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Limitation du concept de Germain

Le concept de Germain j)eut être délimité, tout d'abord, d'une façon très nette : en principe, celui-là seul est Germain qui descend de Germains.

Pourtant, il importe de reconnaître tout de suite la nécessité de donner à ce concej^t plus d'extension, sans quoi l'on aboutit à des conséquences divertissantes que Henke lui-même ne peut éviter : par exemple, que Luther n'est pas un véritable Germain, et que les Souabes, qui sont considérés dans le monde entier comme des représentants éminents du germanisme, ne sont pas non plus de véritables Germains ! Un homme dont la généalogie et la physionomie prouvent qu'il est issu d'un mélange de sang purement allemand et purement slave (et cela Henke

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le i)rouve j)our Lulheri est un vrai (lermain ; et il en est de même pour le peuple souabe, qui résulte dune intime fusion de Celtes et d'Allemands, fusion qui donna naissance aux dons poétiques les plus riches et conduisit à une exceptionnelle fermeté de caractère.

J'ai déjà noté les avantages des croisements entre peuples proches parents ; chez les peuples germaniques cette loi s'est vérifiée partout : cliez les Franvais, j^ar exemple, où les croisements les plus divers des types germains concourent à produire une surabondance de riches talents, et qui, aujourd'hui encore, doivent une vie très diverse et riche aux nombreux centres où se poursuivent des sélections raciales dillereutes les unes des autres ; chez les Anglais, les Saxons, les Prussiens, etc.

Treitschke fait remarquer, en particulier, qu'en Allemagne la force « constructrice d'Etats » n'a jamais été le propre des groupes allemands restés purs de mélange.

Ibid., I, p. 485.

G. L'âme g'ei'iiianiqiie.

Essayons de jeter un regard dans les profondeurs de l'àme allemande. Quelles sont les marques distinctives, intellectuelles et morales de cette race germanique ?

Certains anthropologistes avaient voulu nous enseigner que toutes les races humaines sont également douées : nous leur avons ouvert le livre de l'histoire, et nous leur avons répondu : « C'est un mensonge. » Les races de l'humanité, tant au point de vue de la qualité que du degré de leurs dons naturels, sont très inégalement douées. Les Germains appartiennent au groupe de ces favorisés que l'on a coutume d'appeler Aryens. Cette famille humaine est-elle unie et une en vertu des liens du sang'?

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Est-ce que tous ces rameaux sont issus d'une même racine? Je ne le sais pas, et du reste peu m'importe ! Aucune parenté ne lie plus étroitement que les affinités électives, et en ce sens, les Aryens indo-européens constituent bien certainement une famille...

Les Aryens sont supérieurs de corps et d'àme aux autres hommes ; ils sont donc de plein droit les seigneurs de la terre. D'ailleurs, Aristote a dit avec plus de concision encore : « A quelques hommes la liberté ; à d'autres l'esclavage. » Il fait ressortir ainsi le caractère essentiellement moral de la question. Car la liberté n'est pas un bien abstrait, auquel tout homme aurait droit naturellement : le droit à la liberté ne peut résulter que dune aptitude à l'exercer, et cette capacité suppose à la fois la force physique et la force morale.

On voit tout de suite quels dons supérieurs un être doit posséder pour qu'on puisse le considérer comme « naturellement libre ». Le premier de ces dons est la force organisatrice. Seule une race capable de former des Etats est digne de liberté. La faculté qui fait de l'individu un artiste ou un j)hilosophe est essentiellement la même qui, répandue dans toute la masse à l'état d'instinct, crée les Etats, et dote l'individu de ce qui était resté jusque-là inconnu de la nature entière : l'idée de liberté.

A la lumière de ce fait, nous sommes frappés de l'étroite parenté des Germains avec les Romains et les Grecs, et nous reconnaissons en même temps ce qui les distingue. Chez les Grecs, le génie créateur individualiste triomphe jusque dans la constitution des Etats; ce qui domine chez les Romains, c'est la force communiste de la loi, disjDcnsatrice de la liberté, et de l'armée, protectrice de la liberté. Chez les Germains, il y a peut-être moins de force constructi'ice chez l'individu comme dans la collectivité, mais il y a en eux une harmonie des facultés, un équilibre entre

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le désir indivitluel de libertô, cjui trouve su [)lus liaute expression dans les libres créations de l'art et le désir collectif de liberté, qui crée l'Etat, par on ils se montrent les égaux des plus grands parmi leurs ancèti'es. A ces qualités communes des Aryens s'en ajoute une nouvelle : l'incomparable et nnuiue fidélité allemande, qui fut célébrée par le vieux Johann Fischart :

" Constant et lidMc, Fidèle et couslanl,^ Tel est ce modèle :

Le cœur allemand.

