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Projet d'Empire colonial allemand en Afrique centrale

LES INTÉRÊTS ALLEMANDS DANS l'aFRIQUE CENTRALE

En ce qui concerne nos intérêts politiques mondiaux, (jui sont naturellement avant tout de nature économique, le vaste territoire de l'Afrique centrale, touchant à nos colonies de l'Afrique occidentale et orientale et les séparant aujourd'hui, offre les meilleures, et il faut ajouter, les seules perspectives d'avenir. Ce vaste territoire sur lequel, à notre avis, il nous faut concentrer nos intérêts politiques mondiaux, appartient aux Portugais et aux Belges. A cette chance, je dirai même à cette possibilité d'une expansion allemande dans le centre de l'Afrique, on fait souvent cette objection que le monde, là aussi, est déjà distribué, et que nous ne pouvons prendre Angola aux Portugais, pas plus que la colonie du tlongo aux Belges. Pourtant nul homme intelligent ne songe à la prétention de dépouiller la Belgiijue ou le Portugal de leurs possessions coloniales. Mais c'est un l'ail indéniable que ni 'le Portugal, ni la Belgique ne possèdent les moyens et les ressources nécessaires ])our pouvoir développer sainement leurs j)Ossessions africaines, au point de vue économique. 11 leur faudrait par suite, au cas le plus favorable, ou laisser ces vastes domaines en grande partie incultes, ou faire appel, pour les dév<'lopper, au «•oncours d<! nations jdus im[>ortantes et d'une capacité productrice plus grande. Mais malheureusement les choses sont telles (jue les colonies poilugaiscs aussi bien (pic l'anciiMi Ktat du (longo ont été le tliéAlre ilune mau vaise gestion coloniale «'l le sont encore aujourd'hui, Hcmble-t-il, en grande partie; ces colonies sont une tache

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véritableineiil honteuse dans la civilisation de notre siècle. Jusqu'à ces derniers temps, il y a eu encore dans les colonies portugaises un l'égime d'exploitation esclavag-iste à peine voilé. Les événements habituels qui l'accompagnent en Afrique, l'ont fait qualifier de commerce d'esclaves et de chasse aux esclaves; et des connaisseurs autorisés des choses africaines ont la conviction que cette situation, aujourd'hui encore, n'a nullement cessé, quoi- (jiie les al)us les plus néfastes paraissent avoir pris lin. Même le plus grand optimiste ne peut espérer dans l'avenir une réelle régénération de la part de l'Administration coloniale portugaise. Et la situation qui règne dans les colonies portugaises peut d'autant moins nous laisser indilîérents que nos propres colonies, qui ont progressé dans ces dernières années d'une façon si heureuse et <h)nt nous avons le droit d'escompter l'essor ultérieur avec une entière assurance, confinent au domaine portugais. Tout homme qui connaît l'Afrique, sait quel danger résulte pour le repos et la i)aix de ses propres colonies d'une masse de matières inflammables accumulées dans leur voisinage immédiat. 11 n'est pas impossible non jilus que la .situation des colonies portugaises amène des complications avec d'autres puissances européennes dont les intérêts commerciaux souffrent de cette mauvaise gestion, ou dont l'opinion publique se soulèverait contre le système esclavagiste portugais.

Puisque le Portugal en est ainsi réduit à la collaboration de nations étrangères, pour faire (juelque chose de ses colonies, la question est de savoir à quelle nation doit échoir avant tout cette collaboration. A notre avis, c'est l'Allemagne qui peut y prétendre le plus légitimement et avec les plus grandes chances. En dehors de nous, .seule, l'Angleteri'e pourrait être sérieusement en ligne; car les Américains ont dans l'Amérique latine et dans l'Asie orientale des t;\ches qui les touchent de

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plus près et qui les occupent suffisamment; les Français, lie leur côté, ne peuvent déjà plus se délendre de la concurrence économique des autres nations dans leurs propres colonies, qu'en protég'eant le commerce français et les entreprises françaises par un vaste système de mesures de faveur qui sont totalement étrangères à la politique coloniale de l'Allemagne comme à celle de l'Angleterre.

