D' Gustav Kohn, op. cit., p
malgré tous ses efforts, Topposition allemande est une minorité et minorité elle reste. Les événements le montrent clairement. En effet, le jour où les Tchèques demanderont la modification des circonscriptions électorales de la grande propriété foncière en Bohême, modification dont le but évident est d'y enlever la majorité aux Allemands, ce sera en vain que la gauche protestera avec énergie contre la proposition et que son opposition se fera de jour en jour plus irréductible. La loi qui donne satisfaction à ses adversaires n'en sera pas moins votée le 4 octobre 1882. Bien plus, les Tchèques, continuant le cours de leurs succès, obtiendront, au milieu de l'indignation croissante de tous les partis allemands, qui y voient l'atteinte suprême portée aux privilèges auxquels ils se croient en droit de prétendre sans discussion, les Tchèques obtiendront par le dédoublement de l'Université de Prague, la satisfaction nationale qu'ils réclamaient depuis si longtemps, une Université tchèque dans la capitale de la Bohême.
L'opposition, cependant, continue la lutte, tenace et énergique; les discours succèdent aux discours. Ce sont là souvent de fort belles manifestations oratoires, mais leur effet sur la marche des affaires est à peu près nul. Tout ce que l'on peut en déduire, c'est que, visiblement et volontairement, les partis allemands exagèrent leur caractère national allemand, pour opposer au ministère une résis-
ce basée uniquement sur un sentiment national, itique, en effet, fort habile. Le discours, par impie, prononcé, à la Chambre des de'putés, par
député Carneri, le 27 février 1883 et surtout Lui qu'y prononçait le 28 février 1883 le député înger, sont extrêmement significatifs à cet ard*. Dans le désir de ne pas trop fatiguer le :îteur par des citations trop nombreuses, nous lUs bornerons k emprunter au discours du député enger un passage, dont M. Jules Preux nous inne la traduction qu'on va lire. Voici, en effet, s paroles que, le 28 février 1883, prononçait h la ibune autrichienne, M. Menger, et qu'accueillaient 5 vifs applaudissements : « Je crois que dans les rconstances actuelles, nous devons employer nos rces à ce à quoi elles sont destinées, c'est-à-dire à îclamer, étendre, renforcer la grande idée naonale allemande ^, » Cette phrase nette et claire ous prouve amplement jusqu'à quel point la itte contre le ministère Taaffe a surexcité et aigri opposition allemande, car elle est alors la base u programme même de gens qui ne sont aucunement des adeptes des idées de M. de Schœnerer.
U est vrai, pourrait-on dire, que les discours te sont pas tout, que les idées, pour frapper davanage les imaginations, y revêtent souvent une forme
i. D' Gustav Kohn, op. cit., p. 176 et 177.
2. Jules Preux, la Question des langues et les conflits de nationalités en Autriche sous le ministère du comte Taa/fe (1879-1888), >.25.
exagérée, qui ne répond pas au fond de la pensée de ceux qui les prononcent. Soit ! Mais voilà qu'en cette môme année 1883, nous voyons apparaître, pour la première fois croyons-nous, dans les « Landtage » (diètes) de la Cisleithanie des « Deutsch- Nationale » (Allemands-Nationaux), et même dans une province, des députés qui s'intitulent ouvertement « Schœnerianer » (partisans de Schœnerer), et cette dernière étiquette, notamment, dispense de tout commentaire.
Toutes réserves faites pour la difficulté très grande qu'il y a, surtout en Autriche, à déterminer exactement quelles opinions réelles cache une étiquette politique, les chiffres qui suivent et que nous empruntons à M. Julius Patzelt, qui les donne à la fin de son Œsten-eichisches Jahrbuch de 1898*, nous permettent de nous faire une idée aussi juste que possible de Tétendue du mouvement, soit simplement allemand-national, soit déjà pangermaniste à cette époque.
Au Landtag de la Basse-Autriche, nous trouvons, en 1883, 6 Allemands-Nationaux, votant avec la majorité de la Diète, et 9 «Schœnerianer», faisant partie de la minorité, sur 68 membres. On peut noter en passant qu'ici les pangermanistes purs Font emporté sur les Allemands-Nationaux et qu'en général les deux groupes y votent différemment.
1. Julius Patzelt, Œsterreichisches Jahrbuch, 1898. Wien, 4899, p. 186-188.
is la Haute-Autriche, par contre, sur les membres de la Diète, il n'y en a encore aucun
s'intitule Allemand-National, ni à plus forte son adepte de Schœnerer. En Styrie, 16 AUends-Nationaux, appartenant à la majorité de ssemblée, sur 63 membres. En Bohôme, 36 AUemds-Nationaux, groupe de la minorité, sur 242.
Silésie, 3 Allemands-Nationaux, englobés dans majorité, sur 31 membres. Ces chiffres sont assez rieux à connaître; ils nous prouvent, en effet, is entrer dans une étude approfondie de leur unification que nous ne voulons pas entreprendre , que si nulle part nous ne trouvons encore lo majorité à caractère national-allemand, dans ptaines provinces, cependant, le mouvement mpte déjà un nombre assez respectable de parans. Le fait aussi que les Nationaux- Alleands font partie tantôt des majorités des Diètes, alôt des minorités, nous fournit des indications sez intéressantes sur* Tétat d'esprit qui règne .ns les diverses provinces de la Cisleithanie L 1883. Nous ne pouvons malheureusement que isser au lecteur le soin de tirer d'autres conclu- 3ns des chiffres que nous lui donnons, car les >mmenter nous entraînerait trop loin du cadre de îtte étude, qui ne prétend qu'à être une esquisse istorique rapide du développement et de Tévoluon de ridée pangermaniste en Autriche.
Nous sommes, à cette époque, bien loin d'une
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accalmie quelconque, et Tannée 1884 voit le moi vement s'accentuer encore et la crise devenir c^ ^plus en plus aiguë. Voici, par exemple, pour nouiniM^ ^ le prouver, le député Foregger qui, nous dit "^B ^ Neue F/rie Presse du 9 janvier 1884, parlant *^
ses électeurs en Styrie, leur expose son programnzizi:»^ ^
de la manière suivante, très claire, comme on va - ^ ^
voir. 11 insiste, en effet, sur ce fait qu'un des poin '•^capitaux du programme de son parti (il est AIN raand-National fort avancé, comme ses déclaratioi le prouvent) c'est (nous empruntons la traductic de ce passage à l'intéressant ouvrage déjà cité M. Jules Preux *) « l'accession durable et intir (engst dauernder Anschluss) des pays héréditaire allemands de TAutriche à l'empire d'Allemagne Quelques jours après, c'est la proposition intra sigeante du comte Wurmbrand de décréter, en pleir ère de concessions aux nationalités non allemande "^^j l'allemand langue d'État unique en Cisleithani ^'^- Le 29 janvier 1884, la proposition Wurmbrand e- "^t repoussce à 31 voix de majorité, par 186 vo '^^ ^ contre 155.
L'opposition, cependant, ne désarme pas. Dei jours après cet échec, le 31 janvier 1884, le dépi llallovich prononçait à la Chambre des députés discours typique et sensationnel où nous relevo" notamment le passage suivant, fort significat* J/'