‹ Le pangermanisme en Autriche: ses causes, ses origines, son histoire, ses éléments et son avenirChapitre 26 sur 38 · D' Gustav Kohn, op. cit., p · texte numérisé non relu

D' Gustav Kohn, op. cit., p

première proposition en faveur d'un remaniement des circonscriptions électorales, que soumet à la Diète, d'ailleurs sans succès, en 1884, M. Herbst, Tillustre vétéran, toujours sur la brèche, l'ancien ministre de la Justice du cabinet Karl Auersperg de décembre 1867.

Ainsi Tannée 1884, elle aussi, s'est montrée incapable d'amener cet apaisement si désirable, mais si terriblement difficile à réaliser. Bien au contraire, elle n'a réussi qu'à rendre plus âpres encore les rivalités, qu'à envenimer davantage les luttes des nationalités, et ainsi, par un effet très humain, quoique profondément regrettable au point de vue autrichien, l'année 1884 a fait passer de plus en plus la direction, tout au moins apparente, des partis allemands, des mains des modérés, des libéraux, résolument Autrichiens quoique en même temps Allemands, à ceux des Allemands d'Autriche qui, plus violents et plus intransigeants, voient désormais leur dernière chance de triompher dans une attitude humble et servile vis-à-vis du puissant voisin du nord-ouest, auquel ils vont s'offrir de jour en jour plus ouvertement et plus hardiment.

C'est au milieu de toute cette agitation croissante que s'ouvrait l'année 1885, année importante et redoutable, puisqu'elle ramenait les élections et que la lutte électorale ne pouvait manquer d'être particulièrement violente. Les partis allemands l'engagèrent très vaillamment, et leur cohésion fut assez

grande pour leur permettre de se constituer solidement. Après ces élections, une grande partie des députés allemands formèrent un groupe nouveau, le <( Deutscher Club » (Club allemand). Ce nouveau groupement avait pour lien principal, comme son nom rindique déjà clairement, le souci primordial de l'intérêt allemand, auquel toute autre question devait être subordonnée. Ce Club se composait des 50 députés nationaux allemands que les électeurs avaient envoyés à la Chambre, et constituait ainsi un groupe d'une réelle importance. Le programme sur lequel ses membres avaient été élus avait certes un caractère nettement national-allemand ; mais cependant ils n'osaient pas aller jusqu'à prôner ouvertement, officiellement, l'annexion à l'Allemagne.

L'ensemble de leur programme était, d'ailleurs, curieux à beaucoup de points de vue. D'une manière générale, ils se montraient partisans d'un socialisme d'Etat qui n'était pas leur invention, et dont ils avaient sans doute emprunté l'idée à TAllemagne. Us visaient déplus, résultat pratique alors, à rendre aux Allemands la majorité au Reichsrath, et pour y parvenir ils proposaient une réforme assez intéressante. Ils avaient été, en effet, frappés du fait que les députés polonais en étaient arrivés de par leur propre cohésion et la balance à peu près égale entre les autres grands partis à la Chambre, à être les maîtres de la situation au

Parlement et à décider presque toujours par leur vote de la majorité dans un sens ou dans Tautre. Pour remédier à ce mal, les membres du Club allemand proposaient de donner à la Pologne une situation à part dans la monarchie, et d'écarter ainsi, moyennant certains avantages, ses représentants du Reichsrath central, convaincus quMls étaient qu'il serait ensuite beaucoup plus facile de venir à bout du ministère Taaffe et de reconstituer une majorité allemande.

Ils étaient, bien entendu, partisans résolus de l'alliance austro-allemande et prônaient aussi la soumission de l'Eglise à TEtat. Le programme des Nationaux- Allemands en faisait donc, en 1885, en somme, un parti inclinant au socialisme d'État, prussophile, et légèrement anticlérical. Néanmoins la plupart des Nationaux-Allemands, tout en constituant le Deutscher-Club, continuèrent à figurer parmi les membres du grand parti qui, sous le nom de «Deutsch-Liberale» (Allemands-Libéraux), englobait la quasi-totalité de l'opposition allemande et comptait le chiffre très respectable de 132 représentants.

