Bertrand Aucrbacli, o/?. c//., p
mais il est bon de faire remarquer qu'il était dû surtout à rintelligence politique des Allemands modérés , qui , en acceptant une alliance avec Tennem i de la veille, rendirent une fois de plus à la cause allemande un service inestimable, un de ceux dont les Allemands-Nationaux, par leur entêtement politique et leur intransigeance, étaient et sont encore totalement incapables.
Nous avons vu la situation des Allemands-Nationaux dans les différentes provinces. Il est temps maintenant de revenir à Vienne et de nous demander ce que devenaient les partis allemands en général au Parlement central. Les Allemands libéraux (Deutsch libérale) qui, avec quelques ralliés de Tancien Club allemand forment la gauche allemande unie et étaient 132 en 1885 et 112 en 1888, ne sont plus en 1891 que 105. Ils perdent par conséquent encore un peu de terrain, quoique moins que pendant la période précédente, et leur sort est ainsi celui qui échoit trop souvent aux partis modérés aux époques de crise, où ils se voient plusou moins abandonnés au profit des partis violents dont le programme satisfait mieux les passions. Ils forment, néanmoins, encore un parti très important, fort compact, dont les chefs sont M. de Plener, l'orateur éloquent et tenace que nous avons déjà vu à l'œuvre, et M. de Ghlumetzky ^ qui ont tous deux été élevés à la bonne
1. Chlumetzky (Jean de), né à Zara, le 23 mars 1834, étudiant à Brno (Brùnn) et Olomouc (Olmûtz), puis entre dans l'adminis-
170 LE PANGEUMAMSMi: EN AUTKVHE
ocolc ; co sont en offol d'anciens lieutenants ^^ M. Ilerbsl. Leur programme a été fort discute ^^ très diversement interprété ; certains écriva*^^ même, comme M. Léon Sentupéry * ont cru pouvo^^ le résumer dans cette formule : « Pangermanistx^^^ progrès et liberté! » Mais ici évidemment iM. S^^' tupéry ne donne pas au mot « pangermanisme ^> *^ sens qu'il a aujourd'hui de l'aveu de tous, car il ^^ inïpossfble d(î prêter à ce parti la doctrine véritat^ ^^^' ment pangermaniste, qu'il a toujours hautement ^^^' pudiée et souvent vigoureusement combattue. ^ ^-^ programme ne pouvait certes contenir plus que mot «germanisation ». Nous aimerions mieux, f conséquent, pour ne laisser subsister aucune éqi voque, exprimer ce programme par la formule si vante : « Prépondérance politique en Autriche l'élément allemand, progressiste et libéral. » n'est-ce pas là, moins la partie relative à l'AlIemag^ sur laquelle depuis 18()() et 1871 l'Autriche ne pe plus avoir de vues, l'éternel programme du paiT" des « FnMsinnige Deutsche » de 1848?
A côté de ce parti, voici à peu près reconstituai "^^ en une seule masse, le groupe des 21 Allemand^
Inilion, (Irpulr à la Diète de Moravie, il devient membre du par' -* centraliste lors de son élection au Heiclisrath, ministre de l'Agri — culture dans le cabinet Adolf Aiicrsper^ (1871), puis ministre di*commerce après la retraite de M. Banhans (1879), se retire lors d^ la constitution du cabinet Taatle (août 1879). fut au Heichsraih et à la Diète de Moravie un des chefs du parti dit constitutionnel.
1. Léon Sentupèrv, r Europe jtolifique en 1892. Gouvernement, Parlement, l'resse, t. l. Paris, 189:M«94, p. 298.
tionaux (Deutsch- Nationale), qui reconnaissent, îc plus ou moins de docilité d'ailleurs (et plus Lvent moins queplus) M.Steinwender pour chef, st là le groupe qui se pique d'être avant tout Bmand; il se recrute principalement parmi les ► résentants de la Slyrie. La fraction Schœnerer L, à ce moment, compte officiellement, parmi membres de ce parti, se trouve, en fait, en marge groupe, en extrôme pointe d'avant-garde de l'are nationale allemande.
