveraineté étrangère — un champ quelque peu libre à notre propre travail. C'est ici que s'applique ce que nous avons déjà dit de notre mission et de nos chances de succès en Turquie d'Orient et en Chine. Dans ces deux pays, il faut que notre objectif soit de favoriser le développement national et l'épanouissement des forces du peuple étranger, tout en nous ett'orçant de mettre dans leur modernisation, qui commence à s'elfectuer à l'heure actuelle, une telle part de notre culture allemande que des relations durables, à l'intérieur comme à l'extérieur, puissent naître entre nous et les Turcs ou les Chinois.
Ihid., p. 388-3()i.
9. L'Allemagne doit se garder dune politique d'annexion en Amérique.
Ce que les Etats-Unis veulent empêcher et ce qu'ils sont peut-être à même d'empêcher par la force, jusqu'à un certain point, c'est l'acquisition de territoires en Amérique par une puissance européenne, fût-ce même uniquement dans la moitié méridionale de cette partie du monde; par contre, ce qu'il leur serait beaucoup plus diflicile d'empêcher, c'est l'établissement de relations ])aciflqueK économiques, déi)Ourvues de tout caractère politi(|uc, entre l'Amérique tlu Sud et rAllemagne, Pour bien montrer la voie dans laquelle nous serions dès lors fort bien en état du nous engager, afm do nous procurer
PAUL ROHRBACH 'jSq
en quelque sorte une compensation à l'impossibilité d'une politique coloniale d'émigration dans ce pays, appuyons- . nous d'abord une fois de plus sur ce fait, théoriquement et pratiquement inébranlable : des débouchés quelconques, qu'ils nous appartiennent politiquement ou qu'ils nous soient étrangers, ne peuvent nous être foncièrement utiles, au j)oint de vue économique, que s'ils sont habités par une population aisée, capable et désireuse d'acheter ; en d'autres termes, que si elle a elle-même la faculté de produire et produit réellement. Ceci dit, la marche ultérieure du développement que nous devons viser dans les afl'aires du Sud de rAméri(|ue, n'est pas difficile à tracer. Il faut que nous renoncions à ce que nos emigrants, qui se dirigent vers le Brésil et les pays voisins du sud, continuent à aj)partenir politiquement à l'Empire allemand. Dès l'instant où ils mettent le pied sur la terre du Nouveau-Monde, il faut que, sans arrière-pensée, ils se sentent Brésiliens, Argentins, etc. Des enclaves de populations étrangères pourraient être tout aussi peu tolérées par les républiques du sud de l'Amérique que par la Turquie.
L'établissement en masse de colons allemands, avec maintien du droit de nationalité allemande,, ne se conçoit pas plus dans un pays que dans l'autre; la seule difl'érence est que la possibilité d'une colonisation paysanne allemande en territoire turc est tout à fait impossible et qu'elle ne l'est nullement dans l'Améiùque du Sud. En outre, le but vers lequel doivent tendre nos elforts, c'est établir dés rapports économiques spéciaux entre la mère patrie et les colons émigrés du Nouveau-Monde, de telle sorte que le marché de la métropole reçoive de préférence la production des nationaux émigrés, de même que ceux-ci couvrent avant tout leurs besoins en marchandises européennes dans leur ancienne patrie. Naturellement, des rapports de ce genre ne peuvent avoir de solidité ou de durée et être réellement fructueux pour les
24o I.E PANGERMANISME COLONIAL
deux parties, que si le motif sentimental et national est éliminé des relations réciproques et que si, de part et d'autre, seul l'avantage économique devient essentiellement le point de vue prépondérant. Nous ne devons pas acheter quelque chose chez les Brésiliens allemands et chez les Germano-Américains, tout aussi peu qu'eux chez nous, pour la raison qu'il existe entre nous une affinité nationale et, par suite, une prétendue obligation morale; mais cette afiinité nationale ne doit fournir qu'un point de départ matériel et jiositif pour l'établissement de rapports pratiques, comme il en existe, au point de vue économique, entre l'Angleterre et ses domaines coloniaux de race blanche. Que ces émigrés soient Allemands, qu'ils parlent allemand, qu'ils aient des besoins allemands, (jue le fond de leur caractère soit allemand, cela donne naturellement une avance à notre commerce avec eux, en présence des efforts que pourraient déployer les Anglais et les Américains pour gagner ce marché; il faudrait que. de grandes fautes fussent commises de notre côté jîour que cette avance ne se transformât pas directement en une supériorité économique vis-à-vis de la concurrence non allemande. A l'heure actuelle, notre action est loin d'être suffisante dans ce domaine, à l'égard des. colonies allemandes qui se trouvent dans l'Amérique du Sud...
Que peut-on et que doit-on faire ici, pour faire épanouir les germes de déYelopi>einent économique pleins do promesses, en les rendant utiles à la mère patrie comme aux Allemands du Hiésil? La première condition, nous l'avons «léjà indiquée : favoriser l'émigration allemande dans le Brésil méridional. Tout emigrant allemand — qu'il ait été au ])ays natal ouvrier des champs ou de la ville, artisan ou n'importe ([uoi — qui réussit à s'assurer outre mer la jtr(»pri»'lé d'un domaine, à en dél'rich(U' le 8i>l, re])résenle, après un certain nombre d'années, une capacité d'absorption (jui s'est multi])liév>, comparative-
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ment à celle qu'il avait au pays natal où il menait une vie cliétive dans une situation étriquée. Cette multiplication de sa faculté de consommation et de sa capacité d'absorption pour les produits de l'industrie européenne, peut et doit être utilisée pour la vie économique de l'Allemagne par tous les points de contact qui facilitent la nationalité, sans nuire à la soumission et à la fidélité visà-vis de l'Etat étranger.
Certes, ceci exige une collaboration large et méthodique de l'Empire, des Gouvernements fédérés allemands, de l'opinion publique et des grandes sociétés de transport. On ne doit pus non j)lus perdre de vue que, malgré toute la sincérité, la loyauté, que nous sommes dis2)osés à garder et que nous ne manquerons pas d'observer au point de vue politique, la méfiance et la malveillance s'eflbrce/ lont, sciemment ou inconsciemment, en particulier chez les Américains du Nord et les Anglais, de susciter des oljstacles à la réalisation d'une pareille idée. Toutefois dos difficultés de cette nature ne sont pas là pour faire reculer d'elfroi la politique allemande, mais pour être surmontées par elle.
Ibid., \). 394-396, 4o-^-4oi-