‹ Le Pangermanisme en AutricheChapitre 19 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sommaire. — Le ministre fédéraliste et tchéquopliile llolienwart (4 février 1871). — L'opposition allemande et les congrès allemands-autrichiens. — Le Congrès des Jeunes (27 avril 1871).

— Les entrevues de l'été 1871. — M. de Bismarck et le pangermanisme. — M. de Beust et l'empereur Guillaume, — La démission d'Hohenwart (30 octobre 1871). — M. de Beust renvoyé et remplacé par Andrassy (14 novembre 1871). — Le ministère Adolf Auersperg. — La loi électorale du G mars 1872. — M. de Schœnerer et la question de Bosnie (décembre 1878). — Le ministère de transition Stremayr (16 février 1879). — Le ministère Taatfe (12 août 1879). — L'alliance austro-allemande (7 octobre 1879). — Les ordonnances Ïaalî'e-Stremayr. — Le Deutscher Scbulverein. — La VereinigtedeutscbeLinke de 1881. — L'apparition des Deutsch-Nationale dans les diètes de Gisleithanie en 1883. — Les propositions de division de la Bohême en deux.

— Les élections de 1885. — Le Deutscher-Glub. — L'interpellation Knotz (avril 1887) et la scis.sion des partis allemands. — llerbst contre Knotz. — La Deutsch-Nationale Vereinigung du D'" Steinwender. — La Scliœnerer Fraction (6 novembre 1888).

— M. de Schœnerer et le Neues Wiener ïagblatt. — La retraite forcée de Schœnerer (5 mai 1888). — Le voyage de Guillaume 11 à Vienne (septembre 1888). — La situation dans les Landtage en 1889. — Les Deutsch-Nationale (Ici 8D1 : hommes et journau.x.

— La démission du comte Taatfe (28 octobre 1893). —Le ministère de concentration Windischgraîtz (octobre 1893-juin 1895). — Le ministère de transition Kielmansegg (juin-octobre 1895). — Le ministère Badeni (octobre 1895). — La situation dans les Land-

tage en 189o. — La réforme électorale du 18 février 1896. — Les élections de mars 1897. — Les ordonnances Badeni (o avril 1897).

— L'agitation nationale allemande. — La réunion de Dresde (mai 1897). — L'obstruction allemande. — Les scandales au Parlement.— La démission du comte Badeni (28 novembre 1897). — Le ministèreGautscb (30novembrel897). — Les ordonnances Gautscli.

— Le ministère Thun (5 mars 1898). — M. de Schœnerer contre la gauche allemande. — La séance du 30 mars 1898. — La rupture entre les radicaux allemands de Schœnerer et les autres partis allemands. — La démission du comte Tliim (septembre 1899).

— Le ministère Clary (2 octobre 1899). — Le retrait des ordonnances Gautsch (14 octobre 1899). — La démission du comte Clary (21 décembre 1899). — Le ministère Wittek. — La « Los von Rom Bewegung ». — Son caractère politique. — Son ampleur. — Le discours de l'archiduc François-Ferdinand. — La démission du cabinet Wittek (19 janvier 1900). — Le ministère Kœrber (20 janvier 1900). — L'intransigeance des pangermanistes. --- La dissolution de la Chambre (8 septembre 1900). — Les élections de janvier 1901. — Les succès des pangermanistes et des populistes allemands. — Wolf contre Schœnerer. — La séance du 18 mars 1!)02. — Le dernier mot d'une évolution: « llocli und iïeil den Hohenzollern ».