3uels sont alors les hommes marquants de cetlo ne'e qui nous intéresse, puisque c'est elle qui ■end et prône Tidée pangermaniste dont nous iminons ici rapidement l'évolution etledévelopnent? Un nom évidemment domine tous les res: c'est celui de M. Schœnerer. Mais le grand itre du pangermanisme autrichien n'est pas encore sorti de sa retraite et son astre subit alors une ipse, d'ailleurs hélas ! seulement momentanée. A t seigneur, tout honneur, voici ensuite le chef ciel du parti, M. Steinwender, chef officiel, et pas re chose, car il n'a rien de ce qui caractérise» un nd agitateur, un leader de parti d'opposition, ni me un chef de parti quelconque ; c'est on effet un mme calme et plutôt modéré, un chef que le parti îne le plus souvent à sa remorque. Voici encore Bareuther et un autre personnage, plus intéros- [it, M. Hauck. Celui-ci est plutôt antisémite le national-allemand, ou, pour mieux dire, est
avant tout antisémite. C'est un ami personne.^^ ^^ Sch(pnorer, dont l'entrée à la Chambre a été serr^sationn(»Ilc, puisqu'on 1891 il a réussi à enlèvent 1^ siège (le Wiedenau député libéral sortant, M. M-^^tscheko, dont ce siège était depuis longtemps Tapana^K-g^- Citons encore M. llofmann, député nationai-allem^£=iï^d
deStyrio, et M. Roser, avant d'arriver h deux nci^^iûs autrement importants, portés par deux députés ^^^ ont, il est vrai, dès cotte époque là, rompu virti — :^^^' lement avec le groupe pangermaniste et allem^^ï^^ national, mais qui on ont fait partie. Le pren lier c'est M. Kayscr. Celui-ci compte encore officie ment au groupe allemand-national, oiiil représe la Styrio. Mais il vient de faire en 1891 une pro sion de foi nettement antisémite, et chez lui se ( sino de plus en plus clairement l'évolution qi conduira à aller siéger bientôt parmi les memtiZDres
du groupe clérical, que dirige le prince Aloïs de
Liechtenstein ^ dont il est déjà un fervent adm orateur. L(^ second de ces députés porte un nom encz^ore beaucoup plus connu : c'est, en effet, le cél^^ire M. Lueger, aujourd'hui bourgmestre de Vienne^ qui à déjà alors rompu violemment avec le parti çz^angormaniste, après avoir commencé par êtr^ un ardent démocrate pangermaniste. Il est en réieilion ouverte contre Schœnerer qu'il déteste, et
\. Liechtenstein (Aloïs, prince de), ne le 18 avril 1846. Leader du groupe clcrical à la Chambre où il siège depuis 1878 ; après une courte retraite en 1890, il reparaît en 1801 comme député antisémite.
depuis lors la haine que Qcsdeux célèbres agitateurs éprouvent Tun pour l'autre n'a fait que grandir.
Ce sont aujourd'hui des ennemis acharnés, qui se font par tous les moyens possibles une guerre au couteau. En 1891, M. Lueger est député de Margarethen (Vienne), et commence déjà à constituer son groupe chrétien social (antisémite), qui depuis a plus d'une fois attiré l'attention sur lui par ses violences et ses excès. Enfin, dans la presse, l'idée pangermaniste est soutenue timidement par la «Deutsche Zeitung», organe d'une petite fraction prussophile des Allemands libéraux^ et avec une extrême véhémence parles c Unverfa^lschte Deutsche Worte » (titre significatif qui littéralement veut dire: « les véritables (non altérées) paroles allemandes », ou bien, d'après la traduction que semble adopter le journal « le Temps ^ » le verbe allemand sans falsification). Cette publication virulente, cet organe de polémique effrénée est dirigé par M. Schœnerer lui-môme. Tel est, croyons-nous, exposé aussi exactement et aussi brièvement que possible dans ses grandes lignes, le tableau de la situation du parti allemand-national en Autriche aux alentours de 1891-1892.
