I.K l'AXC.KHM AN'ISMK l'il II.OSOIMI I< ME
par les assiü;iiiils: l'héritasse des Iradilions s'esl volalilisé par les lois écrites et par des Ihéories abstraites sur l'avenir; riiéritau:e d'aulorité s'est dispersé dans la iiiiillitude des bullelins de vole. Dans eelte désagréu^aliou de tout, l'armée seule reste vij>:oureuse. In Euïpire sans saeerdoee, une scienee iidernalenieut précise, mais dénuée de foi : voilà le corps et l'esprit de la France napoléonienne. Sa force d'unité eût été iriésislible, s'il ne se lut agi que de broyer les peuples sous son formidable marteau. A cette entreprise, la gloire de l'Allemagne est d'avoir résisté. Le furor leutoniciis déchaîné, l'enthousiasme indigné, par le(piel la nation s'esl liouvée transformée, a mis en pièces la tentative de Bonaparte, et par là empêché le triomphe de l'Anté-C'hrist.
Le signe de la prédestination allemande est, pour Gœrres, dans cette miraculeuse résistance. Ce n'est pas qu'il soit satisfait de l'Europe sortie des (Congrès de i8i5. L'Allemagne, (pii a été une digue eonire le Ilot napoléonien, n'a pas su mettre obstacle à l'invasion des idées révolutionnaires. Entre deux systèmes extrêmes, le s3'^slème'anglo-fran(,'ais occidental et le système slave oriental, elle est encastrée. Elle subit la poussée de tous les deux. La Russie représente l'ancien ordre de choses : la terre, la tradition, l'obéissance; l'Angleterre cl la France représentent l'ordre nouveau : la mobilité industrielle, l'esprit novateur, lindisei|)line. Entre la pesante innnobililé russe et l'agressive vivacité anglo-française, l'Allemagrie seule pourrait maintenir la partie égale. Elle aurait la stabilité qui manque aux Anglo-Français et la liberté d'esprit ([ui manque aux .Slaves, Mais il
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lui faudrait la force équilibrée, et d'abord l'unité : il faudrait un empereur et un chef de guerre, un budget unique, une justice unique. Elle ressaisirait alors, pour reconstruire son intégrité territoriale, la Lorraine entière avec les trois évèchés, l'Alsace, le duché de Bourgogne et le peuple rhénan jusqu'à la Meuse (i). Gœrres a passé la lin de sa vie à déplorer l'occasion négligée en i8i5. Car ni l'Autriche en i8o5 n'a su retenir le fantôme de l'ancien Saint- Empire, ni la Prusse en i<Si() n'a su créer un Empire nouveau. Pour les catholiques allemands une immense déreption ouvre le xix siècle; rAHemai^ne est retournée au chaos d'il y a quinze cents ans. (^ue conclure de là, si ce n'est qu'elle est réservée pour l'avenir, pour une migration nouvelle de peuples et d'idées, et pour une croisade contre le mal absolu que la Sainte-Alliance n'a pas su achever? C'est là du moins l'enseignement du catholicisme romantique d'un Gœrres et il a contribué, plus qu'aucune autre doctrine, à entretenir chez les Allemands cette croyance que leur peuple, à qui la maîtrise du monde n'aurait jamais dû échapper, la ressaisira par une revanche qui peut être retardée, mais dont le peuple allemand ne peut faire l'abandon. Car il s'agit d'une revanche sur la corruption latine; et cette corruption, c'est, pour Gœrres, lluinianisme, la Renaissance italienne, le siècle de Louis XIV, la libre pensée du xvni" siècle et la Révolution française, tout ce qui, pour les peuples d'Occident, a constitué leur raison de vivre, dans les temps modernes.
(il Gœrres, Ges. Scliriften, III. 162.
Il' IR PA.Vf.KKMAMSMi: l'III L()SOl'llI()UE
(1(11 res csl le doclriiiaire des catlioliciucs allemands du Kliin et de Bavière. Friedlich Selde^:el est le porle-parole du eatliolicisnie aulrieliieu (i). Il y a pour lui deux nioleurs de l'iiisloii-e : la lil)erté humaine, donnée dans la conscience, mais qui est sujette à altération, et la Prosidenee divine, viviliante et ([iii aux heures de détresse restitue à l'humanité la liberté perdue. Or, dans ce grand drame de l'histoire, le peuple germanique est le héros (pu rap|)()rte aux hounnes la liherlé re<on([uise. (l'est donc qu'il a une mission providentielle.
Tous les historiens allemands ont admiré dans les Germains la vigueur physique, la puissante ossature, l'exubérant système nnisculaire, la fécondité sans limites. Les théoriciens catholiques n'admirent pas seulement ces qualités, ils les vénèrent. Dans le catholicisme, comme dans les religions antiques dont il est resté voisin, la bénédiction, le charme attaché à des formules rituelles, pleines de la force réelle du divin, confèrent des vertus miraculeuses à des choses matérielles, à des ossements, à de la chair, à du sang. Comment la vigueur des Germains, dans son mélange avec l'humanité romaine dégénérée, n'a-t-elle pas dégénéré à son. tour, et a-t-eile rajeuni les Romains? C'est qu'elle est bénite par un attouchement divin direct. 11 y a un principe divin qui mène le monde, mais aussi une loi naturelle invisible (}ui y préside. Le sang germanique est ce principe naturel fécondé par le principe divin.