Ces élections, précédées d'une lutte électorale d'une intensité rare, modifiaient en somme assez peu la situation. A la Chambre, l'animosité entre Allemands et non-Allemands est toujours aussi grande et ne fait môme que s accroître. Le point de vue auquel se placent les députés allemands est tou-

jours le même et il est hautement affirmé, par

exemple, dans les discours prononcés par le

député Carneri le 17 octobre 1885 et par le député

Knotz le surlendemain \ De plus en plus, les

Allemands s'attachent, comme à la planche de

salut suprême, à Fidée de la division de la Bohême en

deux parties distinctes. Le 15 décembre 1885, dans

un discours remarquable, M. de Plener, reprenant

sous une forme un peu modifiée la proposition

présentée sans succès l'année précédente par

M. Herbst, commençait une campagne énergique

^^ faveur de cette division. Si Ton envisage tout

cet ensemble de faits, si surtout on se rend compte

^^ l'état d'esprit qui règne à la fin de cette

^^ixée 1885 dans le monde politique, on peut,

^^^yons-nous, affirmer que les élections de 1885

et l'agitation qui les a précédées n'ont eu d'autre

J" ^liltat que d'élargir davantage le fossé qui sépare

^^ -Allemands d'Autriche des autres nationalités

^ lîi Cisleithanie et du ministère qui s'appuie sur

*^^s, et d'accentuer encore, si possible, le caractère

^tional allemand d'une notable partie de Top-

P^^ition allemande.

^'avenir ne devait, d'ailleurs, que confirmer cette

PiXiion, car l'année 1886, qui s ouvrait sur ces

^trefaites, devait voir l'histoire du mouvement

^^tional-allemand continuer à se dérouler avec une

D' Gustav Kohn, op. cit.^ p. 178.

154 LE PANGERMANlSaiE EN AUTRICHE

régularité quasi-mathématique. En effet, voici M. de Piener (qui n'est cependant certainement pas un National- Allemand) qui continue résolument la campagne entamée par lui en décembre précédent en vue de la division de la Bohême. Les deux fort beaux discours qu'il prononce le 18 et le 19 janvier 1886 n'empêchent pas, d'ailleurs, sa proposition d'être repoussée. C'est sur la Bohême que se concentrent alors les efforts de tous. C'est, en effet, de Bohême encore que, sous la forme d'une pétition portant les signatures de 1.700.000 Allemands de Bohême, part une protestation contre les fameuses ordonnances de 1880, dont nous avons parlé plus haut. Cette pétition monstre est d'ailleurs rejetée par leReichsrath, et le ministre de la Justice, M. Prazak * édicté même le 23 septembre 1886, au sujet du « Oberlandesgericht » (cour d'appel) de Prague, une ordonnance qui complète celles de 1880.

Les Allemands ne se découragent cependant pas encore. Le 22 décembre 1886, M. de Piener, décidément infatigable, soumet à nouveau à la Diète de Bohême le projet de division de la Bohême en

1. Prazak (Aloys, baron de), né àUngarisch-Hradisch (Moravie), le 21 février 1820. Avocat à Hrùnn, siège en 1848 à la Diète de Moravie et au Reichstag sur les bancs de la droite slave. Réélu en 1861 , devient le chef du parti tchèque modéré, ministre sans portefeuille dans le cabinet Taatfe (12 août 1879), puis ministre de la Justice (avril 1881), auteur des ordonnances linguistiques de 1881 et de 1886. Devant rhoslilité violente des partis allemands, il se voit obligé de résigner le portefeuille de la Justice en octobre 1888 et ses fonctions mmistérielles en août 1S92.

leux. Ce projet présente pour nous plus d'intérôt ncore qu'on ne pourrait le croire; en effet, la ►rîncipale objection que lui aient faite ses adveraires, c'était que son adoption et son exécution raceraient par avance le cadre d'une annexion liturede la Bohême allemande à l'Allemagne. Nous l'avons pas ici à examiner si oui ou non cette bjection étaitfondée, mais ce que Ton peut affirmer 'est que l'apôtre incontesté du projet, M. de ^lener, n'agissait certainement pas dans le but de >r^parer cette annexion, car ce serait l'œuvre d'un ►SLugermaniste, et c'est ce que M. de Plener n'est >as.