L'année 1893 devait, par exemple, voir se produire un fait invraisemblable, que tout le monde, depuis longtemps, croyait impossible: la démission,
1. Voir, notaoïment, rarticle de tête du Temps du 18 février 1902.
m ii^i t.« . *^.u ...-.+.
n4 LE PANGERMANISME EN AUTRICHE
îiprès quatorze ans d'existence, du ministère Taaffe. Comment ce fait inoui, extraordinaire, capital avait-il pu se produire? Ce n'était pas une question nationale qui amenait le départ du comte Taaffe, comme on aurait pu le croire. Non, c'était une question politique. Le premier ministre sentait, en effet, sa majorité, cette majorité qui Pavait soutenu fidèlement depuis qu'il avait pris le pouvoir le 12 août 1879, se lasser peuà peu, s'effriter de jour en jour, fatiguée d'une constance politique bien longue pour une majorité ; le comte Taaffe comprit donc qu'il était perdu s'il ne parvenait pas à se faire une nouvelle majorité plusardente et prête à lui continuer un concours de tous les instants. Pour réaliser ce plan, avec cette témérité qui lui était particulière, le comte Taaffe se décida à frapper un grand coup et h présenter un projet de réforme électorale, qui créait unsuffrage presque universel. La tentative échoua; le président du (conseil se heurta, en effet, à une opposition quasi-unanime, et, sentant la partie définitivement perdue, il donnait de lui-môme sa démission, ne voulant pas, par une coquetterie suprême, être renversé par la Chambre (28 octobre 1893).
La démission du comte Taaffe, qu'elle n'espérait déjà plus, causa une joie profonde à la gauche allemande, et le contentement qu'elle en éprouva l'amena à se montrer favorable à une tentative de conciliation, c'est-à-dire, en l'espèce, à la constitu-
tion d'un ministère de concentration. Cet essai, qui eût, quelques mois auparavant, paru voué à un échec certain, se trouva facilité encore par le fait que les grands partis de la Chambre, ceux que la loi électorale existante satisfaisait puisqu'elle les favorisait, avaient pris peur, que la menace d'une réforme électorale, qui était dans l'air, les inquiétait considérablement et qu'en conséquence ils voulaient avant tout combattre les avancés et les violents, à quelque parti qu'ils appartinssent, qui, eux, avaient tout intérêt à prôner une réforme électorale. C'est ce qui explique comment fut possible cet extraordinaire ministère de concentration apparente, soutenu par lesdeux partis jusqu'alors ennemis acharnés et irréconciliables, le parti du comte Hohenwart et la gauche libérale, qui s'appela le ministère Windischgra^tz^ (novembre 1893).
Ce ministère amphibie, ni chair, ni poisson, ni allemand, ni tchèque, vécut, ou plutôt vivota tant bien que mal, tiraillé de côté et d'autre, aussi longtemps qu'aucune question vraiment importante en matière de nationalités ne fut soulevée. Mais il finit, comme c'était fatal, par voir la majorité hétéroclite sur laquelle il se balançait, se couper en deux à propos de l'affaire du gymnase
1. Windischgrœtz (Alfred, prince de), né à Prague le 31 octobre 18ul. Un des chefs du groupe féoaal de Bohême. Premier ministre après la démission du cabinet Taaffe (Il novembre 1893- 18 juin 1895), s'appuie sur la coalition des féodaux, de la gauche allemande et des Polonais, se retira lorsque la gauche allemande Tabandonna. Président de la Chambre des Seigneurs en 1897.
(lycée) de (Jilli et, au mois de juin 1895, le ministère Windischgra»tz disparaissait, n'ayant étonné le monde que par une seule chose : sa durée.