Or, si nous employions — naturellement avec l'assentiment du Gouvernement ])ortui>ais — une partie considérable de notre énergie économique au relèvement des colonies portugaises, c'est dans l'hypothèse que ce travail ne serait pas perdu pour notre nation, comme le travail de la culture allemande est perdu aux Ktats-Uuis et dans l'Amérique du Sud. Au cas où le Portugal verrait plus tard un avantage à se défaire de ses colonies, il faudrait que nous eussions un droit d'e"xpectative sur cette acquisition. A cet égard, une entente avec les puissances européennes est encore plus nécessaire qu'avec le Portugal lui-même. Mais nous avons tout lieu d'admettre ([ue l'Angleterre ne se mettrait pas en travers <le ces droits de l'Allemagne. (lomme nous l'avons déjà rappelé plusieurs fois, Sir Fdward (irey a déclaré, «lans son discours au Parlement du y; novembre i*)ii, (jue l'Angleterre se désintéressait, en substance, du centre de l'Afrique...

En ce qui concerne la France, elle n'a sans doute pas renonc<' foimcllcmenl à S(m droit de j>récmption sur le Congo belge, mais elle s'est engagée i)ai' traite à ne pas faire un usage exclu.sif de ce droit et à soumettre au contraire sa «lécision à une conf«>rence des puissaïu'es signataires «lu traité de lierlin de 188."). Or, comme l'Angleterre est favorable à nos désirs, que les autres puissances n'ont pas d'intérêts immédiats dans toute cette qiicsti(m, le résultat ne saurait tMre douleux, si ui» j"ur riieiinr «le celte <lt''cision «levait arriver.

Il s'ensuit qu'au point de vimmIc la p«diti(|ue extérieure,

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il t'st pour nous incomparablement plus avantageux — parce que moins dangereux — de nous engager dans 1«' centre de l'Afrique, plutôt qu'en Turquie d'Asie. Le danger d'un conflit avec la Russie est totalement écarté. Nous pouvons continuer tranquillement nos bonnes relations avec la Russie. Et appuyé sur celles-ci, sur la Triple-Alliance et — Uist not leant — sur notre force militaire renforcée, nous pouvons hardiment nous engager au delà des mers dans une entreprise économique de cette envergure qui, au fond, ne serait que la continuation de la politique coloniale que nous avons suivie jusqu'ici en Afri(]U(^ Nous avons le droit de compter sur rasscntiinenl dt; l'Angleterre. Quant à la France, il serait de son propre intérêt que nous trouvions dans la politique coloniale une soupape à l'excédent de nos forces nationales. En un certain sens, nous ne ferions par là que changer les rôles. Dans les années qui suivirent 1880, Bismarck a favorisé la politique coloniale française pour détourner la France de la politique euro- [)éenne. Le l'ésultat fut alors sans contredit la fondation de ce grand Empire colonial français pour lequel il nous faut aujounlhui créer un contrep«)ids. Les Français n'ont aucune raison de nous jalouser au sujet d'une vaste activité coloniale couronnée de succès, car eux-mêmes possèdent déjà plus «le colonies qu'ils n'en pourront sans doute jamais utiliser; et. en même temps, ils seraient Haltes dans leur fierté nationale, s'ils avaient le droit de se dire qu'ils favorisent maintenant notre politique coloniale, dans la même intention que Bismarck a jadis favorisé la leur.

Après les conditions politiques, il nous faut considérer les conditions stratégiques qui entreraient en ligne de compte pour une entreprise de politique coloniale dans le centre de l'Afrique. Nous avons fait ressortir que, selon toute prévision, une acquisition immédiate de terri-

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toires au centre de l'Afrique ne devait i)as être envisagée par nous dans un avenir prochain. Mais comme le Portugal ne serait pas du tout en état de défendre ses possessions contre l'attaque d'une gijande puissance, le cas pourrait se présenter où il nous faudrait nous-mêmes songer à défendre des intérêts économiques que nous y aurions créés, d'autant plus que, dans un avenir plus éloigné, la possibilité d'une acquisition iormelle pourrait se produire. (Vest un hasard singulier ((u'il y ait, à cet égard, une analogie entre une pénétration économique de noti*e part dans la Turquie d'Asie et dans l'Afrique centrale. D'un coté, nous aurions à compter avec la ruine éventuelle de la domination tuivjue et (hî l'autre, avec l'incapacité du Portugal à se défendre ; nous aurions donc, dans les deux cas, à envisager la défense de nos intérêts par nous-mêmes, sans être, d'après le droit des gens, les maîtres du pays.