C'est ce qui fait une vraie parenté allemande. i> Le même principe doit régler nos jugements politiques. Quand les principes s'opposent aux prétentions de Rome, nous les louerons, non sous l'empire d'un préjugé dog. maticoreligieux, mais parce que tout ellort dirigé contre l'impérialisme international profite au germanisme. Nous les blâmerons quand ils se considèrent comme des souverains absolus institués par la grâce de Dieu, car ils se font ainsi les plagiaires du misérable chaos ethnique (ij, anéantissent la loi germanique primordiale de liberté, et enchaînent du même coup les meilleures forces du peuple.

Ce principe peut nous servir de guide dans les cas les plus compliqués. Ainsi Louis XIV, par sa honteuse persécution des protestants, a été cause de la décadence ulté. rieure de la France. Il accomplit là un acte d'une immense portée anti-germanique, et il l'accomplit en sa qualité de disciple des Jésuites, élevé par ses maîtres dans une si grossière ignorance qu'il ne savait même pas écrire correctement sa langue maternelle, et ne connaissait pas un mot d'histoire ; et pourtant ce même prince agit en pur

fi Le chaos elhnicjue, c'est pour (;iiaiiil)ei'lain, d'une part le inonde latin avant l'arrivée des Barbares, d'autre part l'interna lionalisuie contemporain.

Germain dans bien des circonstances, par exemple dans sa défense courageuse des libertés de l'Église gallicane contre les prétentions de Rome. Rarement roi catholique se comporta en toute occasion avec aussi peu d'égards envers la personne du pape...

A ces considérations s'en rattache une autre, très importante pour la définition des caractères distinctifs du véritable germanisme. Une particularité inhérente au Germain se retrouve partout : l'intime union de l'idéal et du pratique qui marchent en lui de jiair : « comme deux frères jumeaux, la main dans la main »... Le Germain se caractérise à la fois par sa force d'exjjansion et par une tendance à la concentration inconnue jusqu'à lui.

La force expansive se manifeste dans tous les domaines : dans celui de l'activité pratique, par la colonisation progressive de toute la surface du globe ; dans celui de la science, par l'explication du cosmos illimité, par la recherche de causes toujours plus lointaines ; dans celui de l'idéal, par la hardiesse des hypothèses, comme aussi par le splendide essor artistique qui s'assure des moyens d'expression toujours plus compréhensifs.

Mais en même temps s'efi"ectue la concentration en des cercles toujours plus resserrés, soigneusement isolés du reste du monde par des remparts et des fossés : la race, la patrie, le district, le village natal, l'inviolable foyer (my home is my castle, comme à Rome), le cercle intime de la famille, enfin le reploiement sur lui-même de l'individu qui, épuré maintenant, parvenu à la conscience de l'isolement absolu, s'oppose au monde des apparences comme être invisible, autonome, seigneur suprême de la liberté (de même que chez les Hindous).

C'est encore la tendance à la concentration qui se révèle, dans d'autres domaines, par la constitution de petites principautés, par la spécialisation dans les sciences ou l'industrie, par la formation d'écoles et de sectes fcomme

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en Grèce), jiar l;i reclicrolie d'un art tout inliinc tel que gravure sur bois, eau- forte ou musique de chambi-e.

Ces a[)titudes diverses, quand l'individualité supérieure de la rac(^ les harmonise, se traduisent dans le caractère par l'esprit d'(Milre[)rise joint à une conscience scrupuleuse; mais quand elles s'égarent, elles aboutissent tantôt à la spéculation len Bourse, en philosophie), tantôt à un péilantisme étroit et pusillanime.

Je ne puis songer à tenter une description complète de l'individualité germanique ; l'individuel peut être exactement connu, mais reste inépuisable : « Les mots disent l'aspect des choses, leur àme, ils ne ICxpi-imcnt ]»as, » a écrit Go'-the...

Si nous considérons les Germains depuis leur entrée dans l'histoire, nous distinguons en eux deux traits fortement accusés, qui s'opposent et se complètent à la fois: d'abord la tendance violente de l'individu à se dresser dans son indépendance autocratique, et puis son penchant à s'unir par les liens de la fidélité avec d'autres hommes, pour tenter dès-entreprises qui exigent un commun elîort. Dans notre vie présente, ce double aspect s'otl're "à nous de tous côtés... : monopole et coopération, voilà, sans contredit, les deux pôles de notre politique économique... ce qui nous distingue, c'est la [)rédominance simultanée de ces deux instincts : tendance à l'isolation et tendance à l'union. Lorsque Caton demande : « Que cherche Dante, dans son pénible voyage? » on lui répond : Liber ta va cercando.

