‹ Le Pangermanisme en AutricheChapitre 18 sur 37 · D" Gustav Kohn. op. cit., p. 172 et · texte numérisé non relu

D" Gustav Kohn. op. cit., p. 172 et

quatre ans, éclatait en effet sur ces entrefaites. La question, si souvent discutée, de savoir si M. de Beust avait avec la France des engagements, ne nous retiendra pas. A quoi sert, en effet, d'argumenter et d'épiloguer sur ce qui est passé? Quoi qu'il en soit, et que M. de Beust se trouvât ou non engagé vis-à-vis de la France, une chose est absolument certaine, c'est que l'Autriche n'était pas prête à entrer en campagne. Et puis, à côté de cet argument primordial et irréfutable, un autre argument, moral celui-là, incitait l'Autriche tout au moins à la neutralité. C'est que, dès 1870, chez la plupart des Allemands d'Autriche, le sentiment de la solidarité allemande primait le désir de revanche de Sadowa. Et si M. de Beust pouvait, s'il devait même, à notre avis, pour bien des raisons, souhaiter au fond la défaite de la Prusse, parce que cette défaite permettrait peut-être à l'Autriche, restée en dehors de la lutte, à l'Autriche, qui aurait conservé ses forces intactes, d'intervenir, le moment venu, comme médiatrice et de reconstituer l'Allemagne sous son hégémonie, il ne pouvait cependant, en aucune façon, songer à redonner à l'empereur d'Autriche la couronne impériale allemande par une guerre victorieuse, menée de concert avec la France contre... ce qui était en somme déjà l'Allemagne.

Et puis, répétons-le, l'Autriche n'était pas prête pour une campagne aussi hasardeuse. Elle assista

donc, figée dans une immobilité correcte, matée de plus d'avance par l'attitude prussophile de la Russie, à la lutte qui se déroulait. Sans doute, au fond, ses sympathies étaient pour la France, mais elle n'en observa pas moins la plus parfaite, la plus irréprochable neutralité. Et les événements se précipitent d'ailleurs avec une rapidité foudroyante, jusqu'au jour néfaste, où la catastrophe de Sedan, en assurant définitivement le triomphe de la Prusse, vient dissiper brutalement, comme un coup de massue frappant le tissu frêle de ses intrigues, les dernières espérances de M. de Beust. De ce jour, l'empire allemand est fait, et jamais l'Autriche n'y rentrera... à moins que le rêve étrange des pangermanistes autrichiens d'aujourd'hui de l'y voir rentrer comme terre conquise et sujette, ne se réalise un jour, à notre avis pour le plus grand malheur de tous.

M. de Beust se rendit compte que tout était fini, et lorsqu'alors M. de Bismarck, que l'attitude éventuelle de l'Autriche avait un moment inquiété, mais qui, dès lors, rassuré complètement par le triomphe décisif des armées allemandes, ne cherchait plus qu'à l'attacher solidement à la remorque de la nouvelle Allemagne, qu'il allait fonder quelques jours plus tard, daigna faire des avances au ministre autrichien le 14 décembre 1870, M. de Beust répondit par une protestation chaleureuse... de dévouement sincère et cordial (20 décembre 1870).

L'ère de la lutte pour l'Allemagne est définitivement close. Les rôles sont renversés, l'évolution est accomplie. L'aimant de Habsbourg, centre traditionnel d'attraction pour les Allemands, qui, autrefois solidement ancré à Vienne, avait eu ensuite à résister à l'influence rivale de cet aimant nouveau, installé depuis vingt ans environ sur les bords de la Sprée, a irrémédiablement perdu sa force. La politique extérieure de l'Autriche, se ressentant toujours des contre-coups de sa politique intérieure, lui a fait perdre l'Allemagne. Peut-on réellement l'en blâmer et la juger uniquement sur ce résultat brutal et navrant? Nous ne le croyons pas. Ce qui est arrivé, en effet, devait arriver ; c'était le résultat fatal d'une situation naturelle et de l'histoire de tout un siècle. L'unité allemande depuis iSio ne pouvait plus se réaliser que sans l'Autriche et en dehors d'elle.

La politique intérieure de l'Autriche va désormais passer au premier plan dans cette brève étude; nous suivrons ses fluctuations incessantes, nous les verrons se succéder et s'enchevêtrer de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes, par suite du manque de plan bien arrêté chez le souverain et ses ministres, par suite aussi des revendications sans cesse plus menaçantes et plus vives des innombrables nationalités qui forment, selon l'expression si vraie de M. Charles Benoist^

1. M. Charles Benoist, la Monarchie habsbourgeoise; Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1897, p. 774,

cette (( mosaïque de peuples » qu'est l'Autriche-llongrie. Et ainsi cette politique intérieure fournira des prétextes nombreux, quoique le plus souvent peu sérieux, à tous ceux qui auront intérêt à se poser en victimes, et notamment à ceux qui, sentant le besoin de colorer de couleurs plus brillantes leur désir de se séparer des Habsbourg pour aller se jeter dans les bras des Hohenzollern, compareront avec partialité, souvent même avec mauvaise foi, la politique ondoyante, imposée en matière de nationalités aux hommes d'Etat autrichiens par la composition même de leur champ d'activité, à la politique germanisatrice à outrance, dure, inflexible et entière dans son germanisme rigoureux et intransigeant de la dynastie prussienne. Toutes les armes, en. effet, seront bonnes pour ceux qui, oublieux de tout ce qu'ils doivent au pays natal, oublieux des humiliations subies en 1866, rêvent d'abandonner de gaieté de cœur leur titre de citoyens autrichiens, pour aller se fondre et s'incorporer dans l'immense armée que, sous le nom d'Allemagne, conduit encore aujourd'hui, d'après eux vers quelque but ignoré, grandiose et mystérieux le roi de Prusse.

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