Un ministère assez terne, ministère provisoire, de transition, composé de directeurs généraux délégués aux fonctions de ministres, le remplaça; ce fut le ministère Kielmansegg (juin-octobre 1895). Au mois d'octobre 1895, l'empereur jugea enfin que ce régime provisoire avait assez duré, et, se décidant brusquement à une tentative nouvelle, appelait à la présidence du Conseil le comte Badeni. Celui-ci constituait un ministère, dit ministère de la Couronne, c'est-à-dire sans couleur politique bien déterminée, et déclarait vouloir gouverner au-dessus de tousles partis, politique très belle, très équitable, mais terriblement difficile à poursuivre sans défaillance dans un pays comme l'Autriche. Le ministère Badeni, comme beaucoup de tentatives nouvelles et curieuses, fut accueilli par tout le monde sans grand enthousiasme; mais il est juste de dire aussi qu'il ne provoqua pas non plus, dès son début, d'opposition bien marquée.
Avec ce ministère Badeni, qui se constituait ainsi au milieu de l'attention un peu méfiante de tous, s'ouvre une nouvelle ère dans la politique autrichienne. Mais, avant d'entrer dans cette phase où le parti pangermaniste, se retrouvant dans une période de crise, devait jouer un grand rôle, il convient de nous arrêter un instant et de jeter un
oup d'œil sur la situation qu'à la suite des élections, ^s Allemands-Nationaux occupent en 1895-1896 ans lesLandtage delà Gisleithanie.
A la Diète de la Basse-Autriche, tandis que les chœnerianer continuent à avoir 2 représentants usant partie de la minorité de l'assemblée, comme n 1889-1890, les Allemands-Nationaux, qui siègent )ujours sur les bancs de la majorité, passent de à 10 sur 72, ce qui constitue pour eux un succès icontestable. En Haute-Autriche, au lieu de Allemand-National, votant en général avec la miorité comme en 1889-1890, il y en a 2 sur 50 : le ombre des représentants de Tidée nationale-allelande y a donc doublé, mais sans constituer encore ne masse bien redoutable. En Styrie, au lieu de 8 sur 63, ils sont maintenant 18 et y font presque )ujours partie de la majorité dont ils forment ainsi n groupe important. En Carinthie, l'idée natioale-allemande s'est développée avec une force conidérable ; ses adeptes à la Diète étaient, en effet, n 1890, 3 sur 37, et suivaient le reste de la majoité; ils sont, en 1896, 24 sur 37, c'est-à-dire qu'à ux seuls ils forment la majorité et une majorité ompacte. En Bohême, un fait curieux s'est produit : 'ancien parti des « Deutsch-Nationale », suivant 'exemple donné autrefois à Vienne par le « Deutsîher Club », s'est disloqué et, tandis que les plus xiodérés de ses membres se sont plus ou moins 'alliés aux « Deutsch-Liberale», les plus violents ont
constitue^, à eux seuls, un parti beaucoup plus férocement allemand, beaucoup plus intransigeant encore, le parti des « Deutsch-Radicale » (Radicaux- Allemands). C'est ce qui explique que les 35 Nationaux- Allemands qui, en 1889-1890-1891, faisaient partie de l'opposition, ont complètement disparu, tout au au moins sous ce nom, et qu*en 1896 nous trouvons à Tavant-garde de l'opposition 12 Radicaux-Allemands sur les 242 membres de la Diète ; ce parti farouche et violent a d'ailleurs décidé de ne pas prendre part aux séances. En Moravie, les Nationaux- Allemands, dont les votes se confondent toujours avec ceux de la majorité, ont perdu du terrain : au lieu de 9 sur 100 ils ne sont plus, en effet, que 4, alors qu'en Silésie, au contraire, où ils suivent cependant la même ligne politique, ils sont en progrès, et au lieu de 5 représentants à la Diète (1890) en ont maintenant 8 sur 81.