Mais au point de vue stratégique, comme au point de vue politique, notre situation dans le centre de l'Afrique serait incomparablement jjIus favorable que dans la Turquie d'Asie. Ici, nous aurions à compter avec la pix)ximité des frontières terrestres de la Russie, tandis que nous-mêmes notis serions à une grande distance de notre base et que nos communications en arrière seraient extraordinairement menacées. Par contre, il ne se trouve dans l'Afrique centrale aucune foi*le puissance militaire et, somme toute, aucune i)uissance territoriale qui puisse devenir mena(;antc |)0ur nous. Dans les colonies étrangères voisines, il n'y a (pie des troupes de protection relativement faibles qui, vu l'immensité des territoires, ne pourraient jamais avoir une action décisive. L(^s milices de ll'iiion sud-alVicaine constituent, il est vrai, un(! arme cxccilnilc jxiui' la (b-fciise du p;iys mêuu% uuùs elles se prêtent dans une mesure beaucoup plus faible à l'attuquc ou à la conquête. Nous serions en sûreté com-

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pU'tc contre les attaques de puissances eurojicennes sur terre. De plus, pour ce qui est des attaques par mer, la plus forte des flottes ennemies pourrait tout aussi peu conquérir une colonie africaine que vaincre une armée de défense. D'autre part, les conditions d'une guerre navale dans une ni<;r ouverte sont pour nous infiniment plus favorables que dans une mer fermée. Si nous voulons sortir des eaux qui Imij^nent notre i)ays, il nous faut passer sous les canons des navii-es anglais, ([ui se trouvent dans la mer tlu Nord ou dans la Manche. Au point de vue de la géographie politique, c'est là un fait fondamenlal de notre existenc<' nationale que l'on ne peut modifier. Mais, dès que ni>us avons fraïuhi la mer du Nord et la Manche, nous avons devant nous l'océan libre et nous ne nous tiouvons pas, comme dans la Méditerranée, sur de nomln'eux points, en face de puissantes concentrations des forces maritimes d'adversaires éventuels. D'ailleurs, la mer n'est jamais qu'une route et non le terme de la route. La nier ouverte conduit en tous lieux; la mer fermée, en (bliuitive, ne conduit que dans une impasse. 11 n'entrera dans les intentions de personne de méconnaître l'importance du canal de Suez en temps lie paix; mais les Anglais, il y a *j5 ans déjà, se sont l'cndu compte clairement qu il leur faudrait abandonner tout trafic commercial, ainsi que tout li'ansjwrt régulier de troupes vers les Indes par le canal de Suez et revenir à la vieille route ([ui conlourne le Cap, au cas où une guerre maritime viendrait à éclater dans les eaux de la Méditerranée...

De ([uelque côté donc que l'on considère les chances de succès d'une entreprise allemande dans laïur.iuie d'Asie, on en arrive invariablement à reconnaître que toutes les bases naturelles et les conditions de notre situation, au point de vue de la géographie politique, .sont opposées à cette entreprise, et que toutes les considérations d'ordre

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politique et stratégique nous mettent nécessairement en ganJe contre elle. Dans l'Afrique centrale, au contraire, toutes les circonstances naturelles sont en notre laveur. • En dehors de nos propres colonies, notre activité économique dans l'Afrique centrale s'est bornée jusqu'à pré sent à la navigation et au commerce. Quant aux colonies portugaises, la i)art que nous avons prise à les utiliser autrement ne mérite encore guère d'être mentionnée, tandis que les capitaux anglais et français y possèdent des concessions de terres très étendues. Un des Allemands qui connaissent le mieux les colonies portugaises, le consul Sing-elniann, fait ressoi'lir que les Portugais eux-mêmes verraient d'un très bon <cil une plus forte particijjation des capitaux allemands. Le directeur général du ministère des colonies, Freire d'Andrade, a déclaré expressément qu'il serait désirable que les capitaux non d'une seule nation étrangère, mais de tous les pays étrangers, pussent travailler <lans les colonies portugaises. Entre le Sud-Ouest africain allemand et l'Angola, il existe certains intérêts particuliers. Tandis que le Noitl de notre colonie n'a pas de ports, l'Angola méridional possède les excellents ports de Mossamédès, de Porto- Alexandre et de la baie du Tigre; c'est en ])artant de ces ports que le Nord de notre colonie pouri'ait le mieux se développer. En outre, ses progrès économiques dépend<'nt, ])Our une bonne part, du contingent il'ouvriers ipie l'on peut tirer ilu pays portugais d'Ovambo. La partie la j)lus riche de l'Angola est uianifesteinent le plateau situé à l'est des montagnes de la cote tlu Shella. L'établissement de Hoérs, ((ui ont éinigi'é dans les districts méridionaux <lu plateau il-Viigcda, est une pi*euve qu'une colonisation europé-ciiine comme celle du Sud-Ouest allemand «*st possible.