Le succès fut, d'ailleurs, encore cette fois-ci, i^gatif, La Diète, saisie du projet de M. de Plener, »^ contenta, en effet, de passer purement et simplement à l'ordre du jour. A quoi les députés allc- ^ï^ands, suivant leur chef, M. Schmeykal, répon- ^îi*eDt en quittant en masse la salle des séances, ^'^st désormais la rupture absolue, l'état de guerre ^^verte et acharnée entre les Tchèques et les Alle- ^^nds, qui cessent tous rapports. Sans doute, la ^^tuation des Allemands en Bohème n'est pas extrè- I^^Uient brillante à cette époque de crise ; mais ^^contestablement ils s'exagèrent encore leurs ^^Iheurs, en se posant presque en martyrs, ce qui "^ ^tait, d'ailleurs, peut-être pas une mauvaise tac- ''^^vie. C'est le moment, en effet, en 1886, où leur "^^vîse sonne comme un cri à la fois de guerre et

de détresse : « Lieber Deutsch sterben als fc^"^" chisch verderben » (Plutôt mourir Allemand ^^® pourrir Tchèque).

Les Allemands défendent cependant pied à f>i®^ | leur antique prépondérance en Cisleithanie. Tcf^^^ la politique autrichienne pendant cette période -» ^^ curieuse à tant de points de vue, du minist^'^^ Taaffe, semble être un perpétuel recommenceme^*^*' Voici, en effet, que, reprenant sous une forme "«^^ peu différente Taudacieuse proposition du cooCB^*^^ Wurmbrand, qui avait été (nous Pavons vu pX'*^^ haut) repoussée deux ans auparavant, le baron ^^^ Scharschmid, vient, au nom du parti national-al 1^^" mand, demander que l'allemand soit proclair^*^^*^ langue officielle en Cisleithanie. Manifestation p 1- ^^' tonique, d'ailleurs, qui n'eut pas un sort meill^ ""-^^ que la proposition Wurmbrand. De part et d'autJC^ ^' on s'aigrit de plus en plus, les discussions s'^"*^' veniment sans cesse ; tout le monde a perdu & o^^n sang-froid, et de tous côtés pieu vent les reven^J- ^' cations, les exigences, les protestations ou 1 ^^ plaintes.

C'est pourtant à ce moment où tous, Tchèque ^^^ aussi bien qu'Allemands, paraissent avoir peiT^ciIu toute notion de l'intérêt général du pays, rj"tJ6 Tannée 1887 va voir se dessiner un mouvemoxit nouveau, et s'esquisser, chose presque incroyab^^ dans une crise pareille, une scission très nette dans les partis allemands. Depuis le temps, Bn

. ..via

fTet, que les Allemands combattent côte à côle Diitre le ministère, ils ont pu se connaître mieux, t les Allemands libéraux, bons Autrichiens avant 3nt, malgré des égarements passagers, qui délorent sincèrement la situation politique, qu'ils lagent à tort ou à raison néfaste pour le pays, •nt fini par se rendre compte qu'il y a, à côté Teux, des Allemands qui sont, au fond, enchantés le cette crise aiguë, parce qu'ils croient que la politique tchéquophile du comte Taaffe doit fataement jeter les Allemands d'Autriche dans les >ras de l'Allemagne. De là, les malentendus une ois dissipés, des tiraillements, et à bref délai une cission inévitable. Ces tendances contraires se ont jour, pour la première fois, d'une manière éclaante, dans le grand débat qui eut lieu à la Chambre ^s députés, en avril et en mai 1887, au sujet touours de la Bohême. Le motif de ce débat, c'était ine interpellation du député Knotz sur la politique ^ivie par le gouverneur de la Bohème. Après in discours assez violent du député Menger le Î6 avril 1887 \ ce fut le tour de M. Herbst, dont le 'emarquable discours, prononcé à la séance du îO avril, marque très clairement que les Allemands libc^raux veulent être avant tout Autrichiens, et que c est en tant qu'Autrichiens qu'ils déplorent hi politique du ministère Taaffe et ses conséquences,

^. Voir Extraits : D' Gustav Kolin, op. cii.^ p. 1"9.

au premier rang desquelles ils placent rattraclion sans cesse grandissante, et par eux réprouvée, qu'exerce de plus en plus sur certains Allemands d'Autriche, Tempire allemand.