L'empire allemand venait à peine de se fonder à Versailles, que Tempereur François-Joseph apportait un nouveau changement à l'orientation de la politique autrichienne. M. de Beust conservait sans doute la direction des affaires extérieures, mais à l'intérieur l'empereur tentait un essai hardi, et au moment môme oii l'idée de l'unité allemande, de la suprématie de la culture germanique triomphait dans l'apothéose impériale, savamment réglée par M. de Bismarck, le monarque autrichien allait essayer de gouverner ses Etats cisleithans, en s'appiiyant non plus sur l'élément allemand, mais au contraire sur les autres nationalités. Le 4 février 1871

le comte Charles Hohenwart', àqui Tempereiir avait fait appel, formait en effet son ministère. Ainsi s'achevaitrévolution commencée un an auparavant, en février 1870, et qui faisait passer le pouvoir d'Auersperg à Hasner, de Hasner à Potocki et de Polocki à Hohenwart, menant par degrés et par une transition savante du centralisme allemand au fédéralisme tchéquophile. L'arrivée aux affaires du comte Hohenwart marquait, en effet, sinon la fin, tout au moins une interruption sérieuse dans le règne jusque-là quasi ininterrompu des Allemands lihéraux. Le nouveau ministère était nettement tchéquophile et allait être pour l'élément allemand un adversaire beaucoup plus sérieux que ne l'avait été autrefois même le ministère Belcredi. Les articles fondamentaux, hautement proclamés, du programme du comte Hohenwart eurent donc pour résultat immédiatd'inquiéter les partis allemands. Leur crainte prédominante était que la nouvelle politique, favorisant les Tchèques en Bohême, parvint à y faire perdre à l'élément allemand son influence, ce qui eût été, à leur point de vue, la pire des catastrophes.

Il faut bien reconnaître d'ailleurs que les premiers eflets du nouveau régime semblaient bien faits pour

1. Hohenwart (Karl, Siegraund, comte), né le 12 février 1824. Haut fonctionnaire dans Tadministration depuis 18o7. Président du Conseil autrichien et ministre de l'Intérieur (4 février 1871); démissionne le 30 octobre 1871. Président de la Cour suprême en 1885.

jiistilier leurs inquiétudes. La politique du Gouvernement avait un contre-coup immédiat sur la composition de certaines assemblées locales, comme, par exemple, les Diètes de Bohême et de Moravie, 011 les Allemands perdaient la majorité et la Diète de la Haute-Autriche elle-même, où leur situation évidemment inexpugnable subissait néanmoins des assauts sérieux qui Tébranlaient assez fortement. La politique intérieure du ministère était, en effet, nettement et délibérément dirigée contre Lantique prépondérance de l'élément allemand. Nous n'avons pas ici la prétention de vouloir juger cette politique en elle-même, nous ne voulons môme pas discuter la question de savoir si peut-être, si sans doute même, la politique de concessions aux nationlités non allemandes, appliquée de façon moins précipitée, moins brutale, progressivement et avec modération, n'était pas la véritable politique à suivre alors. Mais, au point de vue où nous nous plaçons, une seule chose nous importe et nous frappe, c'est que la politique du comte Hohenwart devait fatalement susciter de la part des Allemands d'Autriche, l'opposition la plus résolue. Et tout naturellement cette opposition va se trouver amenée à chercher un appui chez l'homme d'Etat qui, déchu, désabusé, devenu à peine l'ombre de ce qu'il avait été, n'en gardait pas moins la direction de la politique extérieure de la monarchie, qu'il avait toujours aiguillée dans un sens favorable à l'élément aile-

mand, à opposer on un mot Beust à Hohenwart et peut-être môme bientôt, passant par-dessus la tête de l'ancien ministre du roi de Saxe, à chengher le point d'appui nécessaire, indispensable,., a Berlin. Le mécontentement, l'excitation devenaient, en ciïet, tels dans les partis allemands que Ton en arrivait déjà à prononcer dans les débats parlementaires, des paroles du genre de celles que nous allons citer et qui furent lancées comme un cri d'alarme, comme un suprême avertissement, à la Cbambre des Seigneurs, par le comte Anton Auersperg, un des membres les plus éminents du parti libéral allemand. Ce sont celles-là mômes que rappelait, en ces termes, dans un discours fameux, prononcé dans des circonstances analogues, le député D' Funke, à la Chambre des députés, le 8 novembre 1897 : « Et lorsque Hohenwart voulut, par un coup d'Etat, réaliser le fédéralisme au profit des Tchèques, Anton Auersperg s'écria à la Chambre des Seigneurs d'Autriche : « Puisse-t-il ne jamais (( arriver que FAUemand se sente étranger en Au- « triche. Il se pourrait qu'alors le mal du pays s'émet parâtde lui avec une force irrésistible . » ( Vwe approbation et applaudis seme?its répété a à gauche^.) Ces simples paroles, si éloquentes dans leur concision