Si nous voulons maintenant, rassemblant ces renseignements statistiques^ résumer l'ensemble de la situation, il nous faut d'abord mettre à part la Bohême, à cause du changement qui s'y est produit et qui a amené la scission de l'ancien parti nationalallemand, au profit, d'une part, des Libéraux-Allemands, de l'autre, du nouveau groupe radical-allemand. Celte réserve une fois faite, il est aisé de constater que, en exceptant les Schœnerianer de Basse- Autriche, dont la situation à la Diète reste peu brillante et stationnaire^ sauf en Moravie, où
les Nationaux- Allemands ont perdu du terrain, partout ailleurs ils sont en progrès, souvent môme en progrès marqués, et qu'ils parviennent môme pour la première fois à s'emparer dô la majorité des sièges dans une des Diètes, celle de la Carinthie. En un mot, et pour exprimer plus brutalement les résultats obtenus, au lieu de 75 représentants sur un total de 595 députés, qu'avaient les Nationaux- Allemands en 1889 (proportion de 12,6 0/0) nous trouvons en 1895-1896 qu'ilsénont 80, ce quicorrespond à une proportion ds 13,4 0/0. C'est là sans aucun doute un progrès sérieux, car, dans une lutte aussi âpre, le gain même de 1 0/0 ne saurait être négligé. Et en réalité ce progrès se trouve même être plus considérable encore, vu que la modification survenue en Bohême et la substitution dans cette province des 12 Radicaux-Allemands, plus violents, mais moins nombreux, aux 35 Nationaux- Allemands, en y diminuant le pourcentage des représentants deTidée nationale allemande, faussent incontestablement un peu la comparaison au détriment des Nationaux-Allemands.
Il est temps maintenant de quitterces assemblées provinciales, qu'il est bon cependant de ne pas laisser (le côté, car c'est là qu'on sent le mieux le pays vivre de sa vie intime, et de revenir à ce Parlement central, où se brassent les grandes affaires et d'où partent, pour chaque parti, les ordres qui, adaptés ensuite à chaque province, sont destinés à en modi-
fier l'aspect politique. Le ministère Badeni é^^^^^ entré en fonctions et avait résolument abord«5 ^^ première partie de sa tclche, cette fameuse réfor :M^^ électorale qu'il était devenu impossible dajourKr^.^^ plus longtemps. Le 18 février 1896, le comte ^3^^ déni présentait son projet, lequel fut voté et ^^ ^^ connu depuis sous le nom de loi Badeni.
La loi Badeni avait été accueillie sans enthc^ ■J" siasme; mais enfin, on avait, en général, estiwr^*c^<^ que, du moment qu'il fallait une réforme électora- ^ ^» autant accepter celle-là qu'une autre. Nous n'av(r^ "^^^ pas à entrer ici dans le détail de cette loi, qui, j^::^ ^^ la création de 72 nouveaux sièges fournis par '^
5" curie, dite curie du suffrage universel, introd "■-^^" sait ce suffrage universel, d'une manière b"S- "^^ timide, tout à fait accessoire, en quelque so:»== *^ comme un parent pauvre, réforme dont les rés"»-^*^" tats jugés aujourd'hui à distance ne semblent ^^^^ ^^ avoir été bien brillants. Notons cependant que '^- ^^ Nationaux-Allemands, comprenant que le suffr^»- »® universel, à son début tout au moins, favoriser* -^^^'* les partis violents, au nombre desquels ils avai^:^ ^^^ tous les droits de se compter, avaient fait campa^=^^^ en sa faveur. Une fois la loi votée, bien que l'e^ '*^' mant, sans doute avec raison d'ailleurs, inpo r:^^plètc, ils ne purent que s'en montrer relativem^^*^^ satisfaits.