Voici la traduction aussi exacte que possible d'un des passages les plus significatifs du magnifique discours de M. Herbst, dont le patriotisme autrichien éprouvé ne saurait être mis en doute, et k qui une longue et glorieuse carrière donnait le droit de parler au nom des représentants les plus distingués des Allemands d'Autriche : « Le sentiment de solidarité des Allemands en Autriche, disait M. Herbst, ne doit pas être indifférent à l'Etat.. . Et voilà pourquoi il est de rintérét de r Autriche que les Allemands en Autriche restent étroitement unis ^ qu'ils gravitent vers la ville de Vienne^ considérée comme le centime de gravité de l'Autriche^ et voilà pourquoi aussi il est de rintérét de PAutînche qu'on ne leur rende pas cette ligne de conduite de plus en plus difficile à suivre^, » En regard de ces fort belles paroles, si sincères et si loyales, qu'affaiblirait tout commentaire, il convient de placer aussitôt, comme contraste frappant, l'opinion opposée, dans toute sa violence singulièrement suspecte au point de vue autrichien, l'opinion opposée qui est, en somme, le dernier mot et l'expression la plus brutale de la doctrine pangermaniste. Nous la trouverons dans le discours

1. Voir texte allemand : D' Gustav Kohn, op, cit.^ p. 145-146.

B prononça, le 5 mai 1887, le député Knotz, l'insateur de ce grand débat, et dont voici, traduit 3si fidèlement que possible, le passage culminant : -orsque je considère la situation désespérée de Etat marécageux, blessé à mort, qui occupe bords du Danube, je me sens rassuré par une rase que j'ai lue récemment, et qui fut prononcée r l'ancien ministre de Saxe à la cour de Vienne, comte Vitzthum, en cette année orageuse de 1848, sujet de TAutriche, qu'une femme spirituelle et luente appelait alors le petit franciscain (das anciscanerl), la petite pastille à brûler de Tenns (das Raucherkerzchen). Voici quelle était la rase du comte Vitzthum : Une seule pensée me utient, c'est que le jour ou ce petit franciscain isumé (dièses ausgebrannte Franciscanerl) qu'est Uat autrichien devra fatalement tomber en pousre^sa cendre servira d'engrais au sol allema?idK)) La simple opposition des passages principaux de 5 deux discours de M. Herbst et de M. Knotz ils paraît indiquer assez clairement la scission vitable entre les partis allemands. Et cette scistt, fatalement, du moment qu'elle a pu se dessiner, fera que s'accentuer de jour en jour. Les paroles M. Knotz nous semblent, de leur côté, assez élo- 'ntes dans leur violence un peu sauvage, dans r franchise presque féroce pour pouvoir se pas-

"Voir texte allemand : D' Gustav Kohn, op. cit., p. 179-180.

scr, elles aussi, de tout commentaire. Regrets sincères au sujet de la situation critique d'un ^*îôté, désir avoué que les choses aillent de plus en plus mal, pour que le mécontentement général fac^==ilite Fœuvre pangermaniste de l'autre , voilà le tat Jeau de l'état d'esprit tel qu'il règne en 1887 dan^ les deux fractions allemandes. Il est clair et saisis^ -ant, et le débat qui Ta mis ainsi en lumière nous pa^r*aissait, par conséquent, ne pas devoir être laissa de côté. Nous ne signalerons, d'ailleurs, en dehors des deux manifestations oratoires de M. Herbst et de M. Knotz qu'un discours intéressant, lui aussi, prononcé par le député Sturm le 12 mai. Ce discoii^'^' en effet, très mélancolique et fort pessimiste, app^^^^ l'attention de tous sur une vérité que l'avenir j<^^' tifiera et confirmera. L'orateur y prédit, en term-^s éloquents, au comte Taaffe, qu'il réussira à bles^^'' profondément les Allemands, sans pour cela sati sfaire complètement les Slaves, et qu'ainsi le jo«r viendra où, ne pouvant plus compter, dans Vé'tat actuel des choses, sur Tappui des uns ni des autres, il devra fatalement chercher à regagner à nouveau les sympathies des Allemands, que ceux-ci, à leur tour, lui feront alors payer cher ^ C'est là une note assez nouvelle, une vue originale et clairvoyante de la situation qui méritait, par conséquent, d*être signalée.

