D"' Gustav Kohn, op. cit.., p
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régularité quasi-mathématique. En effet, voici M. de Plener (qui n'est cependant certainement pas un National-Allemand) qui continue résolument la campagne entamée par lui en décembre précédent en vue de la division de la Bohême. Les deux fort beaux discours qu'il prononce le 18 et le 19 janvier 1886 n'empêchent pas, d'ailleurs, sa proposition d'être repoussée. C'est sur la Bohême que se concentrent alors les efforts de tous. C'est, eu effet, de Bohême encore que, sous la forme d'une pétition portant les signatures de 1.700.000 Allemands de Bohême, part une protestation contre les fameuses ordonnances de 1880, dont nous avons parlé plus haut. Cette pétition monstre est d'ailleurs rejetée par leBeichsrath, et le ministre de la Justice , M. Prazak ^ édicté même le 23 septembre 1886, au sujet du « Oberlandesgericht » (cour d'appel) de Prague, \::ie ordonnance qui complète celles de 1880.
Les Allemands ne se découragent cependant pas encore. Le 22 décembre 1886, M. de Plener, décidément infatigable, soumet à nouveau à la Diète de Bohême le projet de division de la Bohême en
1. Prazak (Aloys, baron de), né àUngarisch-IIradisch (Moravie), le 21 février 1820. Avocat à lîrûnn, siège en 1848 à la Diète de Moravie et au Reichstag sur les bancs de la droite slave. Réélu en 1861, devient le chef du parti tchèque modéré, ministre sans portefeuille dans le cabinet Taatie (12 août 1879), puis ministre de la Justice (avril 1881), auteur des ordonnances linguistiques de 1881 et de 1886. Devant l'hostilité violente des partis allemands, il se voit obligé (le résignerle portefeuille de la Justice en octobre 1888 et ses fonctions ministérielles en août 1S92.
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deux. Ce projet présente pour nous plus d'intérêt encore qu'on ne pourrait le croire ; en effet, la principale objection que lui aient faite ses adversaires, c'était que son adoption et son exécution traceraient par avance le cadre d'une annexion future de la Bohême allemande à l'Allemagne. Nous n'avons pas ici à examiner si oui ou non cette objection étaitfondée, mais ce que l'on peut affirmer c'est que l'apôtre incontesté du projet, M. de Plener, n'agissait certainement pas dans le but de préparer cette annexion, car ce serait l'œuvre d'un pangermaniste, et c'est ce que M. de Plener n'est pas.
Le succès fut, d'ailleurs, encore cette fois-ci, négatif. La Diète, saisie du projet de M. de Plener, se contenta, en effet, de passer purement et simplement à l'ordre du jour. A quoi les députés allemands, suivant leur chef, M. Schmeykal, répondirent en quittant en masse la salle des séances. C'est désormais la rupture absolue, l'état de guerre ouverte et acharnée entre les Tchèques et les Allemands, qui cessent tous rapports. Sans doute, la situation des Allemands en Bohème n'est pas extrêmement brillante à cette époque de crise ; mais incontestablement ils s'exagèrent encore leurs malheurs, en se posant presque en martyrs, ce qui n'était, d'ailleurs, peut-être pas une mauvaise tactique. C'est le moment, en effet, en 1886, où leur devise sonne comme un cri à la fois de guerre et
de détresse : « Lieber Deutsch sterbcn als tchechisclî verderben » (Plutôt mourir Allemand que pourrir Tchèque).
Les Allemands défendent cependant pied à pied leur antique prépondérance en Gisleithanie. Toute la politique autrichienne pendant cette période, si curieuse à tant de points de vue, du ministère Taaffe, semble être un perpétuel recommencement. Voici, en effet, que, reprenant sous une forme un peu différente l'audacieuse proposition du comte Wurmbrand, qui avait été (nous l'avons vu plus haut) repoussée deux ans auparavant, le baron de Scharschmid, vient, au nom du parti national-allemand, demander que l'allemand soit proclamé langue officielle en Gisleithanie. Manifestation platonique, d'ailleurs, qui n'eut pas un sort meilleur que la proposition Wurmbrand. De part et d'autre, on s'aigrit de plus en plus, les discussions s'enveniment sans cesse ; tout le monde a perdu son sang-froid, et de tous côtés pleuvent les revendications, les exigences, les protestations ou les plaintes.