Le nouveau régime allait pouvoir faire ses preuv^^-^ sans attendre trop longtemps ; les élections d^
mars 1897 devaient, en effet, en voir la première application. Ce qui les caractérisa, ce fut la débâcle complète de la gauche libérale allemande, qui, malgré Taugmentation du nombre des sièges (425 au lieu de 353) se trouva perdre 30 sièges environ qui furent Tapanage non pas d'ennemis nationaux, mais d'adversaires politiques, des partis violents, Nationaux-Allemands et Chrétiens-Sociaux. Ce résultat brutal et indiscutable se détache très nettement et domine tout le reste. Mais il est assez difficile de déterminer exactement la situation du parti national-allemand à la Chambre à la suite des élections ; les événements, qui allaient se précipiter avec une incroyable rapidité, vont, en effet, opérer presque instantanément une fusion des partis allemands dans Une opposition irréductible et rendre quasi-impossible le classement de ces partis en sous-groupes. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les électeurs de 1897 ont envoyé à la Chambre 47 députés qui s'initulent avec plus ou moins de raison Nationauxallemands. Le parti aurait donc plus que doublé iepuis 1893 où il comptait 21 représentants. Mais l est juste de dire que ces 47 Nationaux-Allemands le forment pas une masse compacte, toujours unie. Jne aile de ce parti se rapproche, en effet, sensiblement des Allemands-Libéraux, tandis que l'autre 5e compose du groupe extrême qui obéit à M. Schœ- Qerer, car le grand chef des pangermanistes vient d'effectuer sa rentrée sur la scène politique et siège
de nouveau bruyamment sur les bancs de la Chambre. Il a repris la direction de son parti et remplit son rôle de chef d'orchestre de ce grand concort de vacarme, assisté de ses lieutenants M. \Volf et M. Iro. Le groupe Schœnerer compte ofliciellcmcnt au parti national-allemand, mais s'en sépare néanmoins le plus souvent, car sur la plupari des questions simplement politiques la majorité de ces 47 députés Nationaux-Allemands vote en général avec les Allemands progressistes et libéraux. La Chambre venait à peine d'être élue, lorsque se déchaîna dans le ciel, déjà fort assombri de l'Autriche, un orage effroyable, le plus terrible peut-être qu'elle ait encore connu, motivé par les fameuses ordonnances du 5 avril 1897, célèbres dans l'histoire politique de ces dernières années sous le nom d'ordonnances Badeni. Nous n'avons pas ici à étudier, ni à juger ces ordonnances, qui ont fait couler tant d'encre, mais tout ce que nous pouvons et devons en dire, c'est qu'elles avaient, en somme, un caractère nettement fédéraliste. Elles décrétaient, en effet, l'égalité des deux langues, allemande et tchèque, en Bohême et en Moravie, et exigeaient que tous les fonctionnaires de ces deux provinces connussent les deux langues. Ces mesures, vues à distance, jugées surtout par un étranger au pays auquel elles s'appliquaient, peuvent paraître assez anodines ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles constituaient, soit intentionnellement, c'est-à-dire
rxiotivées par haine de rélément allemand, soit indi-
i*ectement, c'est-à-dire causées par un simple désir
d'équité entre les diverses nationalités, le coup le
jplus sensible qu'on pût porter à l'influence alle-
xnande dans ces deux provinces d'une importance
si grande pour la cause nationale-allemande, point
oapital sur lequel de tout temps s'était porté Teflort
des pangermanistes. Et, en efl'et, ces ordonnances
pour beaucoup déraisons trop longues à développer
ici, et qui d'ailleurs ne rentrent pas dans le cadre
de notre étude, devaient avoir, si elles étaient appli-
cjuées rigoureusement, chose toujours difficile et
délicate, un résultat désastreux pour les Allemands
d'Autriche. Aussi leur publication souleva-t-elle
instantanément dans les rangs allemands un toile
généra], et les orateurs allemands emplirent de
leurs protestations véhémentes, peut-être en partie
justifiées, les voûtes de ce Parlement habitué déjà
à tant de vacarme. Ce fut, comme le ditM. Auerbach ^
le « furor teutonicus » déchaîné au Reichsrath.
A la rigueur, cependant, l'agitation parlementaire pouvait être factice; ce qui prouve qu'elle ne l'était pas, c'est qu'elle se répandit dans le pays tout entier. Dès le 2 mai 1897, moins d'un mois après la publication des ordonnances, se réunissait à Teplitz un « Parteitag » (Congrès) qui s'intitula « Teplitzer Parteitag », et auquel assistèrent environ deux mille