1. Voir texte allemand :£:r/mi7s : D' GustavKohn, op. «7.,p.i52.

LA CRISE : LE PANGERMAiNISME ACTIF 161

Mais ici encore Ton pourrait nous objecter que -.ctte scission des partis allemands, tant qu'elle ne se manifeste que par des discours, peut n'ôtre qu apparente. Soit. Mais à côté des discours, il y a d'autres symptômes, d'autres preuves de son existence réelle. S^oici, en effet, qu'en 1887 se constitue dans ce < Deutscher Club » (Club allemand), qui déjà ne comprenait pas toute l'opposition allemande, et ne se composait guère que d'Allemands-Nationaux, un sous-groupe. Et ce sous-groupe, par le titre qu'il se donne et par les raisons qui motivent sa constitution, est l'indice évident qu'une scission effective se prépare non seulement entre Allemands-Libéraux et Allemands-Nationaux, mais aussi dans le sein môme de ces Allemands-Nationaux. Ce sous-groupe, en effet, s'intitule la Deutsch-Nationale Vereinigung» (l'union nationale allemande). Il a pour chef le D' Steinwender, et se compose d'une cohorte d'avancés qui trouvent la majorité du Deutscher Club elle-même trop tiède pour l'idée nationaleallemande. Sans que le titre de pangermaniste figure encore sur l'étiquette de ce groupe, on voit cependant qu'il pourrait justement s'en parer.

En Bohême, la situation n'a guère changé ; elle est toujours plus que tendue, puisque les Allemands refusent obstinément de siéger à la Diète pendant toute la session 1887-1888. De quelque côté que l'on se tourne, on est donc obligé de reconnaître que, partout l'année 1887 a vu la lutte pour la supré-

malie en Autriche augmenter d'âpre té, de violence, nous dirions presque môme, devenir féroce. Le seul fait dont puissent peut-être se réjouir les esprits raisonnables, qui réprouvent également les violences, de quelque parti qu'elles proviennent, c'est cet heureux quoique tardif retour des Allemands libéraux sur eux-mêmes, maintenant qu'ils ont enfin cessé d'être aveugles, et su comprendre le véritable but des agitateurs pangermanistes.

La scission, désormais nettement dessinée dans l'opposition allonande, va suivre son cours naturel, s'accentuer encore, et s'achever enfin en 1888. Le 6 novembre 1888, elle devient un fait accompli.

Ce jour-là, en effet, le reste du Deutscher Club, c'est-à-dire l'ensemble de tous ceux de ses membres qui ne font pas partie de la Deutsch-Nationale Vereinigung, se rallie solennellement à l'autre groupe de la gauche allemande, à celui qui depuis longtemps a vu les dangers de Tidée nationale allemande poussée à l'extrême, et qui, en consc'quence, a pris le titre clair et net, sans équivoque, de (( Deutsch-ŒsterreichischerClub » (Club allemandautrichien). Ces deux groupes importants, qui fusionnent ainsi, adoptent un programme communr, et leur réunionconstituealorslaa Vereinigte Deutsche Linke » (gauche allemande unie). Au terme de cette évolution, c'est-à-dire à la fin de 1888,1a situation des partis allemands à la Chambre est donc la suivante : « Vereinigte Deutsche Linke » Fc'est-à-

dire, en somme, l'ancien parti des Deutscli Libérale (Allemands-Libéraux) reconstitué par la fusion du Deutsch-Œsterreichischer Club et de la fraction modérée du Deutscher Club] : 112 membres. Puis la « Deutsch-Nationale Vereinigung » du D"^ Steinvvender : 16 membres. Enfin, un groupe extrême de 5 députés, qui trouve la Deutsch-Nationale Vereinigung elle-même trop modérée, et qui, empruntant son nom à celui de son chef, M. de Schœnerer, est connue sous le nom de Schœnerer Fraction (groupe Schœnerer). La scission, définitivement effectuée en 1888 parmi les 133 membres qui forment la gauche allemande sur 353 députés que compte alors la Chambre, est donc fort précise et très facile à comprendre.