I',M ce qui conct'rne les possibililt's de colonisation sur les plateaux de l'Afrique orientale, nous possédons les

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excellentes relations de voyage de l'ancien sous-secrétaire d'Etat pon Lindeqiiist et le mémoire du D" Schnee sur le territoire du Kilimandjaro et duMerou. Les conditions économiques présentent de grandes variations dans les diflérents districts, formant par suite un contraste des plus accusés avec l'uniformité de celles qui caractérisent limmense étendue des prairies du Nord de l'Amérique. Cette différence du domaine colonial détermine précisément celle du système de colonisation. La prairie américaine et canadienne est le pays idéal pour les colonisations paysannes, pour les colonies de peuplement proprement dites. Par contre, l'Afrique orientale est un pays pour colonies mixtes. Quelques districts se prêtent de préférence à l'agriculture ou à un régime mixte d'agriculture et d'élevage, çà et là aussi, à l'élevage pur; d'autres contrées conyicnnenl aux plantations seulement ou aux plantations jointes à ragricultui*e et à l'élevage du bétail, tandis que d'autres, à leur tour, ne sont accessibles qu'à un«^ exploitation commerciale. L'un des traits caractéristiques essentiels, c'est que, dans la prairie américaine, l'ensemble du travail d'exploitation peut être effectué et est elfectué par des blancs, alors que dans l'Afrique centrale, la plus grande partie du travail cor- [)orel doit être faite nécessairement par des noirs; aussi faut-il compter la population nègre parmi les ressources économiques les plus importantes du pays.

(^)uant aux possibilités de colonisalion dans le Mozambique, des enquêtes api)rofondies font encore défaut. Dans l'Afrique orientale portugaise, c'est avant tout la question des chemins de fer qui intéresse vivement notre colonie de l'Afrique orientale, en particulier le Sud.

En même temps, c'est au Mozambique précisément que la faiblesse de la domination poi'tugaise s'est montrée au jour d'une façon particulièrement évidente. Une série d'incidents ont révélé — chose qui, en notre qualité de

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voisins de IVoutière, ne jieut nous laisser absolument inditrérents — que la population nègre n'éprouve pas du tout pour ses maîtres portugais le respect nécessaire.

Nous avons déjà l'ait ressortir que personne en Allemagne ne songe à dépouillsr les Portugais de leurs colonies. Notre intérêt vise simplement à pouvoir exercer notre activité économique dans ces territoires. Nous ne pouvons même pas envisager comme nu idéal la conquête de droits de souveraineté absolue sui* les colonies portugaises.

D'ailleurs, c'est une question nécessairement fort douteuse de savoir si le Portugal serait disposé actuellement à aliéner ses colonies et s'il ne nous faudrait pas y mettre un prix trop élevé; car notre richesse en capitaux a ses limites et il faut nous attendre, en outre, à des dépenses très importantes pour les améliorations agricoles. Au point de vue du droit des gens, il se peut que la création de grands intérêts économiqin's allemands dans les colonies étrangères paraisse une anomalie; mais cette anomalie s'est implantée déjà ^.dans la politique coloniale moderne, (^ue l'on songe à l'occupation de la Bosnie par l'Autriche, dejjuis de longues années, avec le maintien des droits de suzeraineté de la Tur(|uie. (^ue ron-st)nge à la situation présente de l'Angleterre en Egypte, au ju'otectorat français sui* la Tunisie et le Maroc, de même qu'aux sj)ljères d'influence de la Russie et de l'Angleterre en Perse. 1/Italie commit une faute politique capitale, en s'obslinant à acquérir une pleine souveraineté sur la 'i'ripolitaine, au lieu de Ldsser la su/crainolé au sultan. La l'autt^ ne consistait pas seulement pour l' Italie à prolonger la guerre, suus nécessité, pendant des mois, par son intransigeance, et à élever par là très considérablement les frais du son expedition. La faute autrement grande fut beaucoup plutAt ]»our l'Italie d'assumer lu rcHptmxahilitè politique (h* la souverainet»'*, a\aiil d'axoli-