C'est pourtant à ce moment où tous. Tchèques aussi bien qu'Allemands, paraissent avoir perdu toute notion de l'intérêt général du pays, que l'année 1887 va voir se dessiner un mouvement nouveau, et s'esquisser, chose presque incroyable dans une crise pareille, une scission très nette dans les partis allemands. Depuis le temps, en
effet, que les Allemands combattent côte à côte contre le ministère, ils ont pu se connaître mieux, et les Allemands libéraux, bons Autrichiens avant tout, malgré des égarements passagers, qui déplorent sincèrement la situation politique, qu'ils jugent à tort ou à raison néfaste pour le pays, mt fini par se rendre compte qu'il y a, à côté 'eux, des Allemands qui sont, au fond, enchantés [de cette crise aiguë, parce qu'ils croient que la politique tchéquophile du comte Taaffe doit fatalement jeter les Allemands d'Autriche dans les )ras de l'Allemagne. De là, les malentendus une fois dissipés, des tiraillements, et à bref délai une îcission inévitable. Ces tendances contraires se font jour, pour la première fois, d'une manière éclatante, dans le grand débat qui eut lieu à la Chambre les députés, en avril et en mai 1887, au sujet toujours de la Bohême. Le motif de ce débat, c'était [une interpellation du député Knotz sur la politique suivie par le gouverneur de la Bohême. Après un discours assez violent du député Menger le ^26 avril 1887 \ ce fut le tour de M. Herbst, dont le jremarquable discours, prononcé à la séance du 30 avril, marque très clairement que les Allemands libéraux veulent être avant tout Autrichiens, et que c'est en tant qiC Autrichiens qu'ils déplorent la politique du ministère Taaffe et ses conséquences,
\. Voir Extraits : D"" Gustav Kohn, op. cit., p. i79.
au premier rang desquelles ils placent Tattraction sans cesse grandissante, et par eux réprouvée, qu'exerce de plus en plus sur certains Allemands d'Autriche, l'empire allemand.
Voici la traduction aussi exacte que possible d'un des passages les plus significatifs du magnifique discours de M. Herbst, dont le patriotisme autrichien éprouvé ne saurait être mis en doute, et à qui une longue et glorieuse carrière donnait le droit de parler au nom des représentants les plus distingués des Allemands d'Autriche : « Le sentiment de solidarité des Allemands en Autriche, disait M. Herbst, ne doit pas être indifférent à l'Etat.. . Et voilà pourquoi il est de r intérêt de V Autriche que les Allemands en Autriche restent étroitement unis ^ qu ils gravitent vers la ville de Vienne^ considérée comme le centre de gravité de l'Autriche^ et voilà pourquoi aussi il est de r intérêt de P Autriche qu'on ne leur rende pas cette ligne de conduite de plus en plus difficile à suivre^. » En regard de ces fort belles paroles, si sincères et si loyales, qu'affaiblirait tout commentaire, il convient de placer aussitôt, comme contraste frappant, l'opinion opposée, dans toute sa violence singulièrement suspecte au point de vue autrichien, l'opinion opposée qui est, en somme, le dernier mot et l'expression la plus brutale de la doctrine pangermaniste. Nous la trouverons dans le discours
1. Voir texte allemand : D"" Gustav Kohn, op. cit.y p. 145-146.
que prononça, le 5 mai 1887, le dt;puté Knotz, l'instigateur de ce grand débat, et dont voici, traduit aussi fidèlement que possible, le passage culminant : (( Lorsque je considère la situation désespérée de cet Etat marécageux, blessé à mort, qui occupe les bords du Danube, je me sens rassuré par une phrase que j'ai lue récemment, et qui fut prononcée par l'ancien ministre de Saxe à la cour de Vienne, le comte Vitzthum, en cette année orageuse de 1848, au sujet de l'Autriche, qu'une femme spirituelle et influente appelait alors le petit franciscain (das Franciscanerl), la petite pastille à brûler de l'encens (das Raucherkerzchen). Voici quelle était la phrase du comte Vitzthum : Une seule pensée me soutient, c'est que le jour où ce petit franciscain consumé (dièses ausgebrannte Franciscanerl) qu'est rÉtat autrichien devra fatalement tomber en poussière, sa cendre servira d'engrais au sol allemand^.)) La simple opposition des passages principaux de ces deux discours de M. Herbst et de M. Knotz nous paraît indiquer assez clairement la scission inévitable entre les partis allemands. Et cette scission, fatalement, du moment qu'elle a pu se dessiner, ne fera que s'accentuer de jour en jour. Les paroles de M. Knotz nous semblent, de leur côté, assez éloquentes dans leur violence un peu sauvage, dans leur franchise presque féroce pour pouvoir se pas-
