‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 11 sur 135 · XI.Vl LE l'ANT.KUMAMSMli l'ini.O!^()PIII(}TK · texte numérisé non relu

XI.Vl LE l'ANT.KUMAMSMli l'ini.O!^()PIII(}TK

res|)rit et la liniile materielle qui le borne se retrouve dans la vie de 1 esprit telle que la conçoit GdTi'Cs. !Mais il la conçoit eomme inéduetible, et aucun (les lermes dont elle est laite ne peut vive éliminé par la victoire de l'autre. On dirait plutôt la systole et la diastole qui est la loi des vivants et de lesprit dans (iœthe. Il y a, selon Gcerres, dans l'ordre de l'espace, l'instinct sombre et industrieux qui lixe les hommes et les sociétés au sol natal; et, s'opposant à lui le Jreier Lehenstrieb exi)ansil" (jui disperse ces hommes à travers le monde. 11 y a, dans l'ordre du temps, l'instinct de tradition qui les attache à une nationalité et à une coutume , et, en regard, l'instinct d'innovation qui translorme les nations dans leurs mœurs profondes. Il y a dans le domaine de la sociabilité, 1 instinct de subordination; mais, en legard, le besoin d'aflranchir la personnalité libre. Au total trois tendances négatives équilibrées j)ar trois tendances affirmatives ; trois entraves, et trois stimulants ; un triple équilibre (pie cherchent, dans trois luttes incessantes, les forces historiques aux prises; trois ellipses que décnvent les mouvements de l'histoire; et toutes trois inscrites dans une ellipse enveloppante oii sont contrebalaneées les forces antagonistes de tout notre savoir humain, patrie, [)assé, obéissance, j)ar toutes les lorces de notre Joi humaine, (jui esp('re une meilleure patrie et un avenir de liberté. D'un côté tout le temporel et VEtut; de l'autre, tout le spirituel et Vh'g'fise (i).

Il Gœrres, Europa and die lloK-ulution, iHao. Ges. Sihrijleii,\\, Hio-Jid.)

PREFACE

Pourquoi cette doctrine est-elle pangermaniste? Le pangermanisme n'y prédomine pas nécessairement. Il s'y insinue en fait, par les deux extrémités. Cet équilibre que cherchent les forces historiques vivantes, que devient-il quand les forces temporelles et les forces spirituelles sont usées, que les Etats sont décadents, que les idées sont mortes? Il faut un renouvellement de la race et de la pensée. C'est pour ce renouvellement du sang que la Providence tient en réserve ses barbares, dont les Ilots inondent et fécondent les plaines desséchées. De même elle tient en réserve dans les hauteurs, les Idées, omniprésentes, et qui planent d'une mystérieuse gravitation. Elles font, d'en haut, irruption dans les sociétés effritées et dans les États en ruines; puis dans !e chaos se rétablissent le mouvement et l'harmonie.

Les Germains sont le peuple, selon Gœrres, désigné pour cette transfusion du sang nécessaire aux vieilles sociétés. Et, à mesure qu'ils marchent, ils sont guidés par cette nuée de feu des Idées di^^nes. Par les Germains, lors de l'assaut de Rome, s'est régénéré le vieux corps romain, comme la Gaule s'est renouvelée par des royaumes goths, burgondes, francs. Leur destinée a été de réaliser la grande république européenne, de l'Ebre à l'Eider et à l'Exarchat de Ravenne. Un magnifique équilibre du spirituel et du temporel put s'établir, avec sa hiérarchie sacerdotale à Rome et sa hiérarchie impériale sur le Rhin. Pour la première fois l'Etat lui-même fut une vie et non un mécanisme. Car le privilège des (iermains est de vivifier ce qu'ils touchent. L'Italie ellemême, sans eux, n'aurait pas connu son instinct

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religieux, su seiisualih' saine, léiaii de sou iiiiajj^ination passionnée. Mais le i^ernianisme pur. moins (loué (le sensibilité, plus inlérieui-, souverain dans l'ordre de la eonscience, crée l'art symboli([ue et niédilalir, l'arehitecture golhi(iue, l'art musical, et ce subtil orj?anisme politicjue oii des puissanees libres s'éipiilibrent dans la suboi-diualion et (pi on a appelé la féodalité.

La grande déchirure spirituelle (pii, depuis le xvi' siècle va de l'Irlande à l'Oder, est-elle imputable au luthéranisme? Aucune perdition ne peut venir d'Allemagne. Ces pauvres revendications des Uélbrmateurs allemands, si graves et si purs, comment auraient-elles amené le désordre dans le rol)uste Kmpire germani([ue ? Kt sans doute Gccrres a-t-il raison de penser (}ue la culture classique dissolvante, importée de Hyzance : (pie les insttumenis de la science nouvelle, la boussole et le télescope ([ui ouvrirent des mondes, ont [)lus de part (pie ces pauvres (pierelles de moines au renouvellemenl de l'esprit. La gloire de 1* Allemagne ne peut être dans cette médiocre Uélbrme luthérienne; mais, pour (i(rrres, sa responsabilité aussi en est amoindrie dans le grand schisme ([ui a suivi la Renaissance.

Ce fatal événement a d'autres causes. In nouvel Eden étail (ioniié aux hommes |)ar rAniéricjue découverte et par l Anli(iuilé ressuseitée. Comment y ontils vécu ? Toutes les splendeurs du Prince de ce monde s'étaient rouvertes ; un nouvel c arbre de la science » olfiait ses fruits corrompus. La science nouvelle, voilà ce (jui a allaibli la force des anciennes crovances: et c'est là la seconde chute. La

PllEKACK XLIX

(' naïveté « ancienne a fait place, disait déjà Schiller, à la réflexion et à la sentimentalité. Nous sommes oblig:és à chercher, par une synthèse pénible et dans le labeur réfléchi, et à ne plus jamais retrouver, ce que nous avons abandonné et qui nous fuit : la tradition ing^énue. A oilà la seconde malédiction qui pèse sur le genre humain. Si les Allemands ont été gagnés par ce péché, ils n'en portent pas la faute initiale. Cette faute toute latine s'appelle Renaissance; et l'aboutissement politique de la Renaissance est la Révolution française.

Ce qu'il y a de pharisaïque dans cette haineuse géuéralisation de Gœrres, c'est qu'elle établit une prédestination du mal pour les autres peuples, comme une prédestination du bien pour l'Allemagne. La France est promise à la Révolution et à la dernière subversion, parce qu'en elle le prince de la terre a plus sinislrement élu domicile. Aussi la France a-t-elle l'instinct du despotisme. Sa capitale éclipsepar son éclat luxurieux toutes ses autres cités. Sa monarchie a brisé tous les corps de l'Etat; émasculé sa noblesse et jusqu'à son Eglise devenue gallicane, c'est-à-dire vassale de la cour. Son armée permanente a écrasé toutes les résistances des consciences; sa bureaucratie, armée permanente civile, a désagrégé les droits locaux, les traditions et les souvenirs, (hioi d'étonnant si, en 1789, la France s'est écroulée comme une montagne creuse? Et c'est cette montagne qu'on ai voulu rebâtir, en partant des atomes de poussière ! ( )ue reste-t-il du triple équilibre oii s'arc-boutent les uues contre les autres les forces sociales? L'héritage en terre est pulvérisé

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