1. Abgeordneter D' Funke, De/- Sprachenkampf in Bohmen : Ol)structlonsrede gehalien in der Sitzung des œsLerreichischen Abgeordnetenhaiises vom S'"" november 1897, herausgegeben zu Gunsten des nationalen Sclnitzvereines « Deutsche Wacht » in Leilmerilz, Leitmeritz, 1897, p. 95.

désespérée, prononcées par un orateur, sur lequel son nom seul suffirait déjà à attirer l'attention, n'en disent-elles pas long sur le mouvement d'idées qui se dessine, motivé parla présence au pouvoir d'un ministère hostile, chez les Allemands d'Autriche, a cette époque.

D'ailleurs, c'est vers le môme moment, au mois de février 1871, que se réunit à Vienne le second Congrès allemand-autrichien (Zweiter Deutsch- OEsterreichischer Parteitag) convoqué par le (( Deutscher Verein » (mot à mot l'association allemande). On y parle beaucoup et l'idée dominante des membres de ce Congrès, c'est ensommeralliance austro-allemande. Il ne faudrait, sans doute, en aucune façon, confondre cette idée-là avec l'idée pangermaniste, mais elle constitue néanmoins chez des Autrichiens, moins de cinq ans après Sadowa, un symptôme curieux. Elle nous prouve que la possibilité, désormais démontrée, d'un Gouvernement réputé anti-allemand en Autriche, a amené un changement notable dans la situation respective des dilTérentes nationalités, et il est dès lors certain que cet état de choses, que nous n'avons pas à juger en lui-même, fera faire à l'idée pangermaniste, depuis si longtemps latente, un grand pas en Autriche. Cette tendance nouvelle chez les Allemands d'Autriche, la conception, très différente de toutes leurs anciennes idées, qu'ils se font alors de leur situation, on en trouve l'expression frappante dans

un discours que prononçait, à la Chambre des députés, M. KnoU, le 23 mars 1871 K Nous y voyons l'orateur allemand se demander pourquoi les Tchèques, les Polonais et les Ruthènes auraient, eux, le droit de se sentir avant tout Tchèques, Polonais et Ruthènes, alors que, seuls de toutes les nationalités de la monarchie, les Allemands d'Autriche devraient ne se considérer que comme Autrichiens et oublier qu'ils sont aussi Allemands. N'est-ce pas là un langage significatif, qui vient conlirmer tout ce que nous avons dit plus haut sur la propension des Allemands d'Autriche à ne plus vouloir être que des sociétaires comme les autres dans la monarchie et à garder intact leur caractère de rameau de la race germanique.

¥A la présence au pouvoir du ministère Hohenwart venait encore attiser le feu. Le mouvement s'accentue, les tendances s'accusent et s'affirment de plus en plus nettement. Le 27 avril 1871, un nouveau « Parteitag » (Congrès) se réunit à Vienne. C'est le « Parteitag der Jungen », le Congrès des Jeunes, et ce titre de « Jeunes » nous démontre déjà à lui seul que les membres de ce Congrès sont animés de dispositions plus énergiques et plus belliqueuses vis-à-vis du ministère exécré que les congrès précédents. Mais si leur titre est, à cet égard, significatif, leur programme reste encore bien

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