1. Voir texte allemand : D'' Gustav Kohn, op. cit., p. 179-180.
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ser, elles aussi, de tout commentaire. Regrets sincères au sujet de la situation critique d'un coté, désir avoué que les choses aillent de plus en plus mal, pour que le mécontentement général facilite l'œuvre pangermaniste de l'autre, voilà le tableau de l'état d'esprit tel qu'il règne en 1887 dans les deux fractions allemandes. Il est clair et saisissant, et le débat qui l'a mis ainsi en lumière nous paraissait, par conséquent, ne pas devoir être laissé de côté. Nous ne signalerons, d'ailleurs, en dehors des deux manifestations oratoires de M. Herbst et de M. Knotz qu'un discours intéressant, lui aussi, prononcé par le député Sturm le 12 mai. Ce discours, en effet, très mélancolique effort pessimiste, appelle l'attention de tous sur une vérité que l'avenir justifiera et confirmera. L'orateur y prédit, en termes éloquents, au comte Taaffe, qu'il réussira à blesser profondément les Allemands, sans pour cela satisfaire complètement les Slaves, et qu'ainsi le jour viendra oii, ne pouvant plus compter, dans l'état actuel des choses, sur Tappui des uns ni des autres, il devra fatalement chercher à regagner à nouveau les sympathies des Allemands, que ceux-ci, à leur tour, lui feront alors payer cher ^ C'est là une note assez nouvelle, une vue originale et clairvoyante de la situation qui méritait, par conséquent, d'être signalée.
1. Voir texte allemand :£a'^?'«z7s; D' GustavKohn, op. cï/..p.l52.
Mais ici encoi^e Ton pourrait nous objecter que
cette scission des partis allemands, tant qu'elle ne
le manifeste que par des discours, peut n'être qu'ap-
mrente. Soit. Mais à côté des discours, il y a d'autres
fymptômes, d'autres preuves de son existence réelle.
'oici, en effet, qu'en 1887 se constitue dans ce Deutscher Club » (Club allemand), qui déjà ne
jmprenait pas toute l'opposition allemande, et ne ïe composait guère que d'Allemands-Nationaux, un îous-groupe. Et ce sous-groupe, par le titre qu'il se lonne et par les raisons qui motivent sa constitu- [ion, est l'indice évident qu'une scission effective se ►répare non seulement entre Allemands-Libéraux it Allemands-Nationaux, mais aussi dans le sein
lêmede ces Allemands-Nationaux. Ce sous-groupe, (n effet, s'intitule la Deutsch-Nationale Vereinitung » (l'union nationale allemande). Il a pour chef D"" Steinwender, et se compose d'une cohorte l'avancés qui trouvent la majorité du Deutscher Ilub elle-même trop tiède pour l'idée nationaledlemande. Sans que le titre de pangermaniste igure encore sur l'étiquette de ce groupe, on voit cependant qu'il pourrait justement s'en parer.
En Bohême, la situation n'a guère changé ; elle Sst toujours plus que tendue, puisque les Allemands Refusent obstinément de siéger à la Diète pendant
)ute la session 1887-1888. De quelque côté que
l'on se tourne, on est donc obligé de reconnaître
[ue, partout l'année 1887 a vu la lutte pour la supré-
matie en Autriche augmenter d'âpreté, de violence, nous dirions presque môme, devenir féroce. Le seul fait dont puissent peut-ôtre se réjouir les esprits raisonnables, qui réprouvent également les violences, de quelque parti qu'elles proviennent, c'est cet lieureux quoique tardif retour des Allemands libéraux sur eux-mêmes, maintenant qu'ils ont enlin cessé d'être aveugles, et su comprendre le véritable but des agitateurs pangermanistes.
La scission, désormais nettement dessinée dans l'opposition alleinande, va suivre son cours naturel, s'accentuer encore, et s'achever enfin en 1888. Le 6 novembre 1888, elle devient un fait accompli.
Ce jour-là, en effet, le reste du Deutscher Club, c'est-à-dire l'ensemble de tous ceux de ses membres qui ne font pas partie de la Deutsch-Nationale Vereinigung, se rallie solennellement à l'autre groupe de la gauche allemande, à celui qui depuis longtemps a vu les dangers de Tidée nationale allemande poussée à l'extrême, et qui, en conséquence, a pris le titre clair et net, sans équivoque, de (( Deutsch-OEsterreichischerClub » (Club allemandautrichien). Ces deux groupes importants, qui fusionnent ainsi, adoptent un programme commun, et leur réunion constitue alors la» Vereinigte Deutsche Linke » (gauche allemande unie). Au terme de cette évolution, c'est-à-dire à lafinde 1888,1a situation des partis allemands à la Chambre est donc la suivante : « Vereinigte Deutsche Linke » [c'est-à-
(lire, en somme, l'ancien parti des Deutsch Libérale (Allemands-Libéraux) reconstitué par la fusion du Deutsch-OEsterreicbischer Club et de la fraction modérée du Deutscher Club] : 112 membres, l^uis la (( Deutsch-Nationale Vereinigung- » du D' Steinwender : 16 membres. Enlîn, un groupe extrême de 5 députés, qui trouve la Deutsch-Nationale Vereinigung elle-même trop modérée, et qui, empruntant son nom à celui de son chef, M. de Schœnerer, est connue sous le nom de Schœnerer Fraction (groupe Schœnerer]. La scission, définitivement elîectuée en 1888 parmi les 133 membres qui foraient la gauche allemande sur 353 députés que îompte alors la Chambre, est donc fort précise et •es facile à comprendre.
