Réfutation des objections
Un coup d\»ûl d'ensemble sur les territoires qui restent accessibles à la colonisation allemande dans le monde -entier, nous amène nécessairement à cette conclusion : les seules chances de succès que nous ayons encore résident dans le centre de l'Afrique. Il est dès lors «tonnant que des publicistes allemands, préconisant résolument une politique active d'expansion allemande, soulignent plutôt les doutes et les scrupules que soulève un engagement dans l'Afrique centrale. L'une des raisons essentielles invoquées par eux repose principalement sur une méconnaissance <lu gi-oupoment politique des ])uissances, et en particulier de la politique anglaise. On nous met en gaitle contre les cadeaux trompeurs de l'Angleterre. Le seul fait, dit-on, i)our les Anglais « de nous pro- I)oser une ailaire » ne peut qu'éveiller la suspicion. Mais sagitil positivement d'olfres ou de « cadeaux » anglais? Il faudrait évidemment avoir une connaissance bien précise des faits diplomati pies jiour pouvoir dire si, dans ce cas, l'initiative est venue de l'Angietei're ou de l'Allemagne. L'un des écrivains qui se croient tenus de nous mettre en garde <;<mtre l'Afrique centrale, Art/iurDix, soulève, dans sa bnM'liure Dfulsrher /niperialismus, l'objection suivante : « (m que l'AngleleiTe a à cédei* dans i'-Vfriciue centrale ne lui appartient pas. Cval pour celte raison jnslemcnt, d'aitrès touUîs h's expériences faites avec la politique britannique, qu'on peut sans doutt^ admettre rintention sérieuse de cette oU're! » Ml pour cv. molil
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également, Dix est pour le refus. Quelles sont donc, en vérité, les expériences qu'on a faites avec la politique anglaise, et où elle a ollert à une autre puissance ce qui ne lui appartenait pas? Au congrès de Berlin, l'Angleterre olfrit aux Autrichiens l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine, et l'Autriche occuf)a ces deux provinces. Vingt ans plus tard, un autre Gouvernement anglais, ai>ec un groupement des puissances entièrement différent, prit position contre V annexion des provinces occupées par l'Autriche. Le motif fut fourni principalement par la forme de l'annexion autrichienne qui, comme on l'a avoué, fut quelque peu brutale. Il se peut que la politique anglaise (selon la conception que nous en avons; ait manqué de sagesse, mais cela ne change rien au fait que, pendant vingt ans, l'Angleterre n'a pas soulevé la moindre objection contre la continuation de l'occupation.
La Tunisie, non plus, n appartenait pas à l'Angleterre. Mais lorsque lord Salisbury, au congrès de Berlin, conseilla aux Français de prendre Tunis, la France suivit ce conseil, et l'Angleterre, bien que maintenant énergique ment les droits qu'elle y tient des traités, ne s'y est jamais oj)[)Osée.
Le Maroc, non plus, u'ajtpar tenait pas à l'Angleterre. Kn vertu de l'accord du 8 avril 1904, 1 Angleterre a laissé aux Français les mains libres au Maroc et s'est engagée à soutenir la France diplomatiquement. Mais ce n'est pi(>i)ablenicnt pas à nous, Allemands, (ju'il convient de reprocher à l'Angleterre de n'avoir pas rempli ses obligations envers la France au sujet du Maroc.
Ainsi en est-il, en vérité, « de tontes les expériences faites avec la politique britannique ». Cherchons d'autres exemples. Est-ce que la Tripolitaine appartenait aux Français, quand ils s'engagèrent à ne pas y créer de difficultés aux Italiens? Est-ce que la Tunisie appartenait aux Allemands, quand Bismarck, au congrès de Berlin,
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d'accord avec l'Angleterre, conseilla aux Français de Toccuper?
Espérons-nous par liasard de l'Angleterre quelle nous fasse cadeau d'une partie de ses propres possessions? Jusqu'ici, notre reproche contre l'Angleterre a été qu'elle s" était mise en tr.avers de nos asi)irations. coloniales. Et maintenant que l'Angleterre est disposée à nous laisser les mains libres dans le centre de l'Afrique et à ne pas nous y créer de difficultés, on nous met en garde contre les cadeaux trompeurs de l'Angleterre ! De deux choses l'une : on nous coulons une politique d'expansion, et alors nous avons tout lieu d'être satisfaits ffue l'obstruction faite Jusqu'ici par l'Angleterre disparaisse ; ou nous ne coulons pas faire de politique d'expansion, et alors nous n'avons aucun motif de nous plaindre que V Angleterre nous en empêche.