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acquis dans le pays une base économique sufrisaniment iorte, condition préalable indispensable à la domination politique. L'expérience de la politique coloniale moderne nous apprend qu'il faut faire porter le poids principal tout d'abord sur une possession assurée de sphères d'intérêts économiques, en procédant au début par voie diplomatique et ensuite d'en faire la pénétration économique. Le reste vient de soi même. Notre situation actuelle, par rapport aux colonies portugaises, est essentiellement différente de celle où se trouvait Bismarck, lorsqu'il pla(.'a les premiers territoires sous notre protectorat. Car il n'y avait pas là d'Etats ou de Gouvernements d'une solidité auffisante pour permettre une politique d'infiltration proj^ressive, et la tâche capitale du moment était d'assurer nos droits sur ces territoires, vis-à-vis de l'Angleteri'e. Mais dans l'Afrique centrale, il existe, au conti'aire, des organismes administratifs euro})éens; et, d'autre part, nous pouvons être certains que l'Angleterre ne nous suscitera pas d'obstacles, si nous y développons nos intérêts économiques. Nous n'avons pas du tout intérêt à occuper i)olitiquemeut ou même militairement les colonies portugaises, ni à assumer des obligations et des tâches administratives. Notre intérêt consiste plutôt à exercer simplement en toute liberté notre activité économique et à posséder la certitude que les fruits de cette activité de la nation ne seront pas perdus. On peut, .si l'on veut, désigner notre future [)Osition comme une sorte »le sphère d'intéi-êts ou d'influence économique; mais, en fait, le nom importe peu, pourvu que le Gouvernement portugais admette notre appui dans le développement de ses colonies et que notre concours ne soit pas entravé, à l'occasion, par des mesures administratives étroites et à courte vue.

Il n'est pas douteux que le développement d'aussi vastes territoires réclame impérieusement des ressources

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irai)ortantes et que leur progrès futur suppose avant tout la construction de routes et l'importation de capitaux. Il en est ici comme des grands terrains aux abords d'une cité auxquels on veut donner de la valeur. Il faut y mettre des capitaux pour les rendre utilisables. A notre grand détriment, nous avons reconnu cette vérité beaucoup ti*op tard dans nos propres colonies. Jusque dans ces derniers temps, nous avons également négligé de créer des intérêts économiques allemands dans les territoires voisins de nos colonies et nous avons, en même temps, laissé prendre une grande avance à d'autres nations, jîrinci paiement aux Anglais. Dorénavant, il s'agit de réparer cette faute. Il faut que nous commencions à nous intéresser à l'Afrique centrale, économie] uement parlant, et ceci on concentrant nos forces que, jusqu'ici, nous avons laissées vraiment Xvoj) briller par leur absence.

L'une des toutes premières conditions est le développement (les voies fie communication.

Il n'entre pas dans notre dessein de discuter ici les principes qui doivent présider à une politique commerciale et à l'établissement de voies ferrées dans le centre de l'Afrique. Xous nous bornerons à indiquer ce seul et unique j)rincipc fondamental : au point de vue de la politique commerciale, il faut que toute V Afrique centrale soit traitée comme un domaine formant un bloc unique et que tous les projets commerciaux ])artent de ce principe. Si nous voulions faire en Afri(|ue une politique commerciale de clocher, nous n'.u'riverions par là qu'à entraver le développement économique et, en lin de compte, les frais n'en seraient qu'augmentés. Mais si nous voulons inaugurer dans l'Afrique centrale une politi<iue commerciale de grand style, il nous faut également faire entrer la colonie du (Jon^n belge dans /le système commercial à fonder, et chercher })ar suite à pblenir à cet égard l'assentiment de la Ik^lgiquc. Il .semble

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que ia Belgique soit vraiment en train de diriger dans de bonnes voies le système d'exploitation et d'administration de sa colonie et, par la réalisation de la liberté <omraerciale, elle montre son emi^resseraent à remplir ses engagements internationaux. On connaît la triste histoire de l'ancien Etat du Congo. D'après les publications de l'Association anglaise pour la réforme du Congo, le système de brigandage léopoldieu a abouti, dans la colonie actuelle du Congo, ù l'anéantissement presque complet de la richesse naturelle du pays en plantes à caoutchouc, qui poussent à l'état sauvage, et à un abaissement ai)proximatir de la j)opulation nègue de 20 à 8 millions. Un homme d'Etat britannique, lord Cromer, compare ce terrible résultat d'une mauvaise gestion de vingt-cinq années au terrorisme du Mahdi dans le Soudan, sous lequel la population du Soudan est tombée (le 8,5 à 1,8 millions.