On allètïue vainement les cllets deslructeurs du
I Friedrich Sciii.k(;i;i,, \'ortraege iibcv die neuere Gesrhi<Ute, 1810. — Pliilosophie der Geschichte, 1828.
PREFACE Lin
premitT contact des Germains avec la civilisation antique. Schlea:el croit savoir que le sac de Rome par les Byzantins sous Constance II fut d'une atrocité pire que la prise de la ville par les Goths. Quand il n'en serait pas ainsi, l'héroïsme naturellement noble des envahisseurs germains, leur libre aristocratie étaient des s^reffes nécessaires sur la souche romaine appauvrie de fruits. La puissance des Francs, qui a établi par des méthodes rudes le plus grand Empire qu'il y ait eu au monde, a-t-elle été un mal? Qu'on oppose la iloraison spirituelle occi- • dentale à la monotonie byzantine et à la monotonie ara])e : on saura ce qui justilie la suprématie germanique. Ainsi chemine, grâce aux doctrinaires catholicjues, le sopliisme qui de la Germanie, conquise pied à pied le long du Rhin et des Alpes par les cloîtres chrétiens et parla civilisation romaine, prétend faire l'initiatrice de toute la culture d'Occident. L'idée de l'Empire germanique, pour Friedrich Schlegel, c'est celle d'une protection militaire de toute la chrétienté. Il y faut non seulement la vigueur germanique, mais l'héroïque confiance que les Germains mettaient dans l'œuvre fondée par eux. Le fichtianisme de Schlegel considère que la vie de l'esprit apportée par les Germains est la croyance confiante, hostile aux pactes écrits. Pour cette croyance, les relations entre les hommes ne doivent pas être fixées par une lettre qui se meurt à peine formulée ; elles sont des habitudes sacrées, qui lient les âmes d'un lien vivant. Il n'y a pas de despotisme possible chez les Germains, mais la monarchie leur est naturelle, parce qu'elle est tout entière
MV l.K l'AXdKKMAMSMK IMl I I.()S( H'IIK Ui:
lidolilr à imc porsonne vivaiile et souveraine, laiidis (|iie la lîé|Mil)li([ue est altacheinent à la lellrc morte, l.a lihorlé nobiliaire, l'lionnenr pur, la gloire personnelle, le eulle du génie, ee sont là les molnles éternels du peuple germanique. Mobiles assez hauts dinspiration selon Seldegel pour «pie ce peuple soit à jamais dispensé d'observer la lettre des traités. Et conmient ne pas reconnaître là res|)rit qui a toujours inspiré les monarchies prussienne et autrichienne, quand elles ret'usaienl d'interposer entre elles et leurs ])euples « ce feuillet de papier » appelé une Constitution et de se croire liées aux peuples adverses par des traités valables encore dans le conilit des intérêts?
Ce romantisme catholique est fédéraliste. Il préconise des monarchies étroites, très fondées sur des habitudes locales; et au-dessus d'elles un Empire, qui les maintienne en paix. Il veut que cette fédération soit extensible sur le monde ; et il croit la nation germanique seule capable d'amener cette unification graduelle dans la liberté. Sans ce boulevard fixe et fortement cimenté, le Saint-Empire, l'Europe appartiendrait aux Arabes et aux Mongols. Heureuse mission si les Germains, à qui n'a jamais manqué la force, n'avaient contrevenu parfois à l'esprit (]ue cette mission réclame ! Non pas (|ue, pour Schlegel non plus, la faute des Germains consiste dans la Réforme. La ruine de l'autorité, de la tradition et de la foi est plus ancienne. La vraie nouveauté meurtrière, c'est l'esprit gibelin, l'esprit profane, le goût d'une vie non asservie aux croyances. Vie de liberté, disait-on; mais (pi'on demande aux
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duchés de Saxe détruits, aux villes lombardes saccagées le sens de cette liberté gibeline ! L'absolutisme moderne date de cette sanglante politique du plus talentueux des Hohenstaiifen. Le protestantisme, le libre examen, la négation moderne du mystère, ne sont qu'une part de la laïcisation croissante du monde. Et si après des guerres de religion sans nombre, la paix de Westphalie marque une trêve, il n'en est pas moins vrai que nous attendons tous une paix plus haute, dont les conditions veulent être définies.
La paix de NYestphalie, pour les catholiques allemands, n'a pas été la paix, parce qu'elle établissait un équilibre provisoire entre des partis encore désunis et entre des vérités partielles. Or, la vérité ne peut être divisée; elle est une et universelle. Et la paix ne peut pas être l'équilibre européen, si par là il faut entendre, comme les Anglais, que la prépondérance d'une puissance est une raison suffisante pour que les autres lui déclarent la guerre. La paix suppose une foi unique et la prépondérance de la puissance qui en est la meilleure gardienne.
Fonder cette paix serait vraiment l'œuvre de la Restauration future. Cette Restauration ne serait pas le retour à l'Ancien Régime, tout imprégné d'esprit gibelin et absolutiste, mais le retour au christianisme, par la force et par le cœur germaniques. La philosophie de l'histoire chez les catholiques allemands n'est pas seulement une théorie explicative, mais une espérance. L'ère nouvelle qu'elle veut inaugurer est celle d'un Etat chrétien, inspiré de science chrétienne. Ce sont là de prodigieux accouplements