Notons d'ailleurs qu'à cette époque, le véritable >arti pangermaniste, le parti sérieux, c'est la leutsch-Nationale Vereinigung ». Le parti Schœlerer, n'a en effet, encore que peu d'intluence politique et ne se signale guère (mais il est vrai alors Lvec retentissement) que par des scandales et des iolences clignes tout au plus de bandes d'insurgés, .e parti Schœnerer se trouvait aussi, à ce moment, tout au moins passagèrement, privé de son chef, que ies démêlés avec la justice de son pays obligeaient se retirer pour quelque temps de la vie politique. In elTet, le jourual Nettes Wiener Tagblatt ayant !u l'audace de lancer faussement la nouvelle de la nort de l'empereur Guillaume I", M. de Schœ-
nerer considéra cet acte comme une offense personnelle. Avec sa douceur habituelle, Tapôtre du pangermanisme en Autriche pénétra de force dans les bureaux du Taghlatt^ on il se livra à une démonstration violente suivie de voies de fait. Un procès s'ensuivit qui tourna mal pour le fougueux champion de Guillaume V\ Sa petite descente à main armée dans les bureaux du Tagblait lui valut en effet quatre mois de prison, la perte de son titre de chevalier et de son mandat de député (5 mai 1888). Il put ainsi aller jouir de loisirs momentanés loin du Parlement et de la vie politique, au château de Rosenau où il se retira, et réfléchir aux inconvénients qu'il y a à vouloir convertir les gens aux opinions qu'on professe, à coups de canne. Il parut mem^î, pendant quelque temps, avoir renoncé à la politique. Malheureusement pour TAutriche, l'avenir devait prouver que ce n'était pas une retraite définitive, et nous retrouverons bientôt le nom du célèbre agitateur, entouré du bruit et des scandales qui paraissent son escorte la plus chère. Son parti devient d'ailleurs de plus en plus friand des manifestations bruyantes dans la rue. C'est ainsi, par exemple, que, quand l'empereur Guillaume IH
1. Guillaume 11, roi de Prusse, empereur d'Allemagne, né k Berlin, le 27 janvier 1859. Fils de l'empereur Frédéric 111 et de l'impératrice Victoria, entre dans l'armée le 27 janvier 1869, lieutenant au l^"" régiment d'infanterie de la Garde royale le 27 janvier 1877, il suit les cours de l'Université de Bonn jusqu'en 1879, épouse, le 21 lévrier 1880, la princesse Augusta-Victoria de Slesvig-llolstein, Sonderburg-Augustenburg et monte sur le trône le 13 juin 1888.
viendra à Vienne, au mois de septembre 1888, les bandes antisémites de M. de Scbœnerer (car cet admirable créateur d'instruments de discorde est en môme temps le fondateur presque incontesté de ^'antisémitisme en Autriche) crurent de bon ton ['acclamer le jeune monarque allemand comme leur empereur », ce qui, bien entendu, n'alla pas lans causer quelque scandale.
Ceci dit, détournons-nous un instant de toute jette agitation, à vrai dire un peu factice, pour jeter un coup d'œil sur ces assemblées provinciales [ui nous donnent aussi des indications assez préyeuses sur l'état d'esprit du moment. Voici, toumrs d'après M. Julius Patzelt^ la situation pendant îs années 1889-1890-1891. Dans la Basse-Autriche, !S Allemands-Nationaux qui comptaient, en 1883, représentants, groupe de la majorité, sur 18 membres de la Diète, ne sont plus que 4 sur 72, it en même temps les Schœnerianer (qui faisaient iux partie de la minorité), de 9 sur 68 en 1883, ^ont tombés à 2 sur 72. Voilà donc une province iù les Allemands-Nationaux et les Schœnerianer itit incontestablement perdu beaucoup de terrain lepuis 1883. En Haute-Autriche, il est vrai, alors [u'en 1883, aucun des 50 membres du Landtag ne s'inlitulait Allemand-National , il y a un Allemand-Natio-
)epuis ce moment-là, son histoire est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la rappeler ici.