‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 110 sur 135 · Le Slavo-Germain · texte numérisé non relu

Le Slavo-Germain

Il y a moins à dire sur le Slave authentique, vu que nous ne savons trop où le chercher. Tout d'abord, nous ne voyons qu'une chose de certaine : c'est que le concept de « Slave » a varié. En etfet, les signes que l'on considère aujourd'hui comme distinctifs du Slave — tels que stature trapue, tête ronde, pommettes saillantes, cheveux foncés — ne caractéi'isaient certainement pas le Slave lorsqu'il fit son entrée dans l'histoire européenne. Ainsi on remarque en Bosnie la taille extraordinaire des hommes, et les cheveux blonds s'y voient fréquemment; j^endant un voyage de plusieurs mois à travers ce i^ays, je n'ai pas rencontré une seule fois le tyjie slave tirant sur le Mongol. J'en dirai autant de la race superbe des Monténégrins. Malgré le préjugé unanimement répandu on trouve, comme on le voit, maintenant encore, bien des raisons physiques de j)eiiser que les Germains, lorsqu'ils

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entrèrent dans riustoire universelle, avaient, outre leurs frères aînés de l'Ouest, des frères orientaux, plus jeunes, dont ils n'étaient pas très dillérents. Cependant, il sera fort difücile it fort compliqué de retrouver le Slave primitif, pour la raison que celle branche de la famille s^ermanique fut absorbée de très bonne heure, et presque complètement, par d'autres races humaines. Elle l'a été plus tôt, [)lus complètement, et d'une façon [dus mystérieuse que les Celles. Cela ne devrait toutefois pas nous retenir de chercher à discerner les traits encore saisissables de cette parenté, d'en convenir et de travailler à les dégager de la masse étrangère qui les recouvre.

Ici encore, c'est un coup de sonde dans les profondeurs de l'âme qui peut nous aider.

Si j'en juge d'après la seule langue slave que je connaisse un peu, le serbe, je suis porté à croire que, ici aussi, on peut voir dans l'aptitude poétique de la race une ressemblance de famille, une parenté profonde avec les Celtes et les Germains.

Le cycle héro'ique qui se rattache à la grande bataille de Kossovopolje (i383i, mais dont les motifs poétiques remontent à coup sûr à un passé bien plus lointain, rappelle par la couleur des sentiments (fidélité jusqu'à la mort, courage magnifique, femmes héroïques et haute estime qu'on leur témoigne, mépris de tous les biens lorsque l'honneur personnel est en jeu), rappelle, dis-je, la poésie lyri({ue et épique des Celtes et des Germains. Je lis dans les histoires de la littérature que de semblables poèmes, et des ligures épiques comme celle de Marco Kraljewich, sont un lieu commun de toute poésie populaire; il n'en est rien, et seule une érudition épaissie par sa propre abondance peut méconnaître ainsi les fines dilférences individuelles. Rama est un héros essentiellement dilférent d'Achille. Celui-ci d'autre part ne ressemble pas à Siegfrid, tandis que le Tristan celtique

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trahit dans plusieurs de ses traits sa jîarenté directe avec le SiegCrid allemand. Ainsi par exemple, la fidélité conçue comme base fondamentale de l'honneur, l'importance attribuée à la virginité, la victoire de « l'àme » planant sur la ruine des « choses », en d'autres termes, une conception nouvelle de l'héro'isme, transposé du domaine du succès extérieur dans celui de la résolution intérieure. De tels traits distinguent un Siegfrid, un Tristan, un Parzival non seulement d'un Samson sémite dont la force réside dans la chevelure, mais d'un Achille qui est pourtant leur parent. Les Grecs ignorent la pureté ; la fidélité n'est pas pour eux un j^rincipe de l'honneur, mais une loi de l'amitié (Patrocle); le héros brave la mort, il n'en triomphe pas comme les héros celtes et germains. Ce sont des traits semblables de parenté réelle que je retrouve, sous toutes les dilférences de forme, dans la poésie des

Serbes.

Ibid., I. p.

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