Nous ne devons pas oublier, en somme, qu'une politique allemande d'expansion n'est jjossible que si nous nous oxj»liquons avec l'Angleterre d'une façon ou de l'autre. Tant que l'Angleterre dominera les mers, il nous faudra, pour toute expansion de notre j)art, obtenir par la lutte l'assentiment tie l'Angleterre ou l'acquérir à l'amiable. Si véritablement nous avons à craindre k^s cadeaux trompeurs de l'Angleterre, nous ne devons songer absolument à aucune expansion et, dans ce cas, l'acquisition de nos colonies actuelles aurait été également une faute.
La seconde raison fondamentale que l'on invoque contre un engagement dans le centre de l'Afrique, c'est que nous nous atl'aiblirions par là aii point de vue politi<(ue et financier. On a été jusqu'à dire qu'une })olilicjue coloniale d'une pareille envergurt» nous saigneniil h blanc^ polili<nieuient (>t fmancièrcment. Si nous é]>rouvions cette crainte, il nous faudrait renoncer, en principe et i>our toujours, à toute expansion coloniale.
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Mais si nous considérons comment la France, malgré ses graves défaites de 1870, s'est créé un vaste empire colonial, nous aurons sans doute le droit de nous croire capables des mêmes choses. Naturellement, tout dépend de l'endroit où nous choisirons le domaine de notre activité colonisatrice. Nous ne devons jamais oublier que nous sommes en première ligne une puissance terrienne et continentale et que jamais nous ne deviendrons une puissance maritime et une jjuissance d'outre-mer au même degré que l'Angleterre. C'est précisément pour cette raison qu'une concentration géographique de nos colonies, comme ce serait le cas dans le centre de l'Afrique, s'impose pour nous, tandis qu'un empire dispersé dans toutes les parties du monde et sur toutes les mers, comme l'Empire britannique, ne peut être dominé que par une puissance qui soit avant tout maritime.
Mais avons-nous à craindre réellement de nous alfaiblir gravement, au [)oint de vue financier et politique, eu engageant notre politique coloniale dans le centre de l'Afrique? D'après l'estimation d'un Anglais qui connaît bien l'Afrique, le missionnaire John Harris, si la IJelgique voulait mettre en valeur et développer sa colonie du Congo d'après des principes sérieux, il lui faudrait prévoir, environ pendant vingt ans, une dépense annuelle approximative de 'jo millions de mark. Admettons qu'il nous faille consacrer une dépense annuelle (le r>o millions de mark au développement de nos intérêts économitjues dans le centre de l'Afrique, qu'est-ce que cela ])our la vie économique de notre nation? Selon des évaluations prudentes, la valeur des capitaux allemands nouvellement placés chaque année se monte au moins à 4 milliards de mark. Cela donne la mesure de l'accroissement du capital national allemand. Quel rôle jouerait, en face de ceci, une dépense annuelle de 5o millions ]»our le développement de nos possessions colo-
niales? En même temps, il faut tenir compte de ce fait, qu'une partie très importante de ces dépenses serait employée à des placements productifs, comme les constructions de Toies ferrées. Le problème économique et financier n'a donc rien pour nous d'effrayant. Alors que nous avons été à même d'engager plus de 600 millions de mark dans la ligne de Bagdad, il nous est sans doute également possible de dépenser une somme aussi élevée pour le développement de territoires qui seraient pour nous d'un tout autre rapport que les pays à mettre en valeur par la ligne de Bagdad.
En quoi consisterait enfin l'affaiblissement jwlitique que nous aurions à craindre, en nous engageant dans l'Afrique centrale? Il faut pour quelque temps éloigner de nous la pensée d'un engagement de nature politique. Si, plus tard, notre situation économique dans le centre de l'Afrique arrivait à être assez développée pour que nous ayons à songer éventuellement à sa défense militaire, un coup d'œil jeté sur la France nous convainci*a que nous serons à la hauteur de cette tAche. La France a créé une armée coloniale si)éciale et, vu létat stiitionnaire de sa population, rabsence d'environ 100.000 hommes tians le Nord de l'Afrique (10.000 hommes à Tunis, So.ooo à Alger et 40000 hommes au Maroc) représente e liée tive ment un alïaiblissement do sa position en Europe. Dans notre cas, au contraire, l'Afrique centrale exigerait tout au plus une année coloniale de 3o.ocM) homines. Ce serait sans doute le maximum de ce qui serait nécessaire; et c'est là un chiffre qui ne serait pas pour nous une charge inquiétante, ni financièrement ni politiquement. Nous n'avons pas, je pense, à dcmter de notn^ capacité productrice, ])as plus au point de vue politique qu'au point de vue linancicr.
IMen au contrainî, notre pays possède des énergies en abondance iK)ur une cxpansi<mde la politique coloniale.
UN PROJET d'impérialisme PACIFIQUE 3ll'J
Il nous faut une soupape j)our donner passage à l'excédent des forces de notre peuple, et notre intérêt national exige impérieusement qu'elles soient canalisées vers un lieu où elles puissent continuer à travailler pour la mère patrie.
Ibid. p. 93, sq.
TABLE DES iMATIERES
l'âge;