Notons d'ailleurs qu'à cette époque, le véritable parti pangermaniste, le parti sérieux, c'est la Deutsch-Nationale Vereinigung ». Le parti Schœnerer, n'a en effet, encore que peu d'influence politique et ne se signale guère (mais il est vrai alors avec retentissement) que par des scandales et des violences dignes tout au plus de bandes d'insurgés. Le parti Schœnerer se trouvait aussi, à ce moment, tout au moins passagèrement, privé de son chef, que des démêlés avec la justice de sou pays obligeaient à se retirer pour quelque temps de la vie politique. En efl'et, le journal Neues Wiener Tagblatt ayant eu l'audace de lancer faussement la nouvelle de la mort de l'empereur Guillaume P', M. de Schœ-

nerer considéra cet acte comme une offense personnelle. Avec sa douceur habituelle, Tapôtre du pangermanisme en Autriche pénétra de force dans les bureaux du Taghlatl, oxx il se livra à une démonstration violente suivie de voies de fait. Un procès s'ensuivit qui tourna mal pour le fougueux champion de Guillaume V\ Sa petite descente à main armée dans les bureaux du Tagblatt liii valut en effet quatre mois de prison, la perte de son titre de chevalier et de son mandat de député (5 mai 1888). 11 put ainsi aller jouir de loisirs momentanés loin du Parlement et de la vie politique, au château de Rosenau où il se retira, et réfléchir aux inconvénients (^u'il y a à vouloir convertir les gens aux opinions qu'on professe, à coups de canne. Il parut môme, pendant quelque temps, avoir renoncé à la politique. Malheureusement pour l'Autriche, l'avenir devait prouver que ce n'était pas une retraite définitive, et nous retrouverons bientôt le nom du célèbre agitateur, entouré du bruit et des scandales qui paraissent son escorte la plus chère. Son parti devient d'ailleurs de plus en plus friand des manifestations bruyantes dans la rue. C'est ainsi, par exemple, que, quand l'empereur Guillaume 11^

1. GuiUaume II, roi de Prusse, empereur d'Allemagne, né à Berlin, le 21 janvier 1859. Fils de l'empereur Frédéric 111 et de Fimpératrice Victoria, entre dans l'armée le 27 janvier 1869, lieutenant au 1"^ régiment d'infanterie de la Garde royale le 27 janvier 1877, il suit les cours de l'Université de Bonn jusqu'en 1879, épouse, le 21 février 1880, la princesse Augusta- Victoria de Slesvig-Holstein, Sonderburg-Augustenburg et monte sur le trône le 13 juin 1888.

LA CRISE : LE PANC.EKMANISME ACTIF 1G5

viendra h Vienne, au mois de septembre 1888, les Landes antisémites de M. de Schœnerer (car cet admirable créateur d'instruments de discorde est en môme temps le fondateur presque incontesté de l'antisémitisme en Autriche) crurent de bon ton d'acclamer le jeune monarque allemand comme « leur empereur », ce qui, bien entendu, n'alla pas sans causer quelque scandale.

Ceci dit, détournons-nous un instant de toute cette agitation, à vrai dire un peu factice, pour jeter un coup d'œil sur ces assemblées provinciales qui nous donnent aussi des indications assez précieuses sur l'état d'esprit du moment. Voici, toujours d'après M. Julius Patzelt^ la situation pendant les années 1889-1890-1891. Dans la Basse-Autriche, les Allemands-Nationaux qui comptaient, en 1888, 6 représentants, groupe de la majorité, sur 68 membres de la Diète, ne sont plus que 4 sur 72, et en même temps les Schœnerianer (qui faisaient eux partie de la minorité), de 9 sur 68 en 1883, sont tombés à 2 sur 72. Voilà donc une province où les Allemands-Nationaux et les Schœnerianer ont incontestablement perdu beaucoup de terrain depuis 1883. En Haute-Autriche, il est vrai, alors qu'enl883,aucundes50membresduLandtagnes'iutitulaitAllemand-National,ilyaun Allemand-Natio-

Depuis ce moment-là, son histoire est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la rappeler ici.

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