La reciierche de la lil)erté, c'est bien à cpioi se ramènent aussi les deux instincts qui résument notre caractère. Pour être libres économiquement, nous nous associons avec d'autres, pour être libres économiquement, nous nous séparons de l'association et nous tenons tète au monde au risque même de notre vie.

C'est par la réunion des individus en une pluralité

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homogène et cohérente que le Germain reconquit sa liberté civile, confisquée depuis qu'il avait pris contact avec l'Empire romain. Sans l'instinct inné de la coopération, les Germains seraient demeurés esclaves tout comme les Egyptiens, les Carthaginois et les Byzantins.

Ibid., 1, p. 5oa ; 722-724 ; H22.

j. La fidélité germanique.

Jules César avait reconnu tout de suite chez les Germains leur valeur guerrière, leur incomparable fidélité, et il avait recruté parmi eux autant de cavaliers qu'il en avait pu obtenir. A la bataille de Pharsale, si décisive pour l'histoire du monde, ils se battirent pour lui; les Gaulois romanisés avaient trahi llmperator à l'heure du péril ; les Germains, au contraire, montrèrent autant de fidélité que de courage. Cette fidélité au maître qu'ils ont choisi volontairement et de leur propre initiative est le trait le plus significatif du caractère des Germains ; ce seul trait nous suffit pour reconnaître un sang germanique parfaitement j^ur.

On a beaucoup raillé les armées de mercenaires allemands, et pourtant, comme en elles on distingue bien le métal précieux de la race ! Le premier en date des monarques romains, Auguste, forma de Germains sa garde du corps. Où aurait-il pu trouver ailleurs cette fidélité absolue ?

Pendant toute la durée de l'Empire romain d'Occident et d'Orient, ce même poste d'honneur est confié aux mêmes hommes. Mais on remonte toujours plus haut dans le Nord, car le fléau de la déloyauté pénètre toujours plus avant avec la prétendue «f culture latine » : enfin, un siècle api'ès Auguste, ce sont des Anglo-Saxons

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et des Normands qui montent la garde autour du liùne de Byzaïuo. l^auvre g-arde du c()rj)s germanique! Les priuciix's ])olitiques qui forgeaient, par la violence, avec les éléments du chaos, un ordre apparent, lui étaient aussi peu accessibles que les disputes sur la nature de la Ti'inité qui lui coûtèrent plus d'une goutte de sang. Mais il y a une chose qu'elle comprenait : la fidélité envers un maître librement choisi. Tacite a dit dans ses Annales : « Nul uiortel ne passe les Germains en fidélité ! »

Cependant, la fidélité ne doit j)as être posée comme une vertu spécifiquement germanique. Elle ap[)araît en effet chez toutes les races demeurées pures ; elle n'apparaît nulle part davantage que chez les nègres et — je le demande — quel être humain peut donner des preuves plus éclatante de sa fidélité que le chien? Pour définir le caractère primordial du Germain, il faut donc montrer quel est le caractère particulier de celte fidélité germanique, et pour cela, il faut mettre en lumièi'e que le principe central de toute la vie spirituelle du Germain, c'est la liberté.

Eneflet,le signe distinctif de sa fidélité, à lui, c'est qu'elle se détermine elle-même, librement... Cette fidélité et cette liberté ne dérivent pas l'une de l'autre. Elles sont deux aspects du même caractère, selon qu'il manifeste plutôt sa nature intellectuelle, ou sa nature morale. Le nègre et le chien servent leur maître quel qu'il soit : c'est la morale du faible ou, comme dit Aristote, de tout être « né esclave ». Le Germain se choisit son maître, et sa fidélité est donc fidélité envers lui-même; c'est la morale de l'homme « né libre ». Or, le monde n'avait jamais encore connu cette vertu telle qu'elle se manifeste chez le Germain. L'infidélité de l'apotre de la liberté, en poésie et en politique, de cet Hellène si merveilleuse-

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ment doué, fut de tout temps proverbiale. Le Romain n'était fidèle que dans la défense de son bien, et la fidélité allemande resta pour lui « incomprise », comme dit Lamprecht... Nous trouvons ici chez le Germain une harmonie supérieure du caractère. Aussi pouvons-nous dire qu'il n'existe sur le globe terrestre aucun homme, même parmi les plus illustres, qui l'ait surinasse. Un fait certain, c'est que si l'on veut expliquer la grandeur historique du Germain en la résumant d'un seul mot, il faut nommer sa fîdélilé. Elle est le point central doù Ton peut embrasser du regard sa personnalité tout entière.

Ibid.. I, p. 5o5 sq.

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