Mais nous avons maintenant le droit d'espérer que la Belgique, par sa nouvelle politique de réformes, repaiera les fautes et les iniquités du passé. Pourtant il semble douteux que la nation belge puisse et veuille y consacrer les sommes d'argent considérables qui seraient nécessaires pour transformer le Congo en une colonie florissante. Jusqu'à ces derniers temps, les autorités coloniales de Belgique n'ont cessé de déclarer expressément que la possession de cette colonie n'imposerait pas de sacrifices financiers à la nation ; et il serait sans doute d'autant plus <liflicile à n'importe quel Gouvernement belge d'obtenir delà représentation nationale les grandes ressources indispensables. Une autre difliculté réside dans l'embarras qu'éprouve déjà lu Belgique à recruter sou corps actuel de fonctionnaires et, en particulier, à trouver un personnel mieux appi'oprié que celui qui a été employé depuis l'administration léopoldienne. D'après le chiffre de son elfectif, le personnel actuel des fonction •

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naires est loin d'etre sufflsant pour une administration bien organisée de la colonie ; il faudrait le quadrupler et le quintupler, si l'on veut dév^elopper la prospérité de la colonie.

Dans certains organes antiallemands, on s'est fait parfois le représentant de cette idée que l'AUemagno nourrirait des desseins secrets sur la colonie bel^e. Il faut s'élever avec la plus grande énergie contre de telles déclarations. C'est avec raison que la Deutsche Kolonialzeitnng soulignait récemment le grand i)rix que les dirigeants de la politique coloniale allemande attachent à l'entretien des l'elations les plus amicales avec les milieux coloniaux belges. L'Allemagne et la Belgique sont devenues voisines, sur plus d'un point, dans l'Afrique centrale; et la communauté de nos intérêts coloniaux comme la nécessité d'une étroite collaboration sont reconnues de plus en plus de part et d'autre. Abstraction faite des mauvais cotés du régime Icopoldien, les Belges se sont révélés comme des colonisateurs vigoureux et hardis; et, en hommes d'affaires pratiques, ils accueilleront avec empressement le concours du capital allemand, attendu <pi'il leur est difficile de réaliser par leurs propres moyens la mise en valeur complète de Icuicolonie.

Une pareille collaboration avec la Belgique sera avant tout également nécessaire pour la politique connnercialr dans rA/ri(/ae centrale. Le fait que V Afrique orientale allemande louche à trois grands lacs, nous donne de prime abord une position cxti'èmement favorable tiuc nous avons mallicureusement troj) loiigtem|)s tardé à uti User. Des voies ferrées entre la chaîne des lacs et l'est, de même qm* h^ siul-est, sont tout d'abord nécessaires; il faudra, en ijarticulier, (ju'un lron«;on de celle du sudest traverse le Mozambique portngais. De plus, une amélioration essentielle des communications par hateaux

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vapeurs sur les lacs est indispensable, ainsi qu'une voie de raccordement, partant des lacs du Sud-Ouest, avec le système des lignes de navigation sur le Congo et avec celles du territoire du Congo. Nous n'avons pas besoin de craindre le projet d'une ligne anglaise de la baie de Lobito, dans l'Angola, vers le district minier de Katanga. Le domaine de l'Afrique centrale est si étendu qu'une voie ferrée, le traversant de l'ouest à l'est, constituerait, en tout état de cause, un enrichissement des voies de communication.

Tandis qu'à l'est, en partant des lacs, il nous faudra d'abord obtenir le raccordement au système des voies de communication du Congo, à l'ouest, nous avons déjà atteint par l'acquisition du Nouveau-Cameroun, la liaison avec le fleuve du Congo, au point de vue de la politique commerciale. Dans son intéressante brochure sur le Nouveau-Cameroun, Emil Zimmermann montre combien les intérêts commerciaux de la Belgique et de l'Allemagne dans le centre de l'Afrique doivent être intimement unis ; et il fait ressortir avec raison que la Belgique ne pourrait voir que d'un bon (cil l'intervention de l'esprit d'entreprise allemand dans la navigation du Congo. S'appuyant sur les études qu'il a faites sur place, Zimmermann aboutit à cette conclusion : « Aujourd'hui, il peut s<'mbler téméraire de prédire que, dans dix ou douze ans, l'Afrique centrale aura un commerce d'un milliard de mark ; dès que les quatre ou cinij années prochaines de dévelo})pement pacifique auront jjassé sur ce domaine, cette « prédiction » ne rencontrera plus aucun doute. »

Ibid., p. 79-t)3.

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