‹ Le Pangermanisme en AutricheChapitre 9 sur 37 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

de TEurope, comme dans celui de la France, querAutriche,en se renouvelant, saura échapper à la dislocation, aussi bien qu'au démembrement. Plus on étudie l'Empire des Habsbourg, et plus on se convainc de la maxime proclamée, en 1848, par Palatzky, le grand patriote tchèque : « Si l'Autriche n'existait pas, il faudrait l'inventer. » Elle existe, elle est toujours debout, la vieille monarchie; et loin de désirer sa ruine, les amis de la paix et de la liberté lui doivent sou-

haiter longue vie.

Anatole Leroy-Beaulieu.

Le réveil des nationalités et de l'idée nationale, Yoilà le spectacle que l'Europe du xix'^ siècle a vu se dérouler, conséquence fatale de la Révolution française, à travers tout un siècle de bouleversements et de remaniements politiques. Bien plus, le xix^ siècle a même vu la politique d'un grand pays, de celui qui, à ce moment-là, a la prétention, d'ailleurs justifiée, de jouer le premier rôle, la politique de la France de Napoléon lïT dominée assez longtemps par un principe qu'on appelle ouvertement le principe des nationalités. — Dans presque tous les pays d'Europe, cette renaissance de l'idée nationale a provoqué et provoque encore aujourd'hui des mouvements nationaux, qui, de plus en plus, par la force que donne toujours à un mouvement politique un

moteur aussi puissant qu'une idée nationale, s'imposent à la considération générale. Parmi tous ces mouvements, qui ont pour théâtre presque tous les pays qui ne peuvent comme la France se réjouir d'une unité nationale basée sur des siècles d'existence commune, un de ceux incontestablement qui méritent d'attirer au plus haut degré l'attention, et par son importance et surtout par les conséquences incalculables qu'entraînerait sa réussite, c'est le mouvement pangermaniste. Et comme une agitation de ce genre est d'autant plus redoutable qu'elle est déchaînée dans un pays tourmenté, troublé, dont la politique intérieure ne présente malheureusement aucune stabilité, il est facile de voir quel élément formidable de succès ont pu être pour ce mouvement pangermaniste les nombreuses et presque incessantes crises, au milieu desquelles se débat interminablement la monarchie Austrohongroise. — Il n'est donc guère contestable que nous nous trouvons là en présence d'un mouvement qui, sans être peut-être immédiatement inquiétant, n'en a pas moins acquis une très réelle et très regrettable importance. Si, en effet.

nous songeons que nous avons affaire là à un mouvement dont le but avoué est d'incorporel* dans ce redoutable empire allemand, que domine aujourd'hui encore la puissante stature du terrible chancelier de fer, tous les enfants que la race allemande compte dans la monarchie dualiste, que, par conséquent, sa réussite aboutirait à détruire de fond en comble ce pauvre équilibre européen, si laborieusement établi par un siècle de guerres, nous reconnaîtrons qu'il n'est plus possible de fermer les yeux sur tout ce qui ce passe dans l'empire du Danube.

Il est donc indispensable que tant les hommes politiques, soucieux de connaître par avance les éléments d'un problème, qui peut d'un instant à l'autre se poser devant eux avec une si terrible acuité, que tous ceux qui peuvent peut-être rendre quelques services en projetant un peu de lumière sur ces questions assez obscures, que contribuent encore à obscurcir les exagérations de parti pris des adversaires en présence, ne se désintéressent pas de la lutte pour la vie engagée avec tant d'opiniâtreté sous l'aigle des Habsbourg.

Pour pouvoir juger ce mouvement pangermaniste, pour pouvoir le comprendre, il faudra le suivre pas à pas dans son histoire, et peut-être moins encore dans son histoire matérielle que dans son histoire, pour ainsi dire psychologique, et ainsi seulement nous pourrons, croyons-nous, dégager nettement les causes fatales, sans doute inéluctables, dont il est la funeste conséquence. Mais auparavant, il importe d'établir nettement, quoique brièvement, ce que Ton pourrait appeler les données mathématiques du problème et de mettre sous les yeux du lecteur les chiffres encore inertes auxquels l'histoire, qui s'est déroulée depuis un demi-siècle et que nous avons entrepris de retracer ici, donnera ensuite et la vie réelle et leur véritable signification. En un mot, il convient de nous arrêter un instant au seuil de cette histoire, pour montrer quelles indications toujours précieuses, la géographie, l'ethnographie et la statistique, ces sciences précises qui éclairent l'histoire politique, nous fournissent sur la question qui